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Quand les devises entrent sur le champ de bataille…

par Cécile Chevré

C’est la guerre, cher lecteur. Le retour de la guerre des devises.

Ses effets ? Vous pouvez les observer sur le graphe ci-dessous, représentant la dévaluation des principales devises face à la seule référence possible dans un monde de devises fluctuantes, l’or.

Graphique de l'évolution des principales devises face à l'or

La guerre des monnaies vient d’être relancée par le Japon, et les hostilités reprennent avec virulence.

Je dois vous avouer cher lecteur, que j’aime beaucoup la guerre des monnaies. Non pas par esprit belliqueux… mais sûrement par cynisme mêlé d’une touche d’ironie. En y regardant de plus près, cette guerre des devises ressemble à un conflit de cour de récréation dont les participants ne seraient pas vêtus de culotte courte, des billes dans les poches, mais d’un costume sur mesure, des faux billets plein les manches… La guerre des monnaies, c’est l’illustration parfaite de l’absurdité des politiques des banques centrales, rien que cela.

La guerre des monnaies, définition
Mais au fait, qu’est-ce que cette guerre ? Tout commence par un pays, nommé X pour les besoins de la cause, embourbé dans la crise économique, le recul de ses exportations, donc de sa croissance, et l’explosion de son chômage. Le gouvernement de ce pays, jugeant fort justement cette situation intolérable – et craignant un peu pour sa réélection – choisit donc de dévaloriser sa monnaie. L’idée : la rendre plus faible que les autres, et ainsi faciliter ses exportations qui deviennent moins chères.

Pour cela, le gouvernement, soutenu par sa Banque centrale, a deux possibilités :
– Méthode 1 : l’assouplissement monétaire. En imprimant votre devise, vous l’affaiblissez selon le bon principe suivant : « plus quelque chose est répandu, plus sa valeur décroît ».
– Méthode 2 : baisser vos taux directeurs, et donc réduire la valeur des actifs libellés dans cette devise.

Méthode 1 et méthode 2 sont abondamment pratiquées par les Banques centrales depuis la crise de 2008.

Car le problème est que ces politiques de dévaluation sont devenues monnaies courantes. Reprenons l’exemple du pays X. Celui-ci se lance dans la dévaluation de sa devise. Seulement son voisin, le pays Y, aimerait lui aussi relancer ses exportations. A son tour, il dévalue sa monnaie et la rend plus attractive que la monnaie X. Légèrement agacé par l’attitude qu’il juge peu fairplay de son voisin Y, le gouvernement de X décide d’aller un peu plus loin dans la dévaluation de sa monnaie pour ne pas perdre son avantage. Et voilà nos deux pays lancés dans une course à la dévaluation…

Imaginez que la plupart des pays se lancent dans la même course à l’abîme. Cela paraît fou ? C’est pourtant ce qui se passe. Actuellement, les taux d’intérêt réels (corrigés de l’inflation) sont négatifs ou égal à zéro dans 38 pays. Du jamais vu…

Round 1 : 2009-2010
La première campagne de cette guerre s’est déroulée en 2009-2010. Le FMI avait fini par s’émouvoir de la situation en octobre 2010 et avait essayé de calmer le jeu. Début 2011, la guerre des monnaies semblait donc être entrée dans une phase de trêve, du moins en apparence…

En apparence car entretemps, la Fed a sans sourciller poursuivi sa politique d’impression monétaire et de taux zéro, et a même lancé un QE3, s’ajoutant aux deux précédents quantitative easing. La crise de l’euro a cependant masqué les effets délétères de l’action de la Fed sur le dollar. Le billet vert n’allait pas mieux, c’est la monnaie unique qui agonisait…

D’autres pays pratiquent la dévaluation permanente, ou presque. Parmi eux, la Suisse, qui soutient son industrie exportatrice (horlogerie, chocolat, etc.) en achetant régulièrement des euros afin d’affaiblir le franc suisse. Ou encore la Chine, championne en matière de dévaluation du yuan. Les Etats-Unis ont beau protester régulièrement contre la sous-évaluation manifeste de la monnaie du peuple, rien n’y fait, Pékin n’a aucune intention de pénaliser son économie en laissant sa devise filer trop haut.

