Accueil Energies et transports L’éolien offshore prêt à décoller, la France a deux cartes à jouer (au moins)

L’éolien offshore prêt à décoller, la France a deux cartes à jouer (au moins)

par Etienne Henri
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[La COP26 a confirmé l’urgence de la transition énergétique. Dans ce contexte, l’éolien offshore se démarque. C’est en effet l’une des rares technologies à même de produire de l’électricité sans émettre la moindre particule de CO2. Pour le patron de l’AIE, le potentiel est « quasi illimité ». Mais, en France, son déploiement bute sur l’opinion publique qui se montre quelque peu réticente. Pourtant, sur ce segment, l’Hexagone n’est pas dénué d’atouts. Au contraire… La France pourrait même bien profiter à plein de cette activité extrêmement porteuse…]

« Un potentiel quasi illimité. » C’est avec ces mots que Fatih Birol, le patron de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), décrit l’éolien maritime, dit offshore. Il faut dire que cette source d’énergie, encore peu exploitée, ne manque pas d’atouts. Plutôt que de couler des milliers de tonnes de béton dans les champs, d’occuper de précieuses terres arables, et d’entrer en compétition avec les usages habituels de nos terres, elle propose d’installer les éoliennes en pleine mer.

Alors que la COP26, qui s’est achevée mi-novembre, a confirmé l’urgence de la transition énergétique, l’éolien offshore apparaît comme une des rares technologies à même de produire de l’électricité sans émettre de CO2.

De même, elle ne crée aucune nuisance pour les riverains. Une bonne nouvelle à l’heure du « Not in my backyard » (« pas dans mon jardin », slogan qui décrit les bonnes intentions qui cherchent à proposer des solutions qui ne gênent que les autres). Clairement, l’éolien offshore une solution parmi les plus acceptables pour électrifier nos économies.

Et pourtant, son déploiement coince. En particulier en France…

Un potentiel encore inexploité en France

Notre abondance d’énergie nucléaire, disponible et décarbonée, n’a sans doute pas aidé à accélérer notre transition vers les renouvelables. Notre parc éolien total reste modeste, avec un peu plus de 16 GW de capacité maximale installée – contre plus de 60 GW pour le nucléaire… Nos éoliennes maritimes, elles, se font encore plus rares. Début 2020, une seule éolienne flottante de 2 MW installée au large du Croisic était en activité, la plupart des projets étant empêtrés dans des recours administratifs.

La France a plus de 3000 kilomètres de surface côtière

Malgré leur installation à plusieurs de dizaines de kilomètres des côtes, les champs d’éoliennes cristallisent l’opposition. Celle des pêcheurs, hommes politiques et mêmes riverains. Pourtant, en Europe, leur distance des côtes est de 41 kilomètres. Mais peu importe. Que les installations soient à peine visibles des côtes, ne change rien. Empiéter sur l’espace maritime semble encore moins acceptable, politiquement parlant, que d’installer des éoliennes sur le plancher des vaches.

Pourtant, la France dispose, avec ses plus de 3 000 kilomètres de surface côtière, du deuxième potentiel d’éolien offshore, après le Royaume-Uni. Selon l’ADEME (Agence de la transition écologique), il atteindrait les 30 GW. Un chiffre qui permettrait tout de même de remplacer (ou compléter) près de la moitié de notre parc nucléaire en fonctionnement. Un argument de poids qui fait bon an mal an avancer les choses.

En effet, face au calendrier serré de la transition vers le zéro carbone, les projets se multiplient. Dans six ans, la capacité installée en mer devrait atteindre 5 GW. Cet été, le gouvernement a d’ailleurs annoncé le lancement d’un mégaprojet en Normandie s’étendant sur plus de 300 kilomètres carrés. D’une puissance de 2,5 GW, il représentera l’équivalent de deux réacteurs EPR.

L’international tout aussi demandeur

Le reste de la planète est arrivé aux mêmes conclusions quant au potentiel de cette énergie. Les éoliennes maritimes font partie des priorités de la nouvelle administration Biden. La seule ville de New York a annoncé, fin septembre, son intention d’investir 191 M€ dans le secteur dans les quinze prochaines années.

