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Faire sans gaz russe

par Etienne Henri
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Difficile de trouver une alternative au gaz russe… Pourtant, face à l’urgence de la situation – continuer à faire tourner notre économie –, il faut bien s’efforcer de trouver des solutions de substitution. Alors comment faire sans gaz russe ? La réponse n’a rien d’évident mais la filière du biométhane est déterminée à jouer sa partition… 

Comment faire sans gaz russe ? La réponse n’a rien d’évident

Dernièrement, la Russie a causé un séisme énergétique en Europe en réservant ses exportations de gaz naturel aux acheteurs capables de payer en rouble. « Si vous voulez du gaz, trouvez des roubles ! » C’est avec ces mots que Viatcheslav Volodine, le président de la Douma, a officialisé la salve de répliques aux représailles économiques européennes.

La suite, vous la connaissez : Moscou a tourné casaque et a finalement indiqué que le changement de devise devrait avoir lieu « dans les prochaines semaines », laissant passer l’ultimatum du 1er avril sans fermer les vannes. De même, la position s’est assouplie en permettant aux acheteurs de payer Gazprombank en euro et en dollar, charge à la banque russe ensuite de faire les opérations de change en interne…

Autant dire que la mesure est finalement bien moins stricte que prévu. Reste que l’épisode a prouvé que l’Europe, qui se pose la question de cesser les importations de gaz, pourrait aussi subir une suspension des exportations sur lesquelles elle n’a aucun contrôle.

La question est donc sur toutes les lèvres : comment faire sans gaz russe ? La réponse n’a rien d’évident.

Etape 1, se fournir ailleurs

La première urgence est de continuer à abreuver notre économie en mégawattheures (MWh). Quelle que soit la source primaire, il est vital de continuer à disposer d’une énergie abondante. Faute de quoi nous entrerions dans une économie de pénurie aux conséquences inimaginables. Le plus logique, avant de substituer une autre énergie au gaz naturel, serait donc de déplacer nos approvisionnements vers d’autres pays que la Russie.

Le plus logique serait de déplacer nos achats vers d’autres pays

La France souhaite se tourner vers les marchés mondiaux. C’est déjà ce qu’elle a commencé à faire. Au mois de mars, nous avons été le plus gros acheteur de gaz naturel américain avec l’arrivée de pas moins de 16 méthaniers en provenance des Etats-Unis.

Comme vous pouvez le constater, les sanctions contre la Russie ne font pas que des malheureux. Les Etats-Unis ont, globalement, augmenté leurs exportations de +28 % par rapport à mars 2021.

Mais le gaz n’étant pas un produit simple à manipuler, des infrastructures logistiques sont nécessaires. Ne disposant pas de capacités de gazoducs inutilisées vers son territoire, l’Hexagone doit créer de nouveaux terminaux de GNL (gaz naturel liquéfié) qui pourraient accueillir des navires du monde entier.

Déjà, Paris a demandé au groupe TotalEnergies de construire un nouveau terminal d’importation gazier au Havre. Afin d’accélérer sa mise en service, il s’agira d’un terminal flottant, qui pourra accueillir des navires d’une taille atteignant les 300 mètres de long. En collaboration avec le ministère de la Transition écologique, la construction du nouveau site devrait s’appuyer sur des procédures accélérées. Avec une capacité d’importation de 50 TWh par an de gaz, il permettra d’injecter jusqu’à 3,9 millions de tonnes de GNL dans les réseaux gaziers opérés par Engie.

L’éternel recommencement des cycles énergétiques

Fondamentalement, augmenter les capacités d’importation marines de gaz est une bonne idée pour limiter sa dépendance aux gazoducs russes. L’Hexagone dispose d’ailleurs de la troisième capacité d’importation de GNL d’Europe, juste derrière l’Espagne et le Royaume-Uni. L’Allemagne, de son côté, ne compte aucun terminal méthanier en fonctionnement. L’ironie de cette stratégie est que les terminaux méthaniers étaient censés être une technologie obsolète avantageusement remplacée par les gazoducs.

