Accueil Energies et transports Essor du nucléaire : faut-il revenir sur EDF ?

Essor du nucléaire : faut-il revenir sur EDF ?

par Etienne Henri
investir EDF Bourse

A l’instar d’Air Liquide, EDF a longtemps été présentée comme la valeur typique du « bon père de famille ». Mais, force est de le constater, ses promesses n’ont pas été tenues… En 15 ans, le titre a effacé 88 % de sa capitalisation boursière. La hausse du prix de l’électricité et l’essor du nucléaire font revenir le secteur de l’énergie sur le devant de la scène. Une bonne occasion de rentrer EDF en PEA ? Pas nécessairement…

EDF est une valeur chérie des Français. Lors de son introduction à la Bourse (IPO) de Paris, fin 2005 – durant laquelle 7 Mds€ avaient été récoltés –, plus de 4,6 millions d’investisseurs individuels s’étaient laissés charmer par le dossier. Sachant que notre pays comptait cette année-là 6 millions d’actionnaires individuels, cela signifie que plus des trois quarts d’entre eux avaient mis le titre en portefeuille.

Attention dossier explosif !

Il fallait revenir près de dix ans en arrière, avec l’IPO de France Télécom (désormais Orange) pour retrouver un tel engouement populaire, avec 3,9 millions de souscripteurs individuels. A l’instar d’Air Liquide, EDF était présentée comme la valeur typique du « bon père de famille », digne de figurer dans tous les fonds de portefeuille.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les promesses de sécurité et de rendement sur le long terme n’ont pas été tenues…

Après une phase de hausse exubérante sur deux ans, tirée par la hausse boursière des années pré-subprime, et l’effet boule de neige de l’afflux de capitaux sur un dossier jugé sûr, le titre a entamé un cycle baissier ininterrompu. Depuis près de quinze ans, il a baissé inexorablement et a effacé 88 % de sa capitalisation boursière.

EDF graphe Bourse

Evolution du titre EDF depuis son IPO : un naufrage qui n’en finit plus

La hausse du prix de l’électricité de ces derniers mois a fait revenir le secteur de l’énergie sur le devant de la scène. La transition énergétique, qui nécessitera une électrification massive de notre économie dans les prochaines années, est venue apporter des arguments supplémentaires aux analystes bullish sur les valeurs de l’énergie. Les annonces de fin novembre du président Macron, depuis réélu, ont enfoncé le clou. En remettant le nucléaire au centre de notre politique énergétique, elles ont apporté de la visibilité à l’activité d’EDF.

C’est désormais officiel, notre fleuron national sera la clé de voûte de notre transition énergétique. Son excellence dans le nucléaire sera de nouveau mise à profit. (Et il est même fort probable qu’elle s’exporte à l’étranger…)

Nombreux sont donc les investisseurs qui, à la recherche de bonnes affaires, envisagent de revenir sur le dossier. En partie parce qu’EDF va, en effet, profiter du contexte pour redoubler d’activité… Et probablement aussi parce qu’une grande partie des actionnaires, étant en moins-value sur le dossier, cherche à éponger ses pertes grâce à un rebond à venir.

Quand l’excellence technologique n’est pas source de gains 

Vous connaissez mon enthousiasme quant au potentiel de gains offerts par la transition énergétique. Les producteurs d’énergie sont, j’en suis convaincu, parmi les entreprises qui seront les plus rentables dans les prochaines années. Parmi eux, ceux qui possèdent une expertise unique dans le nucléaire devraient connaître un rebond d’activité jamais vu depuis vingt ans.

Cela fait-il d’EDF une valeur de choix pour profiter de la tendance, surtout après quinze ans de baisse ? Pas nécessairement.

Tout d’abord, EDF est une entreprise pour laquelle le nucléaire reste un symbole du passé autant qu’une fenêtre sur l’avenir. L’Hexagone compte aujourd’hui 56 réacteurs en service, qui fournissent en temps normal 70 % de l’électricité produite dans le pays. Leur entretien, mise à niveau, et futur démantèlement, représentent une charge colossale qui pèse sur les épaules de l’électricien.

EDF sera la clé de voûte de notre transition énergétique

Ensuite, l’Etat a prouvé par le passé qu’il est un bien piètre actionnaire, et cela s’applique à sa participation dans EDF. Parce que la consommation d’énergie est un poste particulièrement visible dans le budget des ménages, piloter le prix de l’électricité est un outil politique éminemment efficace. De fait, ces derniers mois ont encore été l’occasion de prouver que l’Etat est prêt à mettre en péril la santé de l’entreprise pour plaire aux électeurs. Avec le « bouclier énergétique », qui plafonne la hausse des prix de l’électricité, Bercy a imposé une perte annuelle à EDF estimée à plus de 8 Mds€ – un manque à gagner bien au-delà de ce que les finances du groupe peuvent absorber, sans parler de financer les investissements à venir.

