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Des champignons OGM pour éviter la famine

par Etienne Henri
criquets invasion

A l’heure où le coronavirus SARS-CoV-2, dangereux mais à la létalité finalement comparable à celle des pneumonies habituelles, occupe l’intégralité du terrain médiatique, une catastrophe sanitaire à l’ampleur incomparable, elle, est en train de frapper l’Afrique.

Un essaim de criquets de quelques dizaines de millions d’individus consomme, chaque jour, une quantité de nourriture permettant de sustenter près de 35 000 personnes.

A l’image des films d’horreur et des plaies du Nouveau Testament, une invasion de criquets pèlerins ravage l’Afrique de l’Est.

Après la Somalie, le Kenya, l’Ethiopie et l’Erythrée, le Soudan du Sud est la nouvelle victime des nuées d’insectes. A la recherche de nourriture, ces animaux déciment les terres agricoles. Ils opèrent, à l’échelle du continent, de véritables migrations sur des milliers de kilomètres. Même la République démocratique du Congo, qui était épargnée par ces insectes depuis 1944, est touchée cette année par le fléau.

Selon l’ONU, près de 13 millions de personnes pourraient être concernées par la famine dans les prochains mois à cause des dégâts causés par cette infestation.

Les conséquences pour les populations locales sont sans communes mesures avec le Covid-19, qui est pourtant au cœur de toutes les attentions en ce moment. Un essaim de criquets de quelques dizaines de millions d’individus consomme, chaque jour, une quantité de nourriture permettant de sustenter près de 35 000 personnes. Sachant que le nombre de ces insectes ravageurs se compte en centaines de milliards, un véritable risque de famine plane sur cette région du Globe dans laquelle 60 % de la population est déjà menacée par la faim.

 

invasion criquets pèlerins

Les criquets envahissent l’Afrique par milliards.
Cliquez ici pour la vidéo Crédit D. Evelyn/Twitter

 

Les biopesticides à la rescousse 

A situation exceptionnelle, moyens exceptionnels.

Les réponses traditionnelles aux invasions de criquets ont une efficacité toute relative. Enfouissement manuel et autres feux de brousse pour éloigner les nuées n’ont que peu d’effet sur ces insectes nuisibles.

C’est donc la science qui permettra de juguler l’infestation.

Dans les années 1980, les scientifiques ont déterminé que les criquets sont sensibles à un champignon parasite, le , qui a comme particularité de s’implanter sur les carapaces des insectes. Ses racines sont capables de percer la carapace de l’animal et de le neutraliser rapidement.

 

criquets et MetarhiziumLe “champignon zombie”
est capable de transformer en quelques jours un criquet affamé en éponge inoffensive.
Crédit : CAS/Université du Maryland

 

Là où les pesticides chimiques auraient des résultats incertains tout en présentant des risques sanitaires pour les populations locales avec un coût prohibitif, les armes biologiques semblent être le meilleur pari pour endiguer le fléau.

Selon Michel Lecoq, entomologiste membre du Groupe technique du Comité de lutte contre le Criquet pèlerin (DLCC), un tel déploiement à grande échelle de moyens de contrôle serait “une première […] qui représenterait un grand pas en avant”. 

Des OGM au secours des populations locales

Du fait de l’ampleur de la catastrophe, l’utilisation de ce champignon prendra dans les prochains jours une ampleur industrielle.

Même l’Asie se préoccupe désormais du phénomène. L’Inde et le Pakistan sont déjà touchées et la Chine semble être la prochaine sur la liste.

Des centaines de tonnes de spores seront produites dans les prochaines semaines pour être déversées sur les nuées.

Comme de vulgaires levures de bière, les champignons (dont certaines souches ont été modifiées génétiquement pour augmenter leur létalité) sont actuellement cultivés dans des usines.

Chaque atelier peut produire des milliers de tonnes de poudre de champignon par an, chaque gramme contenant des dizaines de milliards de spores. La FAO a d’ores et déjà commandé près de 4 tonnes de spores, de quoi traiter plus de 80 000 hectares de plantations.

Il faudra bien cela pour parvenir à venir à bout de l’invasion.

Contrairement aux moyens de lutte chimiques, les biopesticides (même OGM), mettent plusieurs jours à tuer les animaux exposés. Sachant que les nuées peuvent parcourir jusqu’à 140 kilomètres par jour, une véritable course contre la montre est engagée entre les agriculteurs désireux de protéger leurs cultures et les insectes qui se déplacent le plus vite possible.

Dans les prochaines semaines, une nouvelle génération de criquets va passer du stade larvaire au stade adulte. La population globale va franchir un nouveau palier et sera d’autant plus nuisible qu’elle se développera au moment où les récoltes seront en phase de germination.

Même l’Asie se préoccupe désormais du phénomène. L’Inde et le Pakistan sont déjà touchées et la Chine semble être la prochaine sur la liste.

Au vu de l’enjeu sanitaire, aucun pays concerné ne semble disposé à jouer du principe de précaution pour vérifier l’innocuité des remèdes avant de les déployer. Bien au contraire, toutes les solutions semblent bonnes à prendre pour tenter de limiter la population de criquets et les risques de famine.

La méfiance envers les OGM semble être superflue lorsque la survie à court terme est en jeu. L’avenir nous dira si l’usage de Metarhizium est anodin sur le long terme – en attendant, aucune autre technique ne semble à même de protéger les précieuses récoltes contre ces insectes ravageurs.

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