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Energie : le charbon marque le pas

par Etienne Henri

L’inflexion est légère, mais elle est significative.

Selon Global Energy Monitor, l’humanité a réduit sa capacité de production électrique à base de charbon au cours du premier semestre 2020. En effet, sur les six premiers mois de l’année, elle a baissé de 3 gigawatts (GW) soit l’équivalent de deux fois la puissance de la centrale nucléaire de Fessenheim. Pour la première fois, la puissance des centrales fermées a été supérieure à celles des centrales ouvertes.

N’y voyez pas un simple effet temporaire de l’épidémie de coronavirus. La chute de la demande d’électricité lors de la pandémie de COVID-19 a été brutale, mais elle s’efface déjà avec la reprise économique.

A contrario, la baisse de l’offre d’électricité à base de charbon ne dépend pas des cycles économiques. La puissance totale installée représente un plafond que la production ne pourra en aucun cas franchir.

Voir ce plafond s’abaisser est une excellente nouvelle pour la planète… et pour nos investissements.

Centrale à charbon

Les centrales à charbon, bientôt un vestige polluant du passé ?
Image : WC/Creative Commons

Occident/Asie : deux tendances qui s’opposent

C’est sous l’impulsion de l’Occident que la capacité de production totale des centrales au charbon a pu baisser. Aux Etats-Unis, ce sont pas moins de 5 GW qui ont été retirés de la circulation entre janvier et juin. L’Europe est parvenue à faire mieux en fermant pour 8 GW de centrales à charbon.

La dichotomie est/ouest est flagrante. En excluant la Chine, nous aurions pu nous féliciter dès 2018 d’avoir vu la puissance totale des centrales à charbon diminuer. L’importance de l’empire du Milieu dans le mix énergétique mondial est colossale : il possède actuellement une capacité de plus de 1 022 GW installés, soit plus de 49,9 % de la puissance mondiale totale !

En outre, Pékin semble faire le pari du charbon pour relancer son économie post-COVID. Le gouvernement central, qui limitait de plus en plus les permis de construire depuis 2016, a brutalement fait volte-face cette année. Sur le premier semestre, la construction de 20 GW supplémentaires a été autorisée. Ces centrales devraient sortir de terre dans les prochaines années, et viendront s’ajouter aux 2 047 GW actuellement en activité sur la planète.

Le match est-il perdu d’avance entre un Occident de plus en plus vert et une Asie demandeuse d’électricité bon marché pour soutenir sa croissance économique?

Pas nécessairement, et ce pour deux raisons.

Comment l’Occident pourra peser dans le mix énergétique mondial

En premier lieu, la marge de progression des Etats-Unis et de l’Europe n’est pas à négliger. Les dix pays d’Europe les plus consommateurs de charbon pour l’approvisionnement électrique disposent à eux seuls de plus de 153 mégawatts (MW) de puissance installée. La plupart d’entre eux se sont engagés à sortir du charbon entre 2030 et 2038. Aussi ces centrales devraient presque toutes être mises hors service d’ici 2040.

Les Etats-Unis ne sont pas en reste : avec près de 240 MW installés, ils occupent la deuxième place du classement mondial. Même si l’oncle Sam ne fermera jamais des centrales pour de seuls objectifs environnementaux comme peut le faire l’Europe, ses centrales à charbon sont elles aussi sur la sellette.

Du fait du vieillissement naturel du parc, ce sont plus de 115 MW qui devraient être supprimés d’ici 2040. Les centrales seront-elles renouvelées ? Rien n’est moins sûr. Depuis près de vingt ans, la tendance est clairement à la baisse et les Etats-Unis ferment sensiblement plus de centrales à charbon qu’ils n’en ouvrent depuis 2010.

Evolution charbon USA

Evolution annuelle de la capacité de génération d’énergie à partir de charbon aux Etats-Unis.
Source : Headwaters Economics/EIA.
 

Les capacités de production sont le baromètre de la demande qu’anticipent les industriels. Sachant qu’une centrale électrique à flamme (charbon ou gaz) a une durée de vie moyenne de quarante ans, que la demande mondiale d’électricité ne fait que croître (+50 % dans les vingt prochaines années selon l’Agence internationale de l’énergie), et que le charbon fait partie des sources primaires d’énergie les moins chères et les plus abondantes de la planète, pourquoi les industriels boudent-ils cette technologie ?

Désormais, ce sont les énergies vertes qui assurent le renouvellement des capacités de production

Tout simplement parce que les alternatives plus propres existent, et qu’elles commencent à être rentables.

Jusqu’à très récemment, les centrales à gaz naturel, moins polluantes, remplaçaient naturellement celles à charbon au fil des fermetures. Désormais, ce sont les énergies vertes qui assurent le renouvellement des capacités de production.

Entre 2012 et 2020, 35 GW de centrales à gaz ont été inaugurés tandis que 891 GW de sources renouvelables (solaire, éolien, biomasse) sont sortis de terre. En avril dernier, les énergies propres ont pour la première fois dans l’Histoire produit plus que les centrales à charbon, et ce durant plusieurs jours.

Entre une Europe qui ferme ses centrales par conscience verte et des Etats-Unis qui suivent le même chemin par pragmatisme économique, il y a fort à parier que la vague de fermetures de centrales à charbon ne fait que commencer. Constatant que cette mutation est à la fois écologiquement efficace et économiquement rentable, l’Asie pourrait bien emboîter le pas à l’Occident.

Avec des milliers de GW à remplacer, les producteurs d’énergies renouvelables ont de beaux jours devant eux.

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