Accueil Innovation et vie quotidienne Dettes : seule la dose fait qu'une chose n'est pas un poison

Dettes : seule la dose fait qu'une chose n'est pas un poison

par Cécile Chevré

2008…

Cela fait maintenant presque 5 ans que la bulle des subprime a éclaté et fait trembler le système financier mondial.

En 5 ans, nous avons vu beaucoup de choses se passer. Nombre d’entre nous ont pris conscience qu’un Américain, surendetté et ne pouvant plus faire face aux mensualités de sa maison achetée à crédit au plus fort de la bulle immobilière, pouvait faire vaciller de la principale économie au monde jusqu’à l’empire du Milieu.

Certes beaucoup avaient déjà vécu le krach asiatique ou celui des dot.com. Mais il faut bien reconnaître que cette crise a pris une ampleur qu’on croyait réservée à la crise de 1929. De bancaire, la crise est devenue financière, puis économique, puis étatique. Aujourd’hui, elle a en plus une dimension politique qui pèse par exemple sur l’avenir de la monnaie unique.

A chaque étape de la transmission, certaines grandes manoeuvres ont été prises pour éviter, en vain, la contagion.

Il serait certainement un peu facile de trouver un seul et unique accusé à cette crise qui paraît sans fin. Et puis les candidats à la culpabilité sont nombreux.

Si la crise nous a appris quelque chose, c’est bien que l’endettement, le crédit était devenu le nerf et le talon d’Achille de nos sociétés.

Le crédit, c’est ce qui permet aux entreprises d’investir, de potentiellement innover, de trouver de nouveaux marchés, produits ou clients, de se développer et de créer de la croissance.

Conférence "A la recherche du rendement perdu"

Le crédit, c’est aussi ce qui permet aux individus comme vous et moi d’avoir bien souvent un toit sur la tête, une voiture… Mais aussi de nous lancer dans une frénésie de consommation (plus ou moins utile, reconnaissons-le). Si vous pouvez le rembourser, le crédit n’est pas inutile ni même pervers. Il vous permet de consommer, d’investir, et donc là encore de créer de la croissance, de la richesse.

Le crédit c’est aussi ce qui permet aux Etats de survivre. Rares sont les Etats qui ne sont pas endettés. Il suffit de se plonger dans l’Histoire pour se rendre compte qu’Etat = crédit. A l’origine, souvent, pour financer une guerre.

Au fur et à mesure que l’Etat, au sens le plus large, s’est installé, organisé, complexifié, qu’il est devenu ce gigantesque organe auquel nous avons délégué certains droits et devoirs (l’éducation, la santé, la sécurité militaire, la justice, etc.), les besoins financiers de cet Etat se sont étendus jusqu’à devenir gargantuesques. Certains blâmeront l’Etat, d’autres les citoyens qui en attendent trop, d’autres enfin la marche des choses… qu’importe au fond.

Si l’Etat remboursait, cette dette ne serait pas un problème. Mais les Etats ne remboursent pas. Et ça encore, depuis aussi longtemps que le crédit existe. Vous voulez vous faire rembourser une dette due par le roi ? Mal vous en prend, il a le pouvoir de vous jeter en prison, de se saisir de vos biens et d’annuler sa propre dette. Du moins, cela se passe comme cela dans les Etats autoritaires. En France, les Templiers, Fouquet ou Jacques Coeur et autres peuvent témoigner des liens étroits et dangereux entre l’argent et le pouvoir.

Dans les Etats démocratiques, plus de mise à la Bastille ou de décollation de votre tête, aujourd’hui, l’Etat ne rembourse jamais. Il emprunte pour rembourser ce qu’il doit. Et ce jusqu’à l’accident de remboursement. Dans ce cas-là, soit il fait purement et simplement faillite, soit il se met en faillite organisée (pensez à l’exemple récent de la Grèce). Dans les deux cas, il ne remboursera jamais ses dettes. Point.

Le crédit, c’est aussi ce qui permet aux banques de fonctionner puisque le prêt interbancaire leur permet d’assurer les opérations quotidiennes. Depuis le début de la crise, et cela s’est encore accéléré avec la crise de l’euro, les banques européennes préfèrent prêter à la BCE plutôt qu’entre elles.

Nouvelles formes de crédit
Tout ce long développement pour signaler que le crédit n’est pas forcément une mauvaise chose quand il est utilisé à bon escient. Et la crise a permis de faire émerger des formes alternatives de crédit ou de financement, en dehors du réseau bancaire. On connaissait déjà le micro-crédit ; aujourd’hui, c’est le crowdfunding qui fait l’actualité.

Le microcrédit a été inventé en 1976 par le professeur Yunus, qui depuis s’est vu attribué un prix Nobel de la paix, avec la création de la Grameen Bank. Sa vocation ? Proposer des petits crédits aux Bangladais pour leur permettre de développer une activité économique. Le microcrédit en proposant des prêts à des particuliers qui étaient jusque là exclus du système de crédit classique correspond à une véritable demande et connaît un succès grandissant. Aujourd’hui, on estime à plus de 2 000 le nombre d’organismes proposant du microcrédit. En 2009, date de la dernière étude sur le sujet, c’est 74 millions d’emprunteurs qui avaient pu bénéficier de ce système, et ce pour un montant total de 38 milliards de dollars.