Au niveau fédéral, l’objectif est d’atteindre un parc offshore d’une puissance supérieure à 30 GW d’ici 2030. C’est l’équivalent d’une trentaine de réacteurs nucléaires alors que le pays en compte actuellement une soixantaine en fonctionnement.

Mais, vous vous en doutez, les investissements ne sont pas l’apanage des pouvoirs publics, et ceux des sociétés privées impliquées dans le secteur se comptent désormais en centaines de millions de dollars.

Où ira l’argent de l’éolien offshore ? 

Au vu des sommes en jeu, il est utile pour les investisseurs de se demander où iront les investissements et où se trouvera la valeur ajoutée.

L’activité de fabrication d’éoliennes reste à ce jour marginalement rentable. Les grands noms du secteur comme Siemens Gamesa, General Electric (GE) ou Vestas ne sont, malgré leur activité soutenue, toujours pas des cornes d’abondance. Pour elles comme pour leurs actionnaires.

Malgré un carnet de commandes d’éoliennes offshore de plus de 7 GW, Siemens Gamesa présente une perte de -368 M€ sur les neuf premiers mois de l’année. La dette du groupe se monte désormais à plus de 838 M€ et la marge d’EBIT devrait rester franchement dans le rouge, à -5,6 %, sur l’année.

Les choses ne sont guère plus brillantes pour le conglomérat GE. En plein démantèlement, le groupe ne parvient toujours pas à dégager des bénéfices dans sa branche « énergies nouvelles ». Au troisième trimestre, le résultat net de la division s’est effondré de -300 % sur un an à -151 M$ (contre -51 M$ l’année passée). Malgré une hausse du chiffre d’affaires de la division éoliennes, qui est passé de 127 M$ à 211 M$ sur la période, la marge brute passe de -1,1 % à -3,6 %. En d’autres termes, plus GE vend de solutions d’énergies nouvelles, plus le groupe gaspille l’argent de ses actionnaires…

Le Danois Vestas, pourtant poids lourd mondial de l’éolienne, ne parvient pas non plus à tirer son épingle du jeu. Au dernier trimestre, son bénéfice net s’est effondré de -42 % par rapport à la même période en 2020, pourtant marquée par l’épidémie de coronavirus.

L’éolien, et plus particulièrement sa division marine, serait-il un jeu de dupes qui transfère de la richesse des financeurs, qu’ils soient actionnaires ou contribuables, aux exploitants ? Pas seulement. Une activité de niche reste extrêmement porteuse…

Misez sur les infrastructures du offshore 

Le carnet de commandes des câbliers est « plein à craquer »

Qui dit installation loin des côtes, dit problématique de câblage. Avec des parcs éoliens dont la puissance dépasse le GW, la question de l’évacuation de l’électricité produite n’est pas une mince affaire. Il s’agit ni plus ni moins de relier au réseau électrique l’équivalent de plusieurs EPR… le tout sans lignes aériennes à haute tension. Logique puisque les éoliennes sont à des dizaines de kilomètres des côtes.

Pour y parvenir, la solution passe par des navires câbliers, qui déposent au fond des mers et océans des tonnes de câbles de cuivre.

Cette activité naissante est en plein essor. Selon un opérateur français, spécialisé dans les câbles de puissance, la demande pour le raccordement de parc éolien dépasse de très loin l’offre. Que l’on parle de l’Europe, qui prévoit d’avoir plus de 300 GW offshore d’ici 2050, ou des Etats-Unis, le carnet de commandes des câbliers est, selon leurs exploitants, « plein à craquer ».

bateau cablier Aurora

La France dispose d’équipements de pointe dans le câblage offshore
Ici, l’Aurora, dévoilé en septembre, capable de poser des câbles jusqu’à 2 000 mètres de fond

La rentabilité de l’activité de câblage n’a rien avoir avec celle de la fabrication d’éoliennes, fussent-elles maritimes. En France, RTE a provisionné pas moins de 8 Mds€ pour le seul raccordement des futurs parcs maritimes. Aux Etats-Unis, la croissance du secteur pourrait atteindre 13 % par an d’ici à 2030, pour atteindre les 70 Mds$ d’investissements.

Les acteurs européens du secteur étant rentables – au point de pouvoir redistribuer année après année de l’argent à leurs actionnaires –, ils représentent une des manières les plus lucratives de profiter de la transition énergétique.

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