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Les fintechs françaises pèsent plus lourd que la Société Générale

par Etienne Henri
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[2021 n’aura pas uniquement marqué le retour du CAC 40 sur ses plus-hauts historiques, après 21 ans d’attente. Les startups françaises, dont la plupart ne sont même pas cotées en Bourse, ont elles aussi réalisé un sans-faute l’année passée… Des jeunes pousses naissantes aux licornes, toutes les typologies d’entreprises ont eu une année exceptionnelle. Parmi les pépites hexagonales, il est un secteur qui mérite l’attention des investisseurs : celui des fintechs… Qonto, Ledger, Sorare, Alan, Lydia… les exemples ne manquent pas !]

Les fintechs ont été les dossiers les plus demandés par les investisseurs en 2021

Selon le premier décompte publié par la société de conseil Avolta Partners, les membres de la French Tech auraient levé plus de 10 Mds€ en 2021. C’est le double 2020… Confirmant la tendance favorable dont nous vous parlions cet été, les entreprises françaises ont su profiter du rebond économique pour sécuriser toujours plus de capitaux.

Parmi les pépites hexagonales, il est un secteur qui mérite l’attention des investisseurs : celui des fintechs. Ces entreprises qui offrent des services financiers dématérialisés ont été sans conteste les locomotives de la French Tech.

Sur 2021, elles ont levé à elles seules près de 2,3 Mds€, soit près d’un quart des montants récoltées par l’ensemble des startups françaises. Cette enveloppe record représente un quasi-triplement par rapport à 2020 (+174 %). Des jeunes pousses naissantes aux licornes dont la valorisation se compte déjà en milliards d’euros, toutes les typologies d’entreprises ont eu une année exceptionnelle.

La fintech : le secteur le plus chaud de l’année

Il suffit de regarder le classement des plus grandes levées de fonds françaises de 2021 pour constater que les startups financières ont été les dossiers les plus demandés par les investisseurs.

Sur le podium des cinq plus gros montants levés, seuls deux tours de table ont été effectués par des entreprises non financières : Contentsquare (conseil en optimisation de sites web) pour 500 M€, et Mirakl (éditeur de logiciels pour places de marché) pour 555 M€.

Le reste du classement est occupé en totalité par des fintechs.

La plus connue du grand public est certainement Qonto, néobanque pensée pour les auto-entrepreneurs et les PME. Désormais valorisée plus de 4 Mds$, elle aurait sécurisé l’année passée 400 M$ (le chiffre définitif n’est pas encore confirmé, le tour de table étant encore en cours au moment où j’écris ces lignes).

Elle est suivie par la plateforme de stockage de cryptomonnaies Ledger qui a bouclé une levée de fonds de 380 M$. Avec cette opération, la valorisation de l’entreprise a dépassé les 1,5 Md$, ce qui lui permet de faire valoir pour la première fois son statut de licorne.

Une deuxième génération de startups financières semble sur le point d’émerger

Toujours dans le secteur de la blockchain, la levée la plus marquante fut celle de Sorare. Créée en 2019 et encore inconnue jusqu’à l’année dernière, la startup a développé un jeu de « fantasy football » doublé de cartes numériques basées sur les NFT. Avec plus de 200 clubs partenaires (dont les plus grands comme le PSG et le FC Bayern), Sorare est devenue en quelques mois un incontournable des jeux en ligne. Elle a pour ambition de devenir un géant mondial des NFT, et s’en donne les moyens. En 2021, Sorare a levé 680 M$ pour une valorisation de 4,3 Mds$ – la plus grosse levée de l’histoire de la French Tech. Avec SoftBank à la manœuvre, nul doute que les tours de table se multiplieront et que tout sera fait pour continuer de faire gonfler la valorisation de l’entreprise.

Nous pourrions également mentionner l’assureur santé en ligne Alan, qui est lui aussi devenu une licorne durant sa levée de fonds de 223 M$, Lydia (service de paiements, 103 M$ levés), Swile (gestion des avantages salariaux, 200 M$) ou encore Shift Technology (solutions d’IA pour l’assurance, 220 M$)… les exemples ne manquent pas.

Alain Clot, le président de France Fintech, s’en félicitait récemment dans Les Echos : « Nos fintechs développent leurs concepts depuis huit ou dix ans. Certaines d’entre elles sont arrivées à maturité ». Mieux encore, une deuxième génération de startups semble sur le point d’émerger…

Quelle place pour les nouvelles fintechs ? 

La multiplication des licornes – dont, pour certaines, l’objectif est de devenir des « décacornes » (startups valorisées plus de 10 Mds$) – pose la question de la maturité du marché. Avec ces acteurs de poids déjà financés par les plus grands fonds, le monde de la fintech pourrait sembler mûr pour une consolidation. Pourtant, le dynamisme des nouveaux entrants ne faiblit pas. Sur la seule année 2021, ce sont plus de 150 nouvelles fintechs qui ont été créées. Parmi celles qui ont bouclé une levée de fonds, le montant moyen des tours de table s’est élevé à 27 M$, soit près du double de l’année dernière.

Avec des valorisations qui se comptent déjà en centaines de millions de dollars, ces jeunes pousses ne sont bien souvent qu’à un tour de table de devenir des licornes et de tailler des croupières à leurs grandes sœurs. La lutte risque d’être d’autant plus brutale que certains fonds, comme SoftBank, ont pris l’habitude de saupoudrer leurs investissements sur plusieurs acteurs et n’hésitent pas à tolérer – voire encourager – les luttes fratricides pour favoriser la sélection naturelle entre leurs poulains.

La question de la maturité du marché se pose, et la concurrence est déjà rude

Pour justifier ces valorisations stratosphériques (la Société Générale ne pèse aujourd’hui que 25 Mds€ en Bourse), les fintechs françaises devront transformer l’essai en devenant rentables dans l’Hexagone, ou en s’ouvrant à l’international pour espérer obtenir rapidement une position monopolistique globale.

Là encore, la concurrence va être rude : nos voisins sont tout aussi enclins à financer leurs pépites locales. Au Royaume-Uni, le secteur a levé un montant record de 8,3 Mds€ tandis que l’Allemagne a, elle aussi, dépassé la France avec 3,6 Mds€. Les néobanques sont la parfaite illustration de cette différence d’échelle : si le Français Qonto peut se féliciter d’avoir levé pas moins de 400 M$, le Britannique Revolut et l’Allemand N26 ont pour leur part levé plus de 1 Md$ !

La valorisation de N26 se monte désormais à 9 Mds$, tandis que celle de Revolut s’est envolée à 33 Mds$. Dans cette course sans fin au gigantisme, les fintechs françaises n’ont pas le droit de se reposer sur leurs lauriers !

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