Accueil A la une Et si la neutralité du net profitait surtout aux géants du secteur ?

Et si la neutralité du net profitait surtout aux géants du secteur ?

par Edern Rio
neutralité du net

La neutralité du net est souvent présentée comme un garant de la démocratie et une condition sine qua non de la liberté d’expression. Ses défenseurs agitent toujours cet épouvantail : avec la fin de la neutralité du net, les géants du secteur (i.e. Google, Facebook, etc.) vont être favorisés. Pourtant, c’est l’inverse auquel nous assistons aux Etats-Unis aujourd’hui et c’est finalement logique.

Des services streaming bridés…

Une récente étude américaine, réalisée par l’université Northeastern à l’aide de l’application Wehe sur la base de 500 000 tests, démontre que les quatre principaux fournisseurs américains d’accès à Internet ont régulièrement réduit le débit des principaux sites de streaming vidéo : YouTube, Amazon Prime et Netflix…

Et le plus étonnant, c’est que ces bridages ont eu lieu avant l’abrogation officielle de la neutralité du net aux Etats-Unis le juin dernier ! En effet, les mesures ont été effectuées de janvier à mai 2018.

Interrogés, ces opérateurs se sont justifiés en indiquant que ces ralentissements étaient liés à des engorgements du réseau et qu’en aucun cas ils ne bridaient le débit de ces sites…

La neutralité des réseaux sacrifiée sur l’autel du débit ?

C’est une des règles tacites du réseau de réseaux que nous appelons Internet : les paquets de données transitant par le protocole TCP/IP (ou autre) ne doivent subir aucune discrimination (positive ou négative) et ce ni à l’égard de la source, du destinataire ou du contenu.

Au tout début du réseau, cette non-discrimination était acquise car il était impossible de favoriser certains paquets de données. Mais depuis les années 2000, les acteurs qui assurent le transit des données sont en capacité technique d’opérer une sélection.

Et ils ne s’en privent pas !

Il faut bien comprendre que la ressource du réseau n’est pas infinie et que son trafic est déjà priorisé, à ceci près que cette discrimination ne sert que l’objectif de distribuer le plus rapidement possible les paquets de données.

Les problèmes d’engorgement des réseaux numériques sont bien réels, notamment en ce qui concerne la partie mobile.

Mais, il n’empêche, quand il y a sélection, peu importe le motif invoqué, on ne peut pas parler de neutralité… D’ailleurs les pompiers californiens en ont fait l’amère expérience, début août, alors qu’ils devaient faire face au plus grand incendie de l’histoire de la Californie.

“Nous avons subi une limitation de bande passante par notre fournisseur d’accès, Verizon. Cela a eu un impact significatif sur notre capacité à fournir des services d’urgence. Verizon a imposé cette limitation alors qu’il était établi qu’un tel empêchement entravait activement notre capacité à gérer les situations de crise”, s’indignait Anthony Bowden, chef du département de Santa Clara.

Le pire dans cette histoire, c’est que ces derniers, ayant déjà constaté la limitation de leur débit, avaient fait le nécessaire en optant pour une offre supérieure censée leur garantir un débit illimité !

Une question de juste répartition des coûts et des bénéfices

Malgré cet exemple dramatique, qui est finalement une entrave d’un acteur privé à la sécurité des citoyens, et devrait à mon avis déboucher sur un procès, il faut bien se rendre compte que YouTube, Netflix et les autres services vidéos représentent plus de 50% du trafic en France et plus de 70% d’un point de vue mondial. Ce chiffre est destiné à grimper, on estime même qu’il représentera 84% en 2020 !

Or, qui développent les infrastructures et assurent le trafic ? Principalement les fournisseurs d’accès à Internet.

Qui profitent de la hausse des débits ? Principalement, les services Internet.

Vous reconnaîtrez qu’il n’est pas anormal que les opérateurs exigent de prendre leur part du gâteau, surtout à l’aube d’investissements fort conséquents pour déployer le réseau 5G. La question à mon sens est plutôt de savoir qui doit supporter le coût du besoin croissant en bande passante : les entreprises qui proposent ces services ou les consommateurs qui y accèdent.

Sans vouloir évacuer les questions démocratiques de la neutralité du net, force est de constater qu’il existe un déséquilibre flagrant dans la répartition des revenus générés par Internet. Cette bataille entre deux acteurs clés de l’économie de l’information n’a pas fini de faire couler de l’encre…

Ainsi, il n’est pas interdit de considérer la fin de la neutralité du net aux Etats-Unis comme un rééquilibrage entre les entreprises qui fournissent l’accès et celles qui proposent des contenus, un rééquilibrage en faveur des providers. Il n’est donc pas surprenant de voir les grandes entreprises d’Internet défendre vaillamment la neutralité du net : ce sont elles qui en tirent le plus grand profit !

Voici donc en avant-première à quoi ressemblerait demain les offres des fournisseurs d’accès si la neutralité du net venait à disparaître ici aussi…

Tarifs VerizonOffre Internet de Verizon actuelle, clairement différenciée.

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