Accueil A la une L’enceinte connectée deviendra-t-elle le moteur du marché de la domotique ?

L’enceinte connectée deviendra-t-elle le moteur du marché de la domotique ?

par Edern Rio
Domotique

Même si seulement 1% des foyers sont équipés en France (contre 25% aux USA), les enceintes connectées semblent promises à un très bel avenir et devraient devenir le réacteur du marché de la domotique. C’est en tout cas la stratégie d’Apple, Amazon et Alphabet.

Portées par l’engouement de la presse technophile face à ces bijoux d’intelligence artificielle et des campagnes de promotion massives, il est probable que ce soit un des cadeaux stars de cette fin d’année… Si jamais nous finissons par y percevoir un quelconque intérêt ! En effet, aujourd’hui, 75% des Français regardent d’un œil dubitatif ces mouchards d’un genre nouveau.

La domotique, nouvel Eldorado de la connexion

Une plateforme pour fonctionner et attirer des développeurs doit se présenter comme une terre nouvelle et accueillante.

Selon un rapport GfK livré en avril 2018, le marché de la domotique aurait atteint un demi-milliard en 2017 avec 2,9 millions d’objets vendus et une progression des ventes de 42%.

Les stars du secteur sont les appareils dédiés à la sécurité et à l’automatisation : alarmes, caméras, thermostats, portes et volets… Et bien sûr les robots-aspirateurs, secteur dominé par les marques Neato et iRobot.

Deux visions s’opposent dans le marché naissant de la domotique. Il y a les promoteurs du hub qui permet d’unifier tous les appareils et de les commander à partir d’un seul et même applicatif, et ceux qui pensent que l’utilisateur veut surtout que l’objet connecté remplisse sa fonction le plus simplement possible.

Les géants du net, quant à eux, ont choisi leur camp. Ils veulent que vous gériez tous ces appareils par la voix grâce à leurs enceintes. Ils poursuivent la stratégie désormais classique dans le domaine du digital : devenir la plateforme incontournable de la domotique.

Créer une plateforme est le stade ultime de la réussite pour une application technologique. En effet, une plateforme tire sa richesse de son taux d’adoption et permet à des tiers de créer des applications dans son écosystème selon ses propres règles. Applications qui viendront à leur tour enrichir l’écosystème.

Parmi les exemples les plus célèbres de plateformes, nous trouvons Windows pour la micro-informatique des années 1980 et 1990, Android pour les smartphones des années 2010, l’Appstore d’Apple, Amazon.com et sa market place

Evidemment, celui qui contrôle la plateforme en est le maître incontesté. C’est lui qui édicte les règles et peut prélever une taxe sur toutes les transactions s’y déroulant.

Une plateforme pour fonctionner et attirer des développeurs doit se présenter comme une terre nouvelle et accueillante. Et c’est exactement ce qu’essaient de créer les trois grands acteurs de l’interface vocale : Amazon, Alphabet et Apple.

La plateforme Alexa en détail

Ainsi, nous apprenions lors de l’arrivée d’Amazon Echo en France que les grandes enseignes (Fnac, Carrefour, etc.) avaient signé avec Amazon pour développer les skills (talents en anglais, le nom des applications liées à Alexa) de la “grande oreille”.

La semaine dernière Amazon indiquait qu’il proposait désormais aux fabricants d’électroménager d’intégrer des puces Alexa dans leur matériel, afin de les rendre compatibles avec l’enceinte.

Nos trois Goliath (Amazon, Alphabet et Apple) sont engagés dans une nouvelle bataille commerciale pour équiper le monde entier et renforcer leurs positions. La stratégie est finalement toujours la même : être l’interface qui permet l’accès aux services numériques et capter ainsi toutes les données.

“La maison est l’endroit le plus privé du monde. Si l’on brise la confiance, on perd l’utilisateur.”

Car finalement qu’est-ce qu’une enceinte connectée ? C’est une nouvelle interface : une interface vocale. Et c’est bien ce qui rend magique ces petits objets vendus pour une somme dérisoire : elles font basculer la technologie dans la sphère du vivant.

Je m’explique. Alors qu’auparavant, actionnée par la main, la technologie demeurait dans la sphère des outils, l’interface vocale la fait basculer dans la sphère du vivant. Nous nous adressons désormais à nos outils comme nous parlerions à quelqu’un ou à un animal. C’est la seule raison pour laquelle ces enceintes et leurs différentes intelligences artificielles (Alexa, Google assistant, Siri…), pourtant encore assez rudimentaires, nous paraissent magiques.

Bien que les interfaces vocales soient d’abord apparues dans les smartphones, l’enceinte est la première matérialisation de ce procédé. Une enceinte connectée ne sert à rien d’autre qu’à écouter et interagir avec l’équipement qui lui est connecté.

Et en ce qui concerne les enceintes, Amazon fait la course en tête avec plus de 50% de parts de marché aux USA. De tous les géants du net, il apparaît comme celui qui a le mieux compris les enjeux du nouveau monde digital et qui présente actuellement les capacités de croissance les plus incroyables.

Reste un obstacle de taille pour vraiment faire entrer ces enceintes dans nos maisons. Comme le martelait Lionel Paillet, responsable de Nest Europe, filiale d’Alphabet pour la maison connectée depuis 2014, lors d’une conférence en mai dernier : “La maison est l’endroit le plus privé du monde. Si l’on brise la confiance, on perd l’utilisateur.”

Pas sûr que ce contrat de confiance soit en bonne voie pour être signé…

Le mouchard connecté

Il faut lire et relire l’expérience de la journaliste américaine Kashmir Hill (résumée ici par Internet Actu) qui a connecté l’ensemble de son appartement par le biais d’une enceinte Echo d’Amazon.

Premier constat, ce dispositif est une “source constance d’agacements” car il n’est actuellement pas aussi au point que ses fabricants veulent le faire croire. En outre, il est finalement beaucoup plus simple d’éteindre la lumière avec sa main qu’avec sa voix.

Sa caméra de surveillance l’a filmée sans qu’elle le demande et a envoyé la vidéo dans le cloud.

Comme l’expliquent Julia Velkovska et Moustafa Zouinar qui étudient ces interfaces vocales : il existe un “véritable fossé entre les discours promotionnels et les usages.” Les utilisateurs sont en réalité souvent obligés de reformuler leurs ordres ou de se rapprocher de l’appareil pour être compris. Nous sommes bien loin de la fluidité d’usage promise.

Deuxième constat et c’est finalement le plus inquiétant, la journaliste a monitoré les données transmises par les objets connectés et constaté que chaque jour des sommes astronomiques de data, sans lien aucun avec le fonctionnement normal des appareils, étaient transmises aux divers fabricants.

La palme revenait comme il se doit à Amazon Echo qui se connecte toutes les deux minutes au cloud d’Amazon, qu’elle fonctionne ou non !

Cerise sur le gâteau, sa caméra de surveillance l’a filmée sans qu’elle le demande et a envoyé la vidéo dans le cloud.

Evidemment, cette indiscrète moisson se faisait sans le consentement explicite de l’utilisateur. Et il est avéré que lors de la bascule vers la nouvelle réglementation européenne, de nombreux objets connectés, des montres notamment, ne pouvaient plus fonctionner tant que l’utilisateur n’avait pas validé les nouvelles CGU.

Au final, la journaliste estime avoir installé chez elle un panoptique démoniaque. Alors que sa maison aurait dû lui simplifier la vie, tout est devenu compliqué et elle était bombardée de notifications des appareils connectés. Et ce, tout en mettant volontairement un terme à toute notion de vie privée.

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