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Deuxième vague : où en sont les vaccins ?

par Etienne Henri
covid19 deuxième vague

Les scientifiques commencent à respirer, même si une deuxième vague semble être sur le point d’arriver, aux Etats-Unis du moins.

L’épidémie de COVID-19, même si elle reste en progression ininterrompue, est désormais relativement sous contrôle. Les mesures de distanciation sociale semblent parvenir à la ralentir suffisamment pour qu’elle ne menace plus nos systèmes de santé.

Pourtant, même si la pandémie n’a pas eu la violence que craignaient les autorités en début d’année, nos sociétés sont encore à la merci d’une deuxième vague. Certains pays, comme l’Australie, restent recroquevillés sur eux-mêmes pour éviter tout retour du virus depuis l’étranger. D’autres, comme les pays européens, “laissent filer” l’épidémie au prix de milliers de contaminations par jour.

Evolution du nombre de cas confirmés

Evolution du nombre de cas confirmés aux Etats-Unis. Attention, il est normal que le nombre de cas explose alors que le nombre de tests augmente. Pourtant, le nombre de tests par jour est stable depuis début juin oscillant entre 450 k et 580 k par jour.
Source : Nicolas Meilhan/covidtracking.com 

Un vaccin serait, pour nous tous, un soulagement extrême. Comme pour les mesures prises pour ralentir la propagation de l’épidémie, il n’existe pas une formule magique unique mais plusieurs stratégies vaccinales qui peuvent chacune s’avérer payante.

Mieux encore, elles pourraient être complémentaires et nous permettre de gagner la course contre le virus.

Tous les vaccins ne sont pas égaux 

L’objectif d’un vaccin est d’apprendre au système immunitaire à reconnaître un corps étranger pour préparer sa réponse en cas d’infection et protéger ainsi la personne exposée.

Notre système immunitaire fonctionnant par apprentissage, le principe de base de tous les vaccins est de présenter à notre organisme des éléments suffisamment proches du pathogène (virus ou bactérie) pour que nos mécanismes de défense parviennent à s’en faire une idée précise.

Toute la difficulté est de parvenir à apprendre à notre corps à combattre l’agent infectieux sans pour autant provoquer la maladie. Inoculez le pathogène en l’état et le patient tombera malade. N’inoculez que des protéines choisies au compte-goutte et les défenses préparées par notre système immunitaire seront inefficaces en cas de contamination car trop éloignées de la réalité.

C’est pour cela que tant de vaccins développés sont abandonnés avant d’être commercialisés. Certains se montrent, in fine, inefficaces pour protéger la population tandis que d’autres ont des effets secondaires inacceptables.

Derrière l’appellation générique de vaccin se cachent en fait de nombreuses stratégies thérapeutiques. Le vaccin contre la varicelle ne fonctionne par exemple pas comme celui contre l’hépatite A. Le premier est basé sur un vaccin vivant dont la virulence a été atténuée, tandis que le second est basé sur des virus qui ont été totalement inactivés.

Principe de la vaccination à virus inactivé

Principe de la vaccination à virus inactivé. Infographie : Vaccination-Info-Services

Avec la méthode des virus atténués, une pseudo-infection reste possible car le virus n’est pas totalement mort. Avec des virus inactivés, elle est impossible.

Lorsque la réponse immunitaire le permet, il n’est même pas nécessaire d’injecter au patient un virus entier. On parle alors de vaccins sous-unitaires. Certains agents infectieux sont tellement spécifiques qu’il est possible d’extraire leurs antigènes (la carte d’identité du virus ou de la bactérie reconnue par le système immunitaire), de les produire in vitro par génie génétique et de les injecter en l’état ou sur une capsule virale totalement différente. Le risque infectieux est alors nul car aucun agent pathogène complet n’est utilisé, et la production peut être faite rapidement à coût abordable.

Le choix entre telle ou telle stratégie dépend de la sensibilité de notre système immunitaire à l’agent pathogène visé. Médecins, laboratoires pharmaceutiques et patients aimeraient tous avoir accès aux vaccins les plus fiables, les moins dangereux et les moins chers possibles… Mais la nature obéit à ses propres règles, et il n’est pas toujours possible d’utiliser des vaccins sous-unitaires.

L’expérience montre qu’il faut parfois revenir à des méthodes plus ancestrales et utiliser des vaccins inactivés, voire atténués, pour obtenir une protection durable.

Quel vaccin pour le COVID-19 ? 

Bien entendu, nul ne sait à ce jour quelle stratégie vaccinale sera suffisante contre le nouveau coronavirus. Nous n’avons encore aucun recul sur l’efficacité et la durabilité de la réponse immunitaire naturelle – et ne pouvons qu’espérer qu’une réponse immunitaire vaccinale soit même possible.

La bonne nouvelle est que l’ampleur de la pandémie a incité les gouvernements du monde entier à se jeter à corps perdu dans la recherche d’un vaccin. Actuellement, toutes les stratégies sont étudiées en parallèle et l’humanité gagne un temps précieux.

La Chine, par exemple, a fait le choix de concentrer la majorité de ses efforts sur un vaccin à base de SARS-CoV-2 inactivé. C’est, de loin, la méthode la plus simple pour obtenir un potentiel vaccin. SARS-CoV-2 étant un virus relativement fragile, l’inactiver de façon thermique ou chimique n’est pas compliqué. Il suffit alors de créer une préparation vaccinale et de l’injecter à des patients volontaires pour voir, au bout de quelques semaines, si une réponse immunitaire apparaît.

C’est ce qui a été fait depuis le début de l’année, et pas moins de quatre vaccins sont déjà en phase d’essais cliniques dans l’empire du Milieu. Il y a quelques jours, ceux de China National Biotec Group et Sinovacont ont débuté leur Phase III qui décidera de leur éventuelle mise sur leur marché. Selon le CNBC, son vaccin aurait produit une réponse immunitaire chez 100 % des patients au bout de 28 jours seulement.

Les autres scientifiques ne sont pas en reste.

Les vaccins à virus inactivés, s’ils sont simples à produire, ont parfois comme inconvénient d’avoir une immunité très transitoire. Il est par exemple estimé que la protection conférée par le vaccin contre la grippe diminuerait de près 10 % par mois. Ce n’est pas un problème pour un vaccin saisonnier, mais pourrait devenir un casse-tête si l’humanité voulait éradiquer le nouveau coronavirus.

Pour cette raison, d’autres laboratoires continuent de travailler à l’élaboration de vaccins sous-unitaires. C’est notamment la stratégie suivie par Moderna (NASDAQ : MRNA) qui a fait beaucoup parler d’elle ces dernières semaines, et dont le vaccin mRNA 1273 entrera dans sa dernière phase le mois prochain. Sa cohorte comprendra pas moins de 30 000 volontaires.

D’autres laboratoires vont encore plus loin dans le génie génétique et utilisent une enveloppe vaccinale similaire à celle du virus Ebola sur laquelle sont greffés des antigènes de SARS-CoV-2 pour obtenir une réponse immunitaire idéale sans risque infectieux. Selon une publication du 13 juin dans The Lancet, cette technique permettrait d’obtenir une immunité dès les 14 jours suivant l’injection. Elle aurait donc des effets plus rapides que les vaccins à virus inactivé, et pourrait apporter une protection plus durable.

Enfin, les thérapies à base d’anticorps que plusieurs labos développent ont la double utilité de lutter activement contre le virus et de réduire les risques d’aggravation de l’état de santé du malade. Elles protègent tout en immunisant durablement et présentent une alternative séduisante aux vaccins plus traditionnels.

Les moyens sans précédents dédiés à l’élaboration d’un vaccin anti-COVID-19 ont permis à d’innombrables acteurs de mener leurs recherches sans entraves. Plusieurs solutions sont en train d’émerger, et il est possible que toutes aient leur utilité : les vaccins de première génération à base de virus inactivé pourraient nous protéger dès cet automne avant qu’un vaccin plus durable ne voie le jour l’année prochaine. La course au vaccin contre le coronavirus pourrait ainsi s’achever avec plusieurs gagnants.

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