Accueil Zones géographiquesEurope Elections législatives : le risque italien

Elections législatives : le risque italien

par Cécile Chevré
élections législatives italiennes

Les ingrédients de la recette boursière du jour sont les mêmes qu’hier : une inquiétude quant à la politique de la Fed qui a été relancée par l’audition de Jerome Powell, le nouveau président de la banque centrale américaine, devant le Congrès. Wall Street a donc terminé dans le rouge hier, et ce matin, les marchés européens amplifient encore le mouvement.
Faut-il y voir, du moins en Europe, une conséquence des très incertaines élections législatives italiennes de dimanche prochain ? Rien n’est moins sûr, malgré les risques liés à ce scrutin.
Des risques, mais quels risques ?
Le premier est d’ordre politique. Au cours des dernières années, l’argument anti-européen a gagné du terrain parmi les électeurs italiens. Le Mouvement Cinque Stelle, en tête des sondages, s’inscrit parfaitement dans cette tendance. Malgré tout, le mouvement a peu de chances de parvenir au pouvoir : crédité d’un peu moins de 30% des voix, cela ne lui sera pas suffisant pour s’assurer une majorité stable au Parlement.
L’hypothèse actuellement la plus probable est celle d’une victoire d’une large entente de droite et de partis plus à droite que la droite, regroupant Forza Italia de l’immortel Silvio Berlusconi mais aussi la Lega Nord (Ligue du Nord) et quelques plus petits partis évoluant aux franges de l’extrême et du nationalisme. Tout comme Cinque Stelle, la Ligue du Nord a mis en avant un discours anti-européen, qui a remplacé le discours anti-Sud pourtant inscrit sur son certificat de baptême. L’ennemi a donc changé de figure, passant du Sud à l’Europe (et aux vagues de migrants venus de l’autre côté de la Méditerranée).
Et la gauche dans tout cela ? Eclatée, malmenée, son principal représentant est le Parti Démocratique (PD) de Matteo Renzi. Malgré ses 20% et quelques d’intention de vote, le PD aura bien du mal à s’imposer, à moins d’envisager une alliance avec son meilleur ennemi, Forza Italia.
Vous l’aurez compris, pour les marchés et les partenaires européens de l’Italie, le risque politique – outre l’échec des tractations de coalition qui déboucherait sur la mise en place d’un gouvernement technique en attendant l’organisation de nouvelles élections – est incarné par la possible arrivée au pouvoir d’une coalition fortement marquée par le sceau anti-européen.
A ce risque politique – et ni l’Europe ni la zone euro n’ont besoin de cela – s’ajoute le risque économique et bancaire. Risque que Simone Wapler rappelait hier dans La Chronique Agora :
Il va y avoir des élections en Italie dimanche. Le taux de chômage des jeunes est proche de 33% et la croissance économique est inférieure à la moyenne européenne. Aucun des partis en lice ne parle de dépenser moins ou de travailler plus. Comme d’habitude, étatistes de droite et de gauche ne font que promettre toujours plus de cadeaux à leurs électeurs respectifs.
Les Echos du lundi 26 février :
“Pour l’ensemble des partis, le montant total des programmes économiques s’élève à 1 000 milliards d’euros. ‘Ils essaient simplement de nous berner, ils avancent des chiffres qui n’ont aucun sens’, estime l’économiste Roberto Perotti, ancien conseiller du gouvernement en matière de finances publiques.”
Avec ou sans 1 000 milliards d’euros de dépenses stupides en plus, l’Italie est déjà criblée de dettes. L’Etat italien est endetté à hauteur de 133% de son PIB.
Un quart des prêts non performants de la Zone euro sont en Italie. Il y en a pour 280 milliards d’euros et ils représentent plus de 15% des bilans bancaires, selon L’ Agefi Hebdo.
Non seulement les banques italiennes sont plombées de créances véreuses mais Mario Draghi (via la Banque d’Italie) aspire les obligations souveraines de l’Italie dont personne ne veut : ni les Italiens, ni les investisseurs étrangers qui s’en débarrassent à tour de bras.
Et puis il y a le risque Target2, ce que vous décrivait Nick Hubble dans La Chronique :
Target2 est le système par lequel les diverses banques centrales des pays européens, la BCE et les banques commerciales européennes interagissent. Elles effectuent des transferts massifs de fonds en utilisant le système Target2.
Les principaux acteurs sont la Bundesbank, la Banque de France et la Banca d’Italia. 19 autres banques centrales y sont impliquées, plus quatre hors de la Zone euro. La Banque d’Angleterre n’y participe pas.
Quel problème peut poser un tel système de paiement ? Les transferts de fonds semblent constamment aller dans un seul sens, de l’Allemagne vers le sud de l’Europe.
Les Allemands considèrent cela comme un risque énorme car en cas de défaut de l’Europe du sud, c’est eux qui se retrouveront les mains vides.
De leur côté, les Européens du sud en veulent aux Allemands qui dominent le marché du crédit. Car ce sont les prêteurs allemands qui décident qui peut emprunter et qui ne le peut pas.
Les déséquilibres du système Target2 font de la Zone euro la version monétaire de la Ferme des animaux de George Orwell. Ils montrent qui paie pour maintenir à flot la Zone euro et qui vit au crochet des autres. En outre, ces chiffres dépassent de loin les contributions au budget de l’UE ou autres transferts.
Mais le système doit obligatoirement continuer à fonctionner pour maintenir en vie l’Eurosystème. Par conséquent, s’il connaît des ratés ou disparaît, cela aurait d’énormes conséquences pour l’Allemagne également. Surtout que son économie, orientée sur les exportations, vend beaucoup de biens vers le sud de l’Europe.
Si vous pensez que tout cela est un peu occulté, vous vous trompez. Le déséquilibre de Target2 a déjà déclenché des recours judiciaires et des campagnes politiques en Allemagne. Un livre qui a connu un énorme succès explique comment le “piège” Target2 représente un risque immense pour “l’argent des Allemands et pour leurs enfants.” La Bundesbank a pris ces contestations suffisamment au sérieux pour se sentir obligée de les réfuter.
Les institutions et les leaders européens nous assurent que le système ne présente aucun risque. Balivernes ! Parce que c’est l’échec du système qui inquiète tout le monde.
Les Européens devaient peut-être prêter oreille à ce qui se passe de l’autre côté des Alpes…

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire