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Et la 5G devint réalité commerciale

par Etienne Henri

Nous avons vu hier que les “technologies d’avenir” repérées par nos dirigeants, et relayées à grand bruit par les médias, sont souvent des voies d’investissement très peu praticables, pour ne pas dire sans issue.

L’engouement médiatique pour la 5G et son feuilleton politique sur fond d’espionnage international doit donc résonner comme un signal d’alarme pour les investisseurs.

Une innovation qui apporte de la richesse au lieu d’en consommer n’a pas besoin de faire la Une des journaux, ni de faire l’objet de subventions publiques pour être adoptée. Les industriels qui vendent des produits désirables les perfectionnent sans cesse, renouvellent leurs gammes rapidement, et ont le plus grand mal à honorer les commandes.

Ils n’ont pas besoin que les pouvoirs publics mettent leur nez dans leur marché pour faciliter l’adoption des produits et favoriser tel ou tel acteur : les consommateurs sont demandeurs, et cela se voit.

Souvenez-vous des mois d’attente pour être relié à l’ADSL lors de l’arrivée des premières offres destinées aux particuliers en France dans les années 2000, et des ruptures de stock à la sortie des premières générations d’iPhones ! Voilà la marque des succès commerciaux réels.

L’engouement médiatique pour la 5G et son feuilleton politique sur fond d’espionnage international doit donc résonner comme un signal d’alarme pour les investisseurs.

La technologie est prometteuse, certes, mais sommes-nous face à une future révolution commerciale ou à un piège à gogos au même titre que l’impression 3D ou les drones ?

Pour répondre à cette question, et à défaut de pouvoir recourir à la boule de cristal, il nous a fallu ronger notre frein et attendre les résultats des premiers déploiements.

Alors que les infrastructures 5G sont encore balbutiantes en Europe, de nombreuses villes asiatiques sont déjà couvertes. Nous pouvons dès maintenant nous tourner vers elles pour vérifier si ces communications à haut débit représentent un atout réel pour les consommateurs.

Des débuts délicats 

Lors du lancement de la 5G à l’automne en Chine, les retours des premiers utilisateurs furent mitigés. Alors qu’une adoption massive et unanime pouvait être attendue dans la patrie de Huawei et ZTE où les citoyens passent leurs journées rivés à leur smartphone – surtout en ce moment, Covid-19 oblige –, le démarrage des offres 5G n’a pas été accueilli par un élan d’enthousiasme.

A Zhengzhou, capitale du Henan pourtant bien couverte en 5G, les premiers retours firent état de débits “moins rapides que prévu” et d’un intérêt limité par rapport à la 4G. L’offre commerciale avait pourtant été bien étudiée, avec des abonnements 30 Go à 16 € par mois et le lancement, au mois de septembre, d’un smartphone Xiaomi 5G à moins de 3 700 yuans (476 €).

smartphone 5G Xiaomi

Pour quelques centaines d’euros,
il est possible d’acheter un smartphone 5G aux prestations tout à fait honorables.
Crédit : Xiaomi

Cette relative frilosité du grand public lors du lancement des offres n’était pas représentative : en ce début 2020, les opérateurs téléphoniques asiatiques font état d’un véritable engouement pour le nouveau réseau.

Déjà des millions d’abonnés pour la 5G

Une fois de plus, c’est la Corée du Sud qui joue le rôle de locomotive mondiale de l’innovation. Ses opérateurs de téléphonie mobile (SK Telecom, KT Corp. et LG Uplus) ont publié leurs résultats trimestriels début février et donné à cette occasion de précieuses informations sur l’adoption de la 5G.

SK Telecom, premier opérateur du pays, revendique plus de deux millions d’abonnements 5G (en hausse de +35 % par rapport au trimestre précédent). KT Corp et LG Uplus dépassent de leur côté le million d’abonnés.

Selon les dernières estimations, plus de 5 millions d’abonnements 5G seraient actifs en Corée en ce début d’année, ce qui représente près de 10 % de la population du pays.

Même en Chine, où le pouvoir d’achat est moindre et la problématique de couverture du territoire bien plus délicate, les opérateurs annonçaient près d’un million d’abonnés fin décembre.

La 5G comme remède à la fracture numérique

Plus que la bande passante décuplée (encore peu utile aujourd’hui) et les futurs usages (par définition encore hypothétiques), il semblerait que le principal moteur d’adoption de la 5G demeure le simple accès au haut débit.

5G SK Telecom

Servir toujours plus de clients en augmentant la couverture du réseau reste le nerf de la guerre de la 5G. Crédit : SK Telecom

Nous avions constaté, en France, le même phénomène avec l’adoption de la 4G. Pour un grand nombre d’urbains, le débit amélioré n’apportait aucun confort d’utilisation supplémentaire par rapport à la 3G. En revanche, les habitants dans les zones non couvertes par la 3G ont changé leurs habitudes du tout au tout en passant de la 2G à la 4G.

C’est exactement ce qui va se produire avec la 5G.

Nous vivons dans un pays où la couverture réseau est excellente par rapport au reste de la planète et avons tendance à oublier qu’il existe de nombreuses zones sans accès haut débit en Inde (1,3 milliard d’habitants), en Chine (1,38 milliard d’habitants), mais aussi aux Etats-Unis (325 millions d’habitants).

L’essor de la 5G n’a pas besoin d’objets connectés à l’utilité douteuse ou de voitures autonomes à la faisabilité hypothétique pour avoir lieu. Il s’inscrit tout simplement dans la grande tendance de l’accès d’un Internet à haut débit pour toute l’humanité. Point.

C’est une excellente nouvelle pour les équipementiers, les fournisseurs d’accès, et les investisseurs qui pourront récolter les fruits de ce déploiement.

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