Accueil Innovation et vie quotidienne L'Europe peut-elle périr sous les coups de la Crise ?

L'Europe peut-elle périr sous les coups de la Crise ?

par Cécile Chevré

Lundi, ce n’est pas raviolis, mais minestrone européen.

Nous sommes manifestement entrés de plain-pied dans une nouvelle phase de la crise de l’euro, celle dans laquelle les participants rechignent à mettre la main à la poche.

Deux exemples récents mettent en lumière les tensions grandissantes au sein de l’Europe :
1. L’échec des négociations sur le versement de la dernière tranche d’aide financière (de 31,6 milliards d’euros) à la Grèce.

Nous avions laissé le FMI et l’UE à couteaux tirés au sujet d’un report des objectifs fixés au pays. Il devait faire tomber son endettement à 120% du PIB d’ici à 2020 – alors qu’il flirte actuellement avec les 190%. Ce qui est irréaliste alors que le PIB grec devrait être en récession de 10% cette année et l’année prochaine.

L’Eurozone plaidait donc pour un report à 2022 de cette obligation de réduction de l’endettement – allongement qui était fermement refusé par le FMI. L’Eurozone l’a emporté, le FMI a dû s’incliner.

Deux questions maintenant :
– Qui va payer les 32 et quelques milliards que coûteront ces deux années supplémentaires. Nouveaux débats, nouveaux déchirements…

– Comment faire baisser l’endettement grec ? Question d’autant plus cruciale qu’il est (évidemment) plus important qu’estimé au départ par la Troïka. L’année dernière, et dans un grand élan d’optimisme, avait estimé que celui-ci n’attendrait « que » 150% du PIB en 2014. Or il va atteindre 190%.

L’option de la croissance est écartée pour le moment. Comme je vous le disais le PIB grec est plongé dans une grave récession qui ne permettra donc pas de réduire l’endettement.

Celle de l’instauration de mesures de rigueur supplémentaires est elle aussi gravement compromise, non seulement parce que aussi bien le peuple que le gouvernement grecs y sont fermement opposés mais aussi parce que les conséquences sur la croissance sont explosives.

Reste donc les petits arrangements avec les créanciers. En mai dernier, le secteur privé avait accepté une décote d’environ 50% sur les dettes grecques qu’il détenait (ce qui représentait une perte de 75% par rapport au prix payé).

Il faut aujourd’hui aller plus loin. Le FMI plaide pour que la BCE et la zone euro acceptent à leur tour d’effacer une partie des dettes de la Grèce, ce que refusent fermement nombre de créanciers à la tête desquels l’Allemagne et la BCE (qui est déjà en situation de faillite et a du mal à accepter des pertes supplémentaires). L’Allemagne et les autres pays opposés à cette solution arguent qu’un tel effacement risquerait de créer un précédent fâcheux : qu’est-ce qui empêcherait l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande de demander le même traitement que la Grèce ?

Le Monde liste les différentes solutions qui s’offrent à la Grèce :
– un allongement de la durée de remboursement des dettes grecques. Comme le souligne Le Monde, cette solution, défendue par l’Allemagne, est risquée car elle pourrait être interprétée comme un « accident de crédit » par les créanciers de la Grèce et donc déclencher les assurances contre le défaut de crédit, les CDS.

– Un « roll over », qui consiste à remplacer progressivement par les anciennes dettes par de nouvelles. Un mécanisme qui permet là encore d’allonger le délai de remboursement par la Grèce.

– Un reversement à la Grèce par la BCE des intérêts gagnés grâce à sa dette.

– Un rachat par la Grèce d’une partie de ses dettes. Par quel moyen puisqu’elle n’a pas d’argent. Eh bien, elle l’emprunterait auprès du FESF (oui, on marche sur la tête) pour ensuite racheter ses dettes à un prix défiant toute concurrence. Athènes pourrait acheter pour 30 milliards de ses propres dettes, au prix de 25 centimes pour un euro, soit un quart de leur valeur.

Comme l’explique Le Monde : « Une telle option nécessiterait une augmentation dudit fonds à hauteur de 10 milliards d’euros. Berlin serait prêt à y contribuer, au prorata de sa quote-part au sein du fonds (27%), a précisé un député allemand ».

Que va-t-il se passer ? Très probablement un mélange de toutes ces solutions, permettant ainsi de faire avaler la pilule à chaque créancier sans lui donner l’impression d’être le seul à faire un effort.

2. Le vote du budget de l’Union européenne qui est lui aussi en train de virer à la farce. Les 27 membres de l’UE, réunis la semaine dernière à Bruxelles ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur le budget 2014-2020.

Au coeur du problème : une bataille qui s’annonce homérique pour déterminer si le budget devait être augmenté de 30 milliards d’euros. Les tenants de l’augmentation ne manquent pas de souligner que ces 30 milliards ne représentent que 0,1% du PIB européen. Certes. Mais ici tout est une question d’image.

Comment expliquer une augmentation du budget européen quand chaque pays membre est appelé à la tempérance, l’économie voire la rigueur.

Outre la question de l’augmentation du budget, l’autre point d’achoppement est celui de la répartition de celui-ci. Et en particulier le budget alloué à la Politique agricole commune. La France, première bénéficiaire de la PAC, essaie d’obtenir une rallonge financière – ce qui fait grincer les dents des autres pays membres.

Un échec qui ne fait que renforcer les craintes d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE, le « brixit ». Comme l’explique L’Agefi, un tel scénario est loin d’être improbable. Premièrement parce que le Royaume-Uni n’a jamais adhéré à une vision politique de l’UE. Ces dernières années, les griefs se sont accrus contre ce mariage de raison avec le continent.

En octobre dernier, le Premier ministre britannique David Cameron s’est vu imposer par une alliance entre conservateurs et travaillistes eurosceptiques la mission d’obtenir des réductions dans le budget de l’UE. Mission impossible puisque la plupart des membres souhaitent soit une augmentation, soit un statu quo.

 

Qu’en conclure ?
A ces deux problèmes, des compromis plus ou moins bancals vont certainement être trouvés, aussi bien pour le budget 2014-2020 de l’UE qu’au sujet de la réduction de la dette grecque. Mais au bout de combien de temps ? Entretemps, les tensions s’exacerbent aussi bien au niveau de la zone euro que de l’Union européenne. Le manque de cohésion politique et de volonté économique commune deviennent flagrants.

Alors que le Royaume-Uni envisage de plus en plus sérieusement une sortie de l’Union européenne, alors que sont évoqués de plus en plus régulièrement la sortie d’un ou plusieurs pays de la monnaie unique, il me semble que nous sommes à une croisée des chemins.
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Soit nous faisons – du moins au niveau de la zone euro – plus de fédéralisme, soit nous acceptons l’idée d’une probable satellisation de certains pays membres. Evidemment, un tel choix restera un voeu pieux car il semble improbable que dans l’état actuel des choses, les dirigeants européens prennent la voie d’un fédéralisme accru.

La situation américaine – avec les débats autour du fiscal cliff et du relèvement du plafond de la dette – ne manque pas de similitudes avec ce qui se passe en Europe. La grande différence est, qu’au fond, républicains et démocrates américains sont tenus par une volonté commune : celle de maintenir la puissance économique américaine – et donc le dollar. En Europe et dans la zone euro, les divergences manifestes entre les besoins et les désirs de chaque membre rendent la situation de plus en plus ingérable, faisant craindre une réelle crise politique et non plus seulement économique.

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