Round 2 : 2013, sur fond d’impossible reprise économique
Le conflit a dernièrement été relancé. En cause, tout d’abord, le nouveau Premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui a fait pression sur sa Banque centrale pour lui faire accepter une nouvelle vague d’impression monétaire destinée à financer son plan de relance de l’économie japonaise, estimé à 10 300 milliards de yens (85 milliards d’euros).

« Le Premier ministre japonais promet une relance sans déficit », titrait aujourd’hui Le Monde. Qui dit pas de déficit, dit impression monétaire.

L’annonce du nouveau gouvernement japonais a fait du bruit… et les conséquences ne sont pas fait attendre. Alors même que la Banque centrale du Japon n’a pas encore lancé sa planche à billets, le yen recule, de 10% face au dollar et de 14% face à l’euro.

Immédiatement, les industriels et exportateurs américains – et tout particulièrement les constructeurs automobiles – se sont inquiétés auprès de leur gouvernement de cette dévaluation du yen. Eux aussi veulent regagner en compétitivité en dévaluant le dollar. Autre exemple, la Corée du Sud, dont l’industrie exportatrice est en concurrence directe avec celle du Japon. Le won coréen s’est apprécié de 20% par rapport au yen depuis l’été dernier. La Banque centrale coréenne est donc intervenue sur le marché des changes pour affaiblir sa monnaie.

Et c’est reparti pour un tour de guerre des monnaies.

Qui sont les victimes de cette guerre ?
Cette guerre a évidemment des conséquences. Première d’entre elle, l’inflation. L’Asie a particulièrement été frappée par le phénomène en 2010-2011. Aux Etats-Unis, l’absence officielle d’inflation n’encourage évidemment pas la Fed à changer de politique.

Au fond, aucun pays n’est réellement épargné par cette guerre. Les principaux partenaires commerciaux des pays lancés dans cette guerre sont obligés de réagir. Nous avons vu que la Suisse faisait tout ce qu’elle pouvait pour ne pas laisser le franc suisse s’apprécier par rapport à l’euro. Même chose pour la Norvège qui hésite à remonter ses taux directeurs. Une telle décision – qui pourtant permettrait de calmer la bulle immobilière en formation dans le pays – risquerait d’encourager l’appréciation de la couronne contre l’euro.

Les pays émergents sont particulièrement inquiets, à juste titre. Quand votre économie se porte bien, il est impossible de laisser le taux directeur trop bas. Cela favoriserait l’inflation et le crédit facile. Il faut donc vous résoudre à remonter le taux directeur, rendant ainsi vos actifs très attractifs, et en particulier pour cette catégorie d’investisseurs appelés carry trader. Ceux-ci empruntent à taux très bas une devise faible pour ensuite investir dans des actifs libellés dans une autre devise, à rendement plus élevé.

Les économies émergentes voient donc des flux de capitaux se précipiter vers elles, à la recherche du sacro-saint rendement. Conséquence : ces monnaies s’apprécient, pénalisant les exportations et donc les économies.

Les victimes de la guerre des monnaies, ce sont donc ceux qui ne peuvent ou ne veulent se lancer dans la bataille de la dévaluation.

Les pays émergents s’élèvent donc régulièrement contre cette guerre des monnaies. Même la Chine – ô paradoxe ! – a osé critiquer la récente décision du Japon d’affaiblir à nouveau le yen.

Comment profiter de cette guerre ?
Trois recommandations utiles pour nous, investisseurs :

– Soyez prudent en investissant dans les économies émergentes. Une poursuite de la guerre des monnaies pourraient créer des bulles dans les pays cibles des carry trader. Des économies comme le Brésil par exemple sont déjà confrontés à une importante inflation, en partie due aux afflux de capitaux étrangers. Certains pays comme l’Indonésie ont d’ailleurs annoncé leur décision de limiter ces entrées de capitaux pour éviter une reprise de l’inflation.

– Ensuite, je vous renvoie au graphe qui ouvrait cet article. La référence, c’est l’or. L’or ne peut être imprimé ou créé à partir de rien. Il est donc stable, du moins bien plus que les monnaies fiduciaires. C’est votre assurance contre cette guerre des devises qui connaît une nouvelle phase de vigueur. L’or – et les minières – sont particulièrement bas, autant en profiter.

 

Pour aller plus loin : la guerre de ne fait pas que des malheureux…
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C’est probablement bien plus simple que vous le pensez et ça ne prend que 10 minutes par jour, comme vous le constaterez en continuant votre lecture…

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