Accueil Innovation et vie quotidienne Révoltes en Egypte : quelles conséquences sur vos investissements ?

Révoltes en Egypte : quelles conséquences sur vos investissements ?

par Cécile Chevré

Hier, Jean-Claude Périvier vous faisait un point sur les révoltes en Egypte et le risque de contagion aux pays voisins. Pour terminer sur le conseil suivant : achetez du pétrole et de l’or.

Aujourd’hui, j’aimerai revenir sur les conséquences que pourraient avoir ces révoltes non seulement sur l’économie mondiale mais plus concrètement sur votre portefeuille.

Les marchés actions n’aiment pas les mauvaises nouvelles
En fin de semaine dernière et lundi, les marchés mondiaux ont accusé le coup. Avant d’être fermé, l’indice égyptien avait dégringolé de 16%. Même chose parmi les pays voisins : les Bourses d’Abu Dhabi et de Dubaï ont fortement chuté. La contagion ne s’est pas arrêtée là puisque les marchés asiatiques et des deux côtés de l’Atlantique sont eux aussi passés dans le rouge.

Pourquoi ? A cause du pétrole et plus particulièrement du canal de Suez. Quatre millions de barils d’or noir par jour passent par ce passage entre la mer Rouge et la Méditerranée. Si pour le moment, le canal semble fonctionner sans encombre, les craintes sur l’approvisionnement ont poussé hier le Brent à près de 100 $ pour la première fois depuis octobre 2008.

Une poursuite des troubles en Egypte pousseraient le pétrole vers de nouveaux sommets, peut-être même vers les 150 $ atteints à l’été 2008.

En deux mots, un pétrole en hausse menacerait non seulement la croissance mondiale mais aussi à terme les taux des obligations souveraines, en particulier les Etats-Unis. Car n’oublions pas que tout renchérissement du brut alourdit le déficit commercial du plus gros consommateur au monde de pétrole.

Doutes sur les émergents ?
Impossible de savoir si la révolte va se propager dans le reste du Proche et Moyen-Orient. Mais ces révoltes pourraient semer le doute dans l’esprit des investisseurs : les émergents ne seraient peut-être pas l’Eldorado attendu.

Sujet délicat s’il en est, il est encore plus difficile de se prononcer sur les régimes qui pourraient se mettre en place dans la région. Evoquons par exemple la question de l’influence des Frères Musulmans en Egypte et les conséquences sur l’une des principales sources de revenus de ce pays : le tourisme.

Les agences de notations, toujours prêtes à appuyer sur la tête d’un homme qui se noie, ont d’ailleurs frappé. Moody’s a dégradé la note souveraine de la Tunisie le 19 janvier dernier et hier celle de l’Egypte. L’Algérie, le Maroc et la Jordanie sont maintenant dans le collimateur de Standard & Poor’s. Un tel abaissement signifie pour ces pays des difficultés grandissantes pour se financer et pour soutenir leur croissance.

En toile de fond, l’inflation
Mais voilà, alors que l’Egypte ou la Tunisie vivaient depuis plusieurs décennies sous les régimes de respectivement Moubarak et de Ben Ali, quel a été l’élément déclencheur ? En très grande partie la hausse des prix de l’alimentation. Et donc l’inflation…

Nous vous avons déjà parlé des causes de l’inflation des prix des matières premières et surtout des softs depuis plusieurs mois. Hausse qui s’est accentuée ces dernières semaines en particulier à cause des inondations en Australie.

L’inflation fait parler d’elle en Occident — en particulier en Angleterre — et Jean-Claude Trichet s’en est d’ailleurs ému la semaine dernière. Mais en Europe, si l’inflation pèse sur notre niveau de vie, ce n’est rien en comparaison avec les conséquences de l’inflation sur des populations pauvres ou à la limite de la pauvreté. Quand une grande partie de vos revenus est consacrée à vous nourrir, la moindre hausse des prix des denrées alimentaires est une catastrophe. Près de 40% de la population égyptienne vit avec moins de 2 $ par jour : cela vous laisse entrevoir l’importance que prend la hausse des cours des céréales de ces derniers temps.

Le CRB / Reuters Foodstuff Index, qui mesure les prix des produits alimentaires, a flambé de près de 35% depuis mi-2010. Et de plus de 5% ces 15 derniers jours. En outre, dans les pays dont la devise est en baisse face au dollar — et c’est le cas de l’Egypte — les prix sont encore plus insupportables.

L’inflation et au-delà
Les pays du sud de la Méditerranée ne sont pas les seuls à être concernés. Par bien des côtés, la Chine est toute aussi exposée aux risques sociaux liés à l’inflation — en particulier parce qu’une grande partie de sa population est pauvre et donc extrêmement sensible à la hausse des denrées alimentaires. Un risque dont a parfaitement conscience Pékin, d’où sa volonté de lutter contre l’inflation et ses effets.

Les événements récents pourraient inciter le régime chinois à resserrer sérieusement ses taux pour limiter l’inflation et donc les risques de révoltes sociales. Une telle décision menacerait évidemment la croissance économique chinoise — et donc, par contrecoup, mondiale. Les marchés, inquiets, devraient mal interpréter une telle décision de la Chine. A surveiller donc…

Que faire pour vous protéger ?
Je vais rappeler les deux conseils de prudence énoncés par Jean-Claude hier dans la Quotidienne : le pétrole et l’or. Au-delà, vos placements sont-ils prêts à encaisser inflation et hausse des taux d’intérêt ?

Que faire pour vous investir ?
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Pour aller plus loin aujourd’hui :
– Le 18 janvier dernier, je vous expliquais pourquoi le pétrole pourrait dépasser les 100 $ le baril — c’est maintenant chose faite même si ce fut brièvement hier — mais surtout comment en profiter. Retrouvez ces trois recommandations, en (re)lisant cette Quotidienne.


Photo : Ed Yourdon -Flickr

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BA 2 février 2011 - 14 h 43 min

Mercredi 2 février 2011 :
Egypte : violents heurts entre anti et pro-Moubarak au Caire.
14h12.
Des pro-Moubarak qui chargeaient les manifestants à dos de cheval et de chameau sont désarçonnés et battus par la foule, peut-on voir en direct sur Al Jazeera. Au moins six personnes ont ainsi été frappées à coups de bâtons et traînées au sol alors que leur visage était en sang, selon l’AFP.
14 heures.
Des hommes à dos de cheval ou de chameaux remontent la place, chargeant la foule. Il semblerait qu’il s’agisse de manifestants pro-Moubarak.
13h50.
La confusion la plus totale règne sur la place Tahrir. On assiste à des mouvements de foule dans toutes les directions.
13h45.
Selon l’AFP, les heurts entre manifestants auraient fait des blessés.
13h40.
Sur les images diffusées en direct on aperçoit des colonnes de fumée, sans pouvoir distinguer s’il s’agit de gaz lacrymogène ou de début d’incendie. L’armée est très discrète.
13h30.
Selon des images diffusées par la télévision AL-Jazeera, de violents accrochages se produisent entre les deux clans sur la place.
13h25.
Armés de bâtons, les pro-Moubarak repoussent avec violence les anti-régime et sont entrés en force place Tahrir qu’ils tentent d’occuper. Il s’agirait, selon les manifestants, de policiers en civil.
http://www.leparisien.fr/crise-egypte/en-direct-egypte-violents-heurts-entre-anti-et-pro-moubarak-au-caire-02-02-2011-1296691.php

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