Accueil Innovation et vie quotidienne Etes-vous génétiquement programmé pour devenir riche ?

Etes-vous génétiquement programmé pour devenir riche ?

par Cécile Chevré

« Je vous l’avais bien dit. Bande de cons ». C’est sur ces mots que H.G. Wells terminait la préface à la réédition de sa Guerre dans les airs en 1942. Publié pour la première fois en 1908, ce roman débutait par un bombardement de New York par l’Allemagne. Anticipation évidemment de l’importance que l’aviation va prendre pendant la Première mais surtout la Seconde Guerre mondiale. En 1942, en plein Blitz, alors que les avions de la Luftwaffe bombardent régulièrement Londres, le roman de Wells prend tout son sens.

Le week-end dernier, j’ai lu la biographie romancée que David Lodge a consacrée à Wells, un homme de tempérament. Passionné par les sciences, la technologie, Wells a réfléchi à travers nombre de ses oeuvres à la place grandissante qu’elles prennent dans les sociétés humaines : radioactivité, manipulation génétique, développement du train, des voitures…

A ce moment précis de votre lecture, vous devez certainement vous demander ce que Wells a à voir avec l’investissement ? Eh bien, force est de constater que les technologies ont pris le pouvoir non seulement dans nos vies mais aussi sur notre portefeuille.

Ces dernières semaines ont ainsi été agitées non seulement par l’envolée de titre comme Apple mais surtout par les agissements de la star des réseaux sociaux – et idole de bien des investisseurs – Facebook. Outre sa très annoncée et médiatique future introduction en Bourse, Facebook a aussi fait parler de lui en achetant la semaine dernière l’application Instagram pour un milliard de dollars (soit la totalité du bénéfice du réseau de Mark Zuckerberg l’année dernière).

Notre sentiment mitigé envers Facebook comme investissement, vous le connaissez et cette récente acquisition ne fait que confirmer nos inquiétudes. Instagram est une application qui permet de prendre des photos, les modifier en leur appliquant des filtres (essentiellement d’inspiration rétro) et de les partager avec votre réseau.

Moi-même utilisatrice, je sais que cette application est amusante, facile à utiliser et qu’elle me rappelle les bons vieux polaroïds de mon enfance. Mais je n’avais aucune idée que quelqu’un serait prêt à la payer 1 milliard de dollars pour l’obtenir. Car j’ai beau chercher, je n’ai aucune mais alors aucune idée de la manière dont la nouvelle acquisition, gratuite et sans pub, de Facebook gagne de l’argent…. Il y a sûrement quelque chose qui m’échappe mais dans le doute, je renouvelle de conseil de prudence face aux attraits du réseau social.

En matière de technologies, en ce moment, notre préférence se porte sur les biotechnologies. Pourquoi ? Eh bien parce que, contrairement à Facebook et Instagram, elles peuvent réellement révolutionner notre manière de nous soigner. Et avouez que c’est toujours plus important que de pouvoir prendre une photo de ses pieds dans une ambiance rappelant Virgin Suicides. C’est donc parti pour un tour dans la médecine de demain – et contrairement à certaines prévisions de Wells, la révolution dont je vous parler aujourd’hui n’a rien d’utopique.

La pratique de la médecine vit une révolution biotechnologique, et plus particulièrement par l’alliance entre génétique et informatique. Cette révolution a été permise par deux découvertes majeures :
– Premièrement, par la découverte de l’ADN par Francis Crick et James Watson en 1953.
– Ensuite par le séquençage, ces dernières années, de l’ADN humain qui permet de connaître l’emplacement des gènes (et chromosomes) et donc d’intervenir plus facilement sur eux.

A ces deux découvertes majeures, il faut ajouter un facteur d’accélération : l’exponentielle augmentation de la capacité des ordinateurs.

Conclusion, le coût du séquençage de l’ADN s’est réduit de manière drastique pour atteindre les 1 000 $ (environ 850 euros). Et quand une technologie devient accessible financièrement… elle peut s’imposer dans le processus thérapeutique.

Et c’est là que cela devient particulièrement intéressant, le séquençage devrait faire avancer ce qu’on appelle la « médecine personnalisée ». Ce concept repose sur une idée simple : tous les patients ne sont pas identiques, si bien qu’ils ne réagissent pas tous de la même manière à un traitement. La médecine personnalisée, par la connaissance des particularités de chacun – et donc par la connaissance de son ADN – se propose de fournir des thérapeutiques adaptées, et donc plus efficaces ou avec des effets secondaires moindres.

Le terme a été inventé il y a deux décennies par le laboratoire Roche qui a découvert que, grâce à un test (aussi appelé test compagnon), on pouvait identifier quels patients seraient les plus réceptifs à un traitement en particulier. En 1998, le premier test compagnon était ainsi lancé en complément de l’Herceptin, utilisé pour le traitement du cancer du sein.

Depuis, d’autres tests ont été lancés, en complément de médicaments utilisés par exemple dans la lutte contre le cancer du poumon. A chaque fois avec succès.

Les perspectives offertes par la médecine personnalisée ne s’arrêtent pas là.

Elle permet aussi des avancées majeures dans les domaines suivants :
– l’utilisation de cellules souches, capables de réparer un organe endommagé. Un traitement qui pourrait s’avérer déterminant dans le traitement, par exemple, des infarctus en réparant les tissus cardiaques endommagés.
– la thérapie génique qui se propose d’intervenir sur le génome de réparer un gène déficient.
– le profilage du risque. Grâce au séquençage de l’ADN, on peut déterminer si, génétiquement, vous êtes prédisposé au diabète, à une maladie cardiaque, etc. Et donc prévenir, traiter, bref, anticiper.

L’intérêt médical de la médecine personnalisée est indéniable. De même que l’intérêt financier. Plus d’efficacité, une meilleure prévention et même une réduction de la quantité de médicaments utilisés.

Comment profiter de cette révolution ?
Au vu du potentiel, l’argent afflue vers la médecine personnalisée. Les budgets de recherche et développement qui lui sont alloués explosent. Investir nous apprend que « le segment émergent de la médecine personnalisée, qui présentait 24 milliards de dollars aux Etats-Unis en 2009, devrait atteindre 42 milliards de dollars outre-Atlantique en 2015, soit une progression moyenne de 10% par an. En comparaison, la croissance de l’industrie pharmaceutique devrait se limiter à 4% dans cette zone ».

Plusieurs sociétés sont à la pointe de la médecine personnalisée. Roche, inventeur du terme, bien évidemment. Mais aussi BioMérieux, spécialiste français de systèmes de diagnostic in vitro. La société s’oriente de plus en plus vers la médecine personnalisée à travers le théranostic (test de diagnostic associé à un médicament). Dernièrement, BioMérieux a multiplié les partenariats avec Gerk, Ipsen…

 

Pour aller plus loin aujourd’hui : une société en pointe dans la lutte contre le cancer… et Nicox (en pointe sur l’ultra-spéculatif)
– Ces derniers temps, chez les Big Pharmas, on nous parle souvent de la loi des rendements décroissants dans la R&D contre le cancer. Que cela veut-il bien dire ? Eh bien que les techniques de découverte médicamenteuse traditionnelle auraient recueilli la plupart des fruits les plus accessibles dans ce domaine. C’est un peu comme pour le pétrole : les traitements qui sont désormais à découvrir seront plus complexes, cachés et plus chers.

Or, les cellules cancéreuses sont rusées et mutent rapidement pour résister à nos meilleurs traitements… Heureusement, des révolutions nous ouvrent de nouvelles voies pour vaincre le cancer. Certaines technologies arrivent aujourd’hui à maturité et parviennent enfin à s’attaquer efficacement au problème. Il peut falloir 10 ans entre le laboratoire de l’université et le cabinet de l’oncologue, mais nous commençons à voir arriver les résultats de ces recherches.

Ce mois-ci, dans NewTech Insider, Ray Blanco et Patrick Cox vous parlent justement d’une entreprise fondée sur l’une de ces nouvelles techniques de découverte. Elle a développé son propre programme en la matière et son candidat-médicament le plus abouti est en passe de changer les règles du jeu quant au traitement du cancer du rein. L’actualité des nouvelles technologies… et les meilleures opportunités pour y investir sont dans NewTech Insider

– Si vous l’avez manqué, Elias Roth a fait le point vendredi dernier sur une société qui déchaîne les foules dès que nous parlons d’elle : NICOX. « LA biotech qui défraye régulièrement la chronique et les forums. Ultra-volatile, ultra-spéculative, c’est une valeur qui fait régulièrement jubiler ou cauchemarder tout investisseur ». Pour lire la suite de l’article d’Elias, c’est sur le site de La Quotidienne

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