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EPI – Visa et Mastercard bientôt obsolètes ?

par Etienne Henri
carte de paiement europe

Les paiements par monnaie électronique sont devenus une seconde nature pour les consommateurs. Qu’il s’agisse de s’offrir le dernier iPhone ou d’acheter une baguette à la boulangerie, l’écrasante majorité de nos achats se fait désormais en utilisant une carte de paiement.

Le paiement par carte représentait déjà, fin 2017, les deux-tiers des transactions quotidiennes réalisées en France. Avec plus de 30 millions de paiements par jour, les cartes bancaires ont progressivement relégué chèques et espèces au rang de moyen de paiements du passé. La suppression progressive des montants minimaux chez les commerçants et les nouvelles habitudes sanitaires vont encore accélérer la tendance.

Ventilation des moyens de paiement en France

Ventilation des moyens de paiement en France
Infographie :
Statista

En quelques décennies, une formidable uniformisation a eu lieu en France, en Europe et sur le web : l’écrasante majorité des commerçants accepte aujourd’hui les paiements par carte Visa, Mastercard, voire American Express.

Toutes les banques de détail proposent désormais à leurs clients des solutions de l’une ou l’autre de ces enseignes. Il est devenu très rare de se retrouver, lors de voyages à l’étranger, face à un commerçant qui refuse une carte de paiement dont le réseau est incompatible avec son terminal de paiement.

Ce meilleur des mondes où les paiements sont plus simples que jamais a un coût : notre souveraineté technologique et économique. Les trois grands réseaux de carte de paiement sont américains – et l’Europe va tenter cette année de reprendre la main sur cette industrie devenue vitale.

Quand l’oncle Sam devient un rouage gênant de notre quotidien 

Au fur et à mesure que progressaient les transactions en monnaie électronique, l’industrie des cartes de paiement a pris une ampleur inacceptable pour nos nations.

Nos commerçants et nos banques sont devenus dépendants des trois grands réseaux de paiements nord-américains

Au niveau de la souveraineté technologique, nos commerçants et nos banques sont devenus dépendants des trois grands réseaux de paiements nord-américains. Nos vénérables réseaux nationaux, comme CB en France et EC en Allemagne, n’ont jamais réussi à s’imposer de manière aussi claire que Visa, Mastercard et American Express. Cette hégémonie américaine pose de graves questions quant à l’indépendance du tissu économique européen.

La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine nous montre que Washington n’hésite pas à sacrifier une partie de son économie si cela permet de déstabiliser celle de ses adversaires du moment. En cas de tensions avec l’Europe, il ne serait pas exclu de voir la Maison-Blanche interdire aux prestataires de paiement nord-américains de commercer avec les banques du vieux continent.

Imaginez un instant la catastrophe que serait l’interruption des paiements par carte au sein de la zone euro si, tels Huawei et ZTE privées des technologies américaines, nos banques ne pouvaient plus travailler avec Visa et Mastercard !

Sans même aller jusqu’à ce scénario catastrophe, les services rendus par ces sociétés américaines ont un coût qui est loin d’être négligeable. Lors d’un paiement par carte, que ce soit chez un commerçant ou en ligne, le réseau facture une commission de l’ordre de 1 % pour Visa et Mastercard, et 2 % pour American Express.

Ces frais, s’ils correspondent à la rémunération d’un service bien réel, sont en pratique une taxe portant sur l’ensemble des transactions par carte conclues sur le vieux continent. Selon la BCE, 41,4 milliards de paiements ont eu lieu l’année dernière pour un montant total de 1 800 Mds€. Les frais d’encaissement facturés par les entreprises américaines représentent par conséquent près de 20 Mds€ par an à l’échelle de l’Europe.

Proposer une alternative européenne crédible apporterait à tous les acteurs économiques de la zone euro plus de sécurité, de visibilité et permettrait d’éviter une fuite de capitaux se chiffrant en dizaines de milliards d’euros par an.

EPI : un réseau pour tous les remplacer

En novembre 2019, la Banque centrale européenne a publié l’esquisse du projet PEPSI, désormais rebaptisé EPI (European Payments Initiative). Rassemblant une vingtaine d’établissements bancaires, l’initiative vise à faire émerger un système de paiement unique et de réussir là où les cartes bancaires françaises ont échoué.

Selon les spécialistes du dossier, les discussions politiques seraient sur le point d’aboutir et les Etats, France en tête, auraient accepté de perdre un peu de leur souveraineté pour donner une chance au système d’être adopté à grande échelle.

Au niveau technique, l’implémentation de cette nouvelle alliance ne devrait poser aucun problème particulier. Le dénouement des transactions se baserait sur le mécanisme TIPS, le système de paiement instantané lancé fin 2018 qui permet de réaliser des virements en quelques secondes dans la zone euro.

Le spécialiste du paiement électronique Worldline (WLN-FR0011981968) s’est déjà publiquement exprimé dans l’Agefi en déclarant pouvoir déployer “très très vite” le futur réseau.

tpe ingenico

En plein rachat d’Ingenico (INGC-FR0000125346),
Worldline est aux premières loges pour profiter du futur système de paiement européen
Crédit : Ingenico

EPI, dont la feuille de route devait être dévoilée début mars, a fait comme beaucoup de projets les frais de l’épidémie de COVID-19. Selon des informations publiées par Les Echos, le retard ne devrait pas s’éterniser et de nouvelles annonces devraient avoir lieu début juillet.

Si la BCE maintient ses ambitions affichées fin 2019 et que les Etats-membres parviennent à ne pas s’embourber dans les querelles habituelles, EPI fera partie de ces décisions qui rebattent les cartes de tout un secteur d’activité. Cette fois-ci, ce sont des milliards d’euros qui pourraient revenir dans le giron d’entreprises européennes pour le plus grand bonheur de leurs actionnaires.

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4 commentaires

xavier durieu 27 juillet 2020 - 13 h 03 min

Bonjour Monsieur Henri,

Un commentaire sur votre article relatif aux systemes de paiement
Contrairement à ce que vous dites, la “commission” de 1 à 2% ne correspond pas à un service aux commercants
Il s’agit d’un service aux consommateurs, le commercant étant neutre face aux systemes de paiements
La plainte du secteur du commerce européen contre les ” freres jumeaux” pour abus de position dominante à été gagnée en justice en juillet 2011 (court de justice de Lux)
Il est établi que le fee d’interchange ne représente aucun service
Il est l’expression d’une taxe imposée par un opérateur extérieur au contrat quadri parties (conso; banque du conso (issuer); distibuteur; banque du distributeur (acquirer) dans lequel les banques, le voudraient elles, ne pouvaient refuser ce fee d’interchange au risque de perdre la licence d’émetteur/ acquirer
Il a finalement été décidé que ce fee d’interchange devait etre plafonné à ,% pour les transactions débit et , % pour les crédit
Ce que l’Europe avait négligé est que le systeme remplacerait ce fee d’interchange (payé par l’acquirer à l’issuer) par un “network fee” passant de l’acquirer à l’issuer…via le réseau
Back to square one….
toute tentative de développer un nouveau systeme – ce fut fait- est voué à l’échec pour une fort simple raison:

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Soulimane 9 août 2020 - 14 h 37 min

Bonjour moi je pensse que le système de carte visa et MasterCard ne pas pas marcher oit disant qu’en transaction coûterait 1% il faut laisser MasterCard et visa comme sait épi va se casser les dents

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Soulimane 9 août 2020 - 14 h 40 min

Épi soit disant doit remplasser les Carte visa et MasterCard moi je pensse que ses une ereur épi va se casser les dents en2022

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xavier durieu 11 août 2020 - 22 h 44 min

erreur de frappe 2 § avant la fin: le fee d’interchange a été plafonné à 0,20% pour les transactions débit et 0,30% pour les transactions par cartes de crédit

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