Accueil Investir Début d’année historique pour la French Tech (oui mais…)

Début d’année historique pour la French Tech (oui mais…)

par Etienne Henri
french tech financement

[Cocorico ! Premier semestre d’anthologie pour la French Tech dont les startups ont levé, sur la période, quasi autant qu’en 2020. Un chiffre record qui fait pourtant figure de lanterne rouge dans le paysage tech européen. La faute à notre système de financement de l’innovation sans doute… Pour autant, les raisons de se réjouir ne manquent pas. Des pépites (Contentsquare, Ledger, ManoMano, Back Market) se démarquent !]

La performance française fait pâle figure face à celle de nos voisins européens

Alors que l’économie française, entravée par le troisième confinement, a débuté l’année sur un rebond hésitant, les startups technologiques ont connu un premier semestre d’anthologie. Selon les chiffres comptabilisés par le cabinet de conseil EY, la French Tech aurait levé, sur les deux premiers trimestres, plus de 5,14 Mds€. Ce montant record s’approche des 5,39 Mds€ qui avaient été levés sur l’ensemble de l’année 2020.

Derrière ce chiffre historique se cachent deux grandes tendances. La première est que le financement de l’innovation en France semble – enfin – sortir du schéma poussiéreux qui orchestrait les levées de fonds pour s’approcher des standards outre-Atlantique. La seconde est que la France conserve, malgré ces progrès, un rôle mineur dans le paysage de la tech européenne.

French Tech: verre à moitié vide, ou à moitié plein ?

Les chiffres de la French Tech ont divisé les analystes. A la suite de la publication du baromètre d’EY, La Tribune tirait à boulets rouges sur « la France larguée par le Royaume-Uni et l’Allemagne au premier semestre ».

Il est vrai que la performance française fait pâle figure face à celle de nos voisins européens. Les 5,14 Mds€ levés par les startups tricolores sont éclipsés par les 7,83 Mds€ obtenus par les entrepreneurs allemands, et totalement ridiculisés par les 16,44 Mds€ levés sur la même période au Royaume-Uni.

D’aucuns considèreront, à raison, que la vague qui a porté la French Tech vers des montants records était due à une marée de capitaux d’ampleur mondiale – et que nos voisins ont mieux profité de la tendance que nous. Il est vrai que le discours auto-satisfait du secrétaire d’Etat chargé du numérique, Cedric O, qui claironnait fin 2020 que le retard français sur l’Allemagne était enfin comblé et que la French Tech avait atteint la maturité, était prématuré.

L’Hexagone ne parvient toujours pas à faire germer des startups d’envergure

A l’époque, la France avait péniblement dépassé l’Allemagne en levant sur 2020 quelque 5,39 Mds€, contre 5,24 Mds€ outre-Rhin. Cette victoire d’un cheveu – qui ignorait superbement les 12,7 Mds€ levés au Royaume-Uni –, semble désormais plus liée au hasard qu’à un vrai changement de leadership.

En outre, avec plus de 80 % des montants levés en région parisienne, l’Hexagone ne parvient toujours pas à faire germer des startups d’envergure sur tout le territoire. La performance globale de l’innovation française reste dépendante des hauts et des bas de la French Tech parisienne, ce qui rend notre écosystème d’autant moins résilient.

Pour autant, les raisons de se réjouir ne manquent pas. Au-delà de l’afflux record de liquidités, qui vont mécaniquement offrir un bol d’air à nos entreprises c’est la structure-même du financement de l’innovation française qui est en train d’évoluer. A ce sujet, les progrès ne font aucun doute.

Le capitalisme à la française se dépoussière

Malgré l’excellence de la recherche et de l’innovation françaises, les startups hexagonales doivent évoluer dans un environnement capitalistique compliqué.

L’accès aux liquidités est traditionnellement ultra-codifié et nos habitudes de financement ne couvrent malheureusement pas toutes les étapes de la vie d’une jeune pousse entre l’idée géniale et la tant attendue valorisation supérieure à 1 Md$ qui la transforme, dans le jargon des investisseurs, en licorne.

Durant les premiers mois d’activité, il est de bon ton de se faire accompagner par les réseaux de Business Angels et par Bpifrance pour obtenir quelques centaines de milliers d’euros. Viennent ensuite les tours de tables plus sérieux permettant de mettre la main sur des enveloppes comprises entre 1 M€ et 10 M€. Cette étape est l’occasion de faire entrer au capital des fonds d’investissement, des grands noms de la tech – voire des potentiels partenaires industriels en vue d’un rachat.

Puis vient la traversée du désert…

Euronext Access tient plus de la cour des Miracles que de l’Eldorado

Il est notoirement difficile de lever des sommes à huit ou neuf chiffres en France, étape pourtant nécessaire pour transformer une startup en licorne. Pour les investisseurs étatiques, les fonds nationaux, la marche est tout simplement trop haute pour être franchie. A ce stade, bien peu d’entreprises osent, à l’instar des leurs consœurs nord-américaines, se tourner vers la Bourse pour récolter des capitaux privés.

Il est vrai que les boursicoteurs français n’ont pas pour habitude de financer des entreprises de petite taille. Contrairement aux habitudes nord-américaines, les particuliers qui investissent en Bourse préfèrent les dossiers connus (soit par leur âge, soit par leur couverture médiatique) aux pépites en mal de capitaux pour financer leur croissance… et les fonds ne sont guère plus audacieux.

Cette aversion au risque généralisée doublée d’une prime à l’embellissement des dossiers fait que le compartiment Euronext Access, pourtant idéal pour financer par les marchés les entreprises naissantes grâce à ses procédures simplifiées, tient plus de la cour des Miracles que de l’Eldorado.

Résultat des courses, les startups françaises les plus prometteuses tombent, depuis des années, dans les limbes du financement lorsqu’elles atteignent des valorisations de quelques centaines de millions d’euros. Et elles sont nombreuses, à ce stade, à se faire racheter par des investisseurs étrangers…

Le financement, le parcours du combattant des startups

Voir les meilleures entreprises françaises lever cette année des centaines de millions d’euros est par conséquent un excellent signe.

Cela signifie que le précipice entre les tours de table à quelques millions d’euros et les IPO d’envergure comme les préfère la place parisienne, est en train d’être comblé.

Au mois de mai, Contentsquare a levé 408 M€. En juin, Ledger, spécialiste de la cybersécurité dans le domaine des cryptomonnaies, lui emboîtait le pas en levant 380 M$. L’entreprise devenait ainsi la quinzième licorne française. Le mois dernier, la plateforme de vente en ligne ManoMano récoltait à son tour 355 M$ durant sa série F.

Ces succès les plus visibles n’enlèvent rien au mérite des levées de Back Market (276 M€ en mai), IAD (300 M€ en février)s ou même Shift Technology (183 M€ en mai).

Pour autant, les raisons de se réjouir ne manquent pas

Pour toutes ces entreprises, la croissance n’aura pas été limitée par l’accès aux capitaux et le trou d’air du financement aura été évité. A moyen terme, leur introduction en Bourse dans des bonnes conditions est tout à fait envisageable si elles utilisent ces liquidités à bon escient.

Ce changement de paradigme est une excellente nouvelle pour le tissu économique français, les contribuables qui ne financement plus l’innovation à fonds perdus, et les investisseurs qui attendent avec impatience de voir de nouveaux dossiers français de qualité rejoindre Euronext.

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