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Dans la tête d’un business angel

par Arthur Toce

On lit des choses étonnantes depuis quelques temps. La mode est à dire que les valorisations des startups sont folles. Nombreux sont ceux qui comparent la situation actuelle à celle de la bulle des dotcom de 2000, qui déplorent que le compartiment tech est devenu fou, que les valorisations sont en lévitation, etcetera, etcetera.

Le capital-risque serait en train de créer une bulle énormissime pour se payer de ses investissements aux dépens de l’investisseur particulier ! Même s’il faut bien reconnaître que les valorisations de certaines startups qui entrent en Bourse sont hautes, sommes-nous pour autant dans une situation anormale ?

Quelques chiffres pour savoir de quoi l’on parle

En 2018, le capital investi au niveau mondial dans les entreprises non cotées s’est élevé à 340 Mds$, contre 118 Mds$ en 2014. C’est en forte croissance, 200 % en 4 ans.

Pour autant, il faut mesure garder : le capital investi en 2014 était inférieur à la valorisation du marché des cryptos.

Evolution des investissements en capital-risque aux Etats-Unis de 1995 à 2018 en milliards de dollars. Source : Statitsta.

Premier point : en 2000, le volume total des investissements était supérieur à celui de 2018 – nous sommes donc bien loin du graphe du Nasdaq où le cours actuel est presque deux fois plus élevé qu’en 2000. Creusons encore un peu plus avec la manière dont se répartit le capital-risque.

Le capital-investissement de base (en début de vie des entreprises : seed, séries A, séries B, séries C…) est finalement en légère hausse. C’est sur les grosses valorisations, donc en fin de parcours, que se fait la différence la plus notable. En revanche, en 2018, c’est bien l’investissement dans les licornes qui explose et c’est également elles que vous retrouvez en Bourse.

La R&D des géants du numérique s’est externalisée

D’où cela peut-il bien venir ? Le métier du capital-risque a beaucoup changé. Déjà, si nous retrouvons encore du capitalqui cherche un rendement, il y a également parmi les acteurs proéminents du capital-risque des filiales de grosses compagnies technologiques comme Tencent, SoftBank, Naspers, Alibaba, Google… Un point commun réunit toutes ces sociétés. Elles sont extrêmement fortes sur leurs marchés locaux, mais ont besoin de grandir. Ça passe donc par l’investissement dans de futurs possibles géants.

Il faut bien comprendre que ces acteurs ne sont pas vraiment là pour faire des plus-values, ils viennent chercher des technologies, des partenaires et des cibles à acquérir. L’innovation externe est plus simple et moins chère que l’innovation interne !

Prenons le cas d’Alphabet. Pendant longtemps, les employés pouvaient créer leurs propres produits en interne. Ils pouvaient dédier un jour par semaine à leurs propres projets innovants. L’entreprise poussait à l’innovation totale sans vraiment regarder les résultats, ni même le potentiel. Quelques beaux produits comme Google Maps sont sortis de ce dispositif.

Mais, depuis quelques temps, Alphabet est devenu plus strict. Les projets sont plus étudiés, tout simplement car cela commençait à coûter une fortune et qu’il était impossible de suivre autant de projets. Trop de possibilités, pas assez de stratégie !

Il est beaucoup plus simple d’investir dans des startups et d’externaliser son innovation. Certes, le risque existe que l’innovation parte à la concurrence, mais le risque n’est pas si grand. Les équipes sont plus motivées et cherchent plus rapidement à monétiser leurs projets.

Il faut donc comprendre que le capital-risque gonfle en partie parce que les innovateurs des 20 dernières années, désormais géants du numérique, ont externalisé leur recherche et développement. C’est pareil dans les biotechnologies.

La technologie a tout changé

Surtout, le monde a changé et les opportunités qu’offre le numérique aux entreprises sont totalement inédites.

En 2000, l’ADSL était encore inconnue de 95 % de la planète. Je ne vous parle même pas des smartphones, de l’Internet des objets, des big datas, des merveilles de l’intelligence artificielle, de CAR-T, etc… Toutes ces technologies étaient dans des labos poussiéreux au 36e sous-sol du MIT, voire pire ! Tout cela était impossible !

Aujourd’hui, le numérique s’est tellement répandu dans la société que même les Etats s’inquiètent de la puissance des GAFAM. Et ils n’ont pas tort, quand Facebook se paye un vice-Premier Ministre comme directeur des relations publiques !

D’ailleurs pour bien se convaincre de la valeur de la technologie, il suffit de se pencher sur les top compagnies de 2000 et d’aujourd’hui !

Les 20 valorisations les plus élevées au monde. Source : http://fortboise.org/Top100

En 19 ans, le top 20 a complètement évolué, les marchés adressables, la concurrence, la croissance possible, les technologies… tout cela à fait imploser des méga-corporations qui, pour certaines, étaient dans le top 20 depuis 50 ans !

L’essor de la société numérique a tout changé pour le capital-risque et la valorisation des startups. Je vous expliquerai pourquoi lundi matin.

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