Au départ à destination des pays en voie de développement, le microcrédit a su conquérir de nouveaux marchés, dans les pays développés. D’après le rapport annuel de l’Observatoire de la Microfinance publié par la Banque de France en novembre dernier, les microcrédits à destination des entreprises ont augmenté de 11% en 2011 en France et ceux aux particuliers de 26%. Et d’après Le Monde, l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), qui propose du microcrédit destiné à la création d’entreprises, a accordé 13 157 prêts en 2012, soit 8% de plus qu’en 2011.

A la faveur de la crise, ces sources alternatives de financement séduisent. L’ADIE fait d’ailleurs directement le lien entre explosion du microcrédit et augmentation de la précarité. 45% des bénéficiaires de ces prêts sont des chômeurs, 35% de salariés et travailleurs indépendants, 16% de travailleurs indépendants bénéficiaires des minimas sociaux.

Evidemment, le microcrédit n’a pas que des avantages. Parmi les inconvénients, le taux d’intérêt qui peut frôler les 10%, et peut favoriser le surendettement. Et comme un crédit classique, un microcrédit doit être remboursé, et ce même si les sommes sont en général peu importantes (quelques milliers d’euros dans le cadre d’un microcrédit d’entreprise, et souvent moins d’un millier pour un crédit à un particulier). Selon l’ADIE, le taux d’impayés atteint les 6% un peu au-dessus du taux enregistré pour les crédits classiques (autour de 4%).

Face à ce microcrédit « traditionnel », se développe aussi une autre forme, le microcrédit solidaire ou collaboratif, qui se rapproche de cette nouvelle forme de financement, le crowdfunding qui fait régulièrement la une des médias. Le site de crowdfunding le plus connu est Mymajorcompany.com qui propose depuis 2007 aux internautes de financer un artiste (un album, un livre, etc.).

Le principe de ce genre d’initiative : les internautes prêtent ou donnent de l’argent via une plateforme pour un projet. Si la somme nécessaire est collectée, le projet se lance. Dans le cas contraire, l’internaute n’est pas débité. La rétribution ? Là encore, cela dépend des plateformes et des projets, mais elle peut être inexistante, ou prendre diverses formes de rétribution. Début avril, un projet de film tiré de la série Veronica Mars a recueilli 5,7 millions de dollars en quelques jours grâce à la plateforme Kickstarter. Les contributeurs à la levée de fonds ont reçu un tshirt, et quelqu’un se sont vus offrir un rôle de figuration.

Mais la plupart du temps, ce genre de projet ne rapporte rien. C’est le cas par exemple de la plateforme de microcrédit Hellomerci.com ou Babyloan.org qui proposent de financer des projets à taux zéro. Et cela fonctionne ! Retour à la solidarité via la Toile. Mais là encore, les pièges sont présents. Peu ou pas encadrés, ces plateformes n’offrent que peu de garanties aux prêteurs. Autres problèmes, comme le rappelle Le Monde : « D’abord, s’il s’agit de crédit, le site doit avoir obtenu un agrément en tant qu’intermédiaire financier auprès de l’Autorité de contrôle prudentiel, ce qui est rarement le cas. Ensuite, parce que si le particulier qui se fait financer accepte l’argent des internautes, il s’agit – légalement – d’un apport au capital de sa société, il doit donc les associer, ce qui n’est jamais le cas ».

Multiplication de l’alternatif…
Le crédit n’est pas le seul domaine concerné par le développement d’alternatives. Alors que les banques centrales impriment des liquidités à tour de bras, que l’affaire chypriote a rappelé à tous que les dépôts bancaires n’étaient pas si inviolables que cela, d’autres formes de paiement s’imposent progressivement.

Je vous avais parlé de la monnaie virtuelle qu’est le Bitcoin. Dans sa Stratégie, Simone Wapler s’est intéressée à 3 moyens qui vous permettent de conserver son argent en dehors du système bancaire classique et continuer à faire des transactions. En voici une, Paypal : « Le système de compte PayPal, développé pour Internet, permet de recevoir ou d’envoyer de l’argent partout dans le monde (16 devises, plus de 92 millions de comptes ouverts dans 55 pays) de façon sécurisée. Vous n’aurez à donner qu’une seule fois votre numéro de carte bancaire. Votre compte PayPal vous servira à acheter (ou créditer d’autres titulaires). PayPal est utilisé par les entreprises comme les particuliers et la société appartient à eBay« .

« Vous pouvez entreposer sur votre compte PayPal des liquidités dans la limite de 8 000 euros par transfert et sans plafond. Ainsi, vous mettez de l’argent très simplement hors du système bancaire et il reste totalement disponible. Le risque de contrepartie est bien évidemment la société eBay cotée sur la Bourse américaine« . Pour les autres, je vous renvoie à la Stratégie de Simone Wapler.

Et puis n’oubliez pas l’or. Certes, l’once a pris une sacrée déculottée, mais alors que les banques centrales des pays émergents en achètent de plus en plus, il devient de plus en plus évident que la relique barbare reprend progressivement sa place de monnaie de référence.

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