Pour ne rien arranger, l’électricien est contraint de vendre aux distributeurs de l’électricité à coût réduit. Selon les dernières rumeurs, le volume d’électricité vendue à bas prix aux concurrents devrait même être augmenté de 25 % dans les prochains mois, passant de 120 TWh/an à 150 TWh/an, pour un prix de vente fixé à 50 €/MWh (contre plus de 300 € sur les contrats à terme du marché)…

Les actionnaires individuels qui achètent ou conservent le titre doivent donc garder à l’esprit qu’ils s’associent avec un mastodonte – l’Etat possède encore plus de 83 % du capital… et que ce dernier ne fait que peu de cas de la santé financière de l’entreprise. Preuve s’il en était, le ministre Bruno Le Maire ne cesse d’évoquer la possibilité d’une renationalisation de l’électricien. Ce projet, qui avait été mis en sourdine avant les présidentielles, risque fort de revenir sur le devant de la scène une fois les élections législatives terminées.

EDF actionnaires

Répartition du capital d’EDF : l’Etat fait la pluie et le beau temps (source : EDF) 

Comme si les risques financiers et politiques ne suffisaient pas, voici qu’un nouveau nuage est venu boucher l’horizon du groupe : les difficultés opérationnelles…

La France n’est plus « la centrale de l’Europe » 

Loin est le temps où la France jouait le rôle de producteur d’électricité en dernier recours de l’Europe. Les capacités de production excédentaires des centrales nucléaires, qui faisaient du pays un exportateur d’électricité à la fois peu chère et décarbonée, se sont évaporées.

Près de la moitié des réacteurs du territoire sont actuellement à l’arrêt. Un problème de corrosion, qui cause des microfissures, est étudié avec attention par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Celle-ci a indiqué, dans un rapport publié mi-mai, qu’il pourrait être lié « à un défaut de conception », ce qui signifie qu’il pourrait potentiellement toucher tous les exemplaires d’une même génération. A court terme, un redémarrage à pleine puissance du parc semble irréaliste. A long terme, c’est le principe même de la prolongation de la durée de vie des centrales, pourtant nécessaire dans la feuille de route gouvernementale, qui est compromis.

Pourtant, la situation est grave pour la France et son principal électricien. Entre janvier et avril, nous avons importé près 2 TWh d’électricité, contre près de 10 TWh d’exports à la même période l’an passé. Ce retournement de notre « balance énergétique » a créé une situation jamais vue, durant laquelle le prix de l’électricité en France est devenu très supérieur à celui chez nos voisins. Selon une estimation publiée par Les Echos : « En moyenne, depuis le début de l’année, les électrons français vendus sur le marché à court terme sont 30 % plus chers que ceux vendus en Allemagne. »

Malgré son impressionnante chute sur 15 ans et le potentiel de son secteur d’activité, rien ne dit que le titre EDF rebondira

La crise pourrait même devenir chronique. Les contrats à terme sont eux aussi concernés par le malus hexagonal, avec des prix 2023 en moyenne 25 % plus chers chez nous qu’en Allemagne. Une situation paradoxale lorsque l’on connaît la précarité énergétique de notre voisin.

Ainsi, EDF fait face à une tempête parfaite. Structurellement, le dossier est fragile à la fois financièrement et politiquement. Opérationnellement, il existe un risque fort que le parc actuel s’avère bien moins productif que prévu.

L’innovation et le marché naissant des EPR pourrait-il, dès lors, sauver la mise et justifier d’être haussier sur le titre ? Rien n’est moins sûr. Dans son dernier rapport, l’ASN a révélé que le deuxième réacteur de type EPR en fonction en Chine (Taishan 2) est touché, comme le premier, par des anomalies sur les crayons de combustible. Sachant que Taishan 1 avait été arrêté suite à la constatation des premiers défauts, l’avenir du deuxième réacteur, qui fonctionnait depuis à puissance réduite, est lui aussi compromis.

Nul doute que l’électricien fera tout son possible pour éviter que ces problèmes ne soient classés comme des défauts de conception mais plutôt comme des malfaçons lors de la construction. L’avenir de l’EPR de Flamanville – et des 14 EPR voulus par Emmanuel Macron – en dépend. Mais pour les investisseurs particuliers, qui n’ont aucun moyen d’évaluer ce risque, il s’agit d’un facteur baissier supplémentaire.

Malgré son impressionnante chute sur les quinze dernières années et le potentiel de son secteur d’activité, rien ne dit que le titre EDF rebondira à court ou moyen termes. Jouer son aspect value est impossible tant le passif de la valeur est grand. Jouer le retrait de la cote après une nationalisation est une opération ultra-spéculative, et implique de se frotter aux « grosses mains » qui ont leurs entrées à Bercy et à l’Elysée… Attention, dossier explosif !

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1 commentaire

Debarbat 21 juin 2022 - 16 h 39 min

Il est temps de sortir du nucléaire qui est un véritable problème de pollution radioactive et gouffre financier pour EDF

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