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La France a (enfin) un carnet de santé numérique

par Edern Rio
carnet de santé numérique

Alors que la France lance enfin son dossier médical numérique, de nombreux autres pays européens sont déjà très avancés dans ce domaine. S’il faut se réjouir du lancement du dossier médical partagé, cela ne doit pas faire oublier notre grand retard dans le domaine de la santé connectée et de la numérisation des services de santé.

La France a enfin un carnet de santé numérique

Le principe du carnet de santé numérique est simple : réunir en un seul point toutes les données relatives à votre santé. Que ce soient les vaccinations, les passages à l’hôpital, les radios, les analyses biologiques, les prescriptions, le groupe sanguin… tout pourrait désormais être accessible dans votre carnet de santé en ligne.

Le principe du carnet de santé numérique est simple : réunir en un seul point toutes les données relatives à votre santé. Que ce soient les vaccinations, les passages à l’hôpital, les radios, les analyses biologiques, les prescriptions, le groupe sanguin…

L’autre intérêt de ce dossier, et pas des moindres, est de pouvoir le partager entre tous les professionnels de santé. En effet, aujourd’hui si vous avez oublié voire égaré votre carnet de santé ou le résultat d’un examen, les informations qu’il contenait sont irrémédiablement perdues. Surtout, chaque praticien travaille en quelque sorte dans son coin et vous êtes le seul ou presque à même de transmettre les données d’un spécialiste à un autre.

C’est bien la raison pour laquelle le gouvernement a choisi d’intituler son service “dossier médical partagé” (DMP). L’objectif affiché est de réduire les actes médicaux redondants qui représenteraient un quart des dépenses de santé !

Un quart du budget de la sécurité sociale ? Avec un tel effet d’annonce, il est permis de se demander pourquoi ce concept simple a été repoussé si longtemps, puisque le gouvernement y travaille depuis 15 ans ! En 2004 déjà, le médecin-député Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, annonçait la généralisation de ce dossier numérisé “avant le 1er juillet 2007″ !

Il faut reconnaître que porter sur Internet les données de tous les Français appelle une infrastructure un peu conséquente, mais n’exagérons rien, c’est largement à notre portée. C’est plutôt la dimension sécurité des données qui a retardé le lancement du dispositif.

En 2007, la Cnil rendait un avis défavorable au lancement de ce dossier. Il faut dire que les mots de passe pouvaient être transmis en clair par message ou encore au téléphone. Mais 10 ans de pratique du numérique sont passés par là et il semble qu’aujourd’hui la sécurisation du mot de passe ne soit plus un problème. En tout cas, la Cnil a donné son accord et c’est Santeos, la filiale d’Atos (FR0000051732 – ATO), qui est chargée d’héberger et de sécuriser ces données.

Le gouvernement vise 40 millions de dossiers à horizon 5 ans. Le dispositif en compterait déjà 1,2 million mis en place dans les départements-pilotes. Ouvrir son DMP ne prend pas plus d’une minute et les gains de performance promis par ce nouveau système sont immenses, que ce soit à un niveau individuel, pour le suivi de votre santé, ou au niveau collectif pour réduire les frais de la sécurité sociale.

La France très en retard sur la santé connectée

S’il faut saluer le lancement du DMP, il ne doit pas faire oublier que nous sommes très largement en retard sur la santé connectée. Selon le dernier rapport européen DESI (Digital Economy and Society Index – Indice relatif à l’économie et à la société numériques), nous nous plaçons 20e dans ce domaine…

baromètre européen santé connectée

Baromètre européen de la santé connectée. La France, 20e, derrière la Pologne ou le Portugal.
Les pays du Nord sont largement en avance, l’Allemagne est encore moins avancée que nous.

De nombreux pays ont déjà adopté ce dossier médical en ligne simple et accessible sur Internet, dont le Danemark, la Finlande ou encore l’Estonie.

Au Danemark notamment, tout une série d’optimisations bien pensées a permis de réduire le nombre de jours moyens passés à l’hôpital à 4,5 contre 9 en France. L’ambulatoire et la télémédecine sont largement développés. Les ambulances, par exemple, font une première analyse cardiaque qui sera télétransmise et permettra d’aiguiller le patient vers le centre le plus compétent. La fréquentation des urgences est ainsi réduite et ce sont les cas où le pronostic vital est effectivement engagé qui sont privilégiés.

Le rapport rendu en octobre par Dominique Pon et Annelore Coury, qui étaient missionnés pour rédiger une feuille de route pour la période 2018-2022, est extrêmement sévère. Il met en évidence un échec des autorités dans le domaine de la santé numérique.

Il pose cinq diagnostics :

  1. l’usager a été “oublié”. Il n’a pas ou peu de visibilité sur l’usage qui est fait de ses données de santé, alors que, selon les recommandations de l’OMS, le patient doit devenir un acteur central de son parcours de santé ;
  2. les professionnels font face à une offre morcelée des services numériques qui rendent les usages complexes dans le quotidien. Autrement dit, ils ont de belles usines à gaz à disposition. La plupart des multiples outils répondant chacun à un besoin ne sont pas interopérables. Les besoins les plus basiques ne sont pas satisfaits ;
  3. un “socle de base” pour les services de eSanté partagé par tous les acteurs manque. Rien n’est harmonisé ou normé pour l’identification du patient, accéder à un annuaire des professionnels, communiquer d’un professionnel à un autre, partager un dossier médical…
  4. la stratégie nationale est peu lisible. Il n’existe pas de cadre global pour organiser les services de santé numériques, ce qui est un comble dans un Etat aussi centralisé que le nôtre, champion des plans directeurs ;
  5. la gouvernance et l’organisation du système sont insuffisamment structurées. Forcément si on ne sait pas ce que l’on doit faire, il est difficile de s’organiser pour le faire.

Nous doter d’un carnet de santé numérique est un bon début. La démarche est louable, bien qu’elle ait pris près de 15 ans pour aboutir. Cela étant dit, si le chantier semble officiellement ouvert, beaucoup de choses restent encore à faