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Quand Facebook réplique au RGPD

par Cécile Chevré

Hier, je vous disais que l’attitude de Facebook face au Règlement général sur la protection des données (RGPD) serait révélatrice de la volonté du réseau social de faire évoluer ses pratiques – tout en rappelant que son business model reposait sur l’usage et la vente des données personnelles des utilisateurs.

Nous venons d’avoir une réponse à ce sujet, elle n’est pas très bonne pour les utilisateurs de Facebook bien décidés à protéger leurs données.

Jusqu’à présent, Facebook faisait la distinction entre deux catégories d’utilisateurs : les marchés américain et canadien – régit par les conditions d’utilisation américaines – et tous les autres (environ 1,9 milliard d’utilisateurs) qui sont régis par les conditions d’utilisation du siège international de Facebook, situé en Irlande, et donc les règles irlandaises.

Il ne vous évidemment pas échappé que l’Irlande est dans l’Union européenne… et donc que les entreprises qui exercent devront, à partir du 25 mai prochain, se conformer au RGPD.

En clair, Facebook aurait dû offrir la protection et la maîtrise de leurs données exigées par le RGPD à près de deux millions d’utilisateurs en Europe, en Asie, en Afrique, en Australie et en Amérique latine…

Mark Zuckerberg avait plus ou moins laissé entendre que Facebook allait uniformiser les mêmes conditions d’utilisation de tous ses utilisateurs, qu’ils soient sous la responsabilité de Facebook Inc. ou de Facebook Irlande, ce qui aurait permis au 1,5 milliard d’utilisateurs non-européens, non-américains et non-canadiens de bénéficier du RGPD.

Facebook met 1,5 milliard d’utilisateurs hors de portée du RGPD

Hier, Facebook a révélé qu’il n’en serait rien. Les utilisateurs internationaux – hors-Europe – vont être dès le mois prochain transférés sous la responsabilité de Facebook Inc., et régis par les conditions d’utilisation américaines.

Or la loi américaine sur la protection des données est plus souple que les lois actuellement en vigueur en Europe et beaucoup plus lâche que le futur RGPD. Un exemple donné par Reuters : votre historique de navigation n’est pas considéré comme une donnée personnelle aux Etats-Unis, alors qu’il l’est en Europe.

La décision de Facebook est claire : le réseau veut continuer d’exploiter, au maximum, les données personnelles de ses utilisateurs et veut réduire, toujours au maximum, la portée du RGPD. Celui-ci prévoit en effet d’importantes amendes financières – jusqu’à 20 millions d’euros ou 4% du chiffre d’affaires annuel international, et comme je vous le disais hier contraint les sociétés à obtenir l’accord de leurs clients/utilisateurs pour collecter et monétiser leurs données.

Facebook n’est pas le seul à revoir son organisation pour limiter l’effet du RGPD. LinkedIn a lui décidé de rapatrier ses utilisateurs hors-Amérique du Nord et Europe sous l’égide des conditions d’utilisation américaine et il y a fort à parier que les grands acteurs de l’économie numérique vont être tentés de faire de même.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

La conclusion de ce court article sera, cher lecteur, on ne peut plus cynique. Dans la Quotidienne d’hier, je vous mettais en garde contre la répercussion de l’application du RGPD sur le chiffre d’affaires des GAFA et consorts.

Manifestement, ceux-ci sont plein de ressources, et n’ont aucune intention de se voir limiter l’accès à ce qui est justement leur principale ressource : vous.

L’avenir, et vos données, leur appartiennent.

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