Le terminal gazier du port du Havre, par exemple, a connu son apogée dans les années 1970. En 1974, il a reçu un record de 530 000 tonnes de gaz liquide avant d’être démantelé dans les années 1990. Plus près de nous, en 2008, Poweo et Gaz de Normandie ont lancé un projet de terminal gazier moderne à Antifer, près du Havre, avant de l’abandonner trois ans plus tard. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, avec notamment la vente des navires gaziers d’Engie (ex-GDF) à Total (devenu TotalEnergies) en 2017.

Reste que, selon GRTgaz, le principal gestionnaire du réseau de gaz français, le projet de terminal gazier flottant ne pourra voir le jour avant au moins deux ans. Il ne pourra donc permettre, à court terme, de pallier un arrêt des approvisionnements de gaz russe vers l’Europe.

Le biométhane à la rescousse ?

Toute crise est l’occasion de rebattre les cartes, et la filière du biométhane ne compte pas laisser passer cette opportunité. La semaine passée, elle a demandé au gouvernement des mesures pour l’aider à augmenter sa production. Vantant les mérites de son gaz « vert », produit sur place et au bilan carbone avantageux, elle a rappelé par la voix du président du Syndicat des énergies renouvelables Jean-Louis Bal que « le biogaz contribue à la lutte contre le dérèglement climatique. L’actualité nous rappelle qu’il contribue aussi à notre souveraineté énergétique ».

Toute crise est l’occasion de rebattre les cartes, et la filière du biométhane ne compte pas laisser passer cette opportunité

Il faut dire que, malgré sa forte croissance récente (365 sites opérationnels fin 2021, +69 % sur un an), le biogaz n’a fourni que 4,3 TWh dans le réseau gazier, soit à peine 1 % du volume consommé en France sur la même période.

Pour les représentants de la filière, la génération de biogaz serait capable de produire près de 70 TWh par an à horizon 2030, soit un cinquième de la consommation totale française. Cela permettrait effectivement à l’Hexagone de remplacer totalement les importations de gaz russe par une production locale. A court terme, et même si près de 800 projets sont déjà lancés, ce sont juste 120 à 130 unités qui pourraient être raccordées au réseau d’ici la fin de l’année.

Pour accélérer la cadence à moyen terme, la filière fait appel à la bonne volonté de l’Administration… Elle demande, notamment, la simplification des processus d’autorisation administratives nécessaires à la construction d’une nouvelle unité de production.

N’y voyez-là aucune volonté libérale : les représentants demandent également « un tarif d’achat au-delà des limites administratives et réglementaires actuelles » pour « donner de la visibilité aux producteurs » et l’imposition d’un taux minimum de biométhane aux fournisseurs d’énergie.

Sachant que le biométhane est acheté en moyenne plus de 90 € le MWh, soit un prix plus de trois fois plus important que celui du gaz naturel fossile en temps normal, la requête de la filière est osée. Avec un gaz naturel dont le prix spot s’est stabilisé à plus de 100 € le MWh (avec une pointe à plus de 200 €/MWh), jouer sur la législation pour imposer ce produit serait une stratégie bien curieuse… d’autant que l’Etat a déjà fait de nombreux gestes en faveur de la filière.

Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, a notamment annoncé que l’Etat prendrait en charge 60 % du coût de raccordement des centrales au réseau (contre 40 % précédemment), et a promis de nouveaux appels d’offres pour les projets de plus de 25 GWh par an.

Nul doute que nous verrons, du fait de la crise en Ukraine, ce genre de demandes opportunistes se multiplier. Dans les prochaines années, une vigilance accrue sera de mise pour séparer les projets énergétiques intrinsèquement rentables de ceux qui auront simplement su sécuriser des financements publics à la faveur de la crise.

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