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Une décennie perdue

par admin

Deux fois par an, en automne et au printemps, les instituts de recherches économiques publient leurs prévisions sur le développement de l’économie mondiale. Cet automne, il est frappant de constater que tous les instituts, à travers le monde, ont revu à la baisse leur prévision de croissance économique et que toutes les projections sont devenues remarquablement prudentes. Au printemps dernier, les analystes économiques étaient beaucoup plus optimistes.

En début d’année, la Banque mondiale soulignait un redressement significatif de la production industrielle mondiale. Mais aujourd’hui, on constate un ralentissement pratiquement dans toutes les régions. L’institut prévoit un taux de croissance dans le monde de 2,5% en 2012, de 3% en 2013 et de 3,3% en 2014. Au regard de la croissance de la population mondiale (actuellement environ 7 milliards d’individus), c’est au moins 3% de croissance qui sont nécessaire pour seulement maintenir l’équilibre.

Graphe : production industrielle

Ces chiffres montrent, qu’en réalité, le monde est déjà dans une récession avec la perspective d’une stagnation au cours des prochaines années.

Ces prévisions rappellent l’évolution de l’économie japonaise depuis l’éclatement de la bulle boursière, au début des années 90. Depuis, tous les nombreux programmes de relance n’ont pas pu, même après 20 ans, remettre le Japon sur le chemin de la croissance.

Est-ce que ce sera la même chose pour l’économie mondiale ? L’analyste en chef du FMI, Olivier Blanchard avertit que la sortie de la crise financière mondiale (si on pose son point de départ en 2008) pourrait s’étaler sur une décennie et qu’il pourrait ne pas y avoir de véritable reprise avant 2018… une décennie perdue.

Les causes en sont les problèmes dans la zone euro, le surendettement au Japon et aux Etats-Unis, le ralentissement en Chine. La croissance par la dépense (« déficit spending ») dans de nombreux pays industrialisés a tellement gonflé la dette publique que, malgré des taux d’intérêts extrêmement faibles, les politiques budgétaire et fiscale sont devenues impuissantes. Cette situation va probablement perdurer dans la mesure où seulement quelques pays ont entrepris, suffisamment tôt, la réduction de leur dette publique.

Les banques centrales maintiendront leurs taux d’intérêt directeurs à 0% aussi longtemps que possible. Mais actuellement, la pratique très à la mode des assouplissements monétaires et des achats d’obligations souveraines par les banques centrales fait augmenter les dangers d’inflation.

Aux Etats-Unis, le bruit court que le Réserve fédérale pourrait continuer sa politique monétaire expansive jusqu’à ce que l’inflation atteigne les 3% par an. L’analyste du FMI, Blanchard, est même d’avis que Berlin devrait accepter une inflation et des salaires plus élevés, ce qui réduirait l’écart de compétitivité avec ses partenaires commerciaux. Une proposition absurde.

Conclusion : les pays qui essayent de sortir de la crise par un réel effort d’assainissement de leurs finances publiques pourraient bien être les premiers à revoir la croissance. Les Etats-Unis et le Japon n’en feront pas partie ; mais, au final, ce pourrait bien être les pays de la zone euro qui se sont au moins entendus sur un pacte d’austérité budgétaire.

Dr. Eberhardt Unger est un économiste indépendant, fort de plus de 30 ans d’expérience des marchés et de l’économie. Vous pouvez retrouver ses analyses sur le site www.fairesearch.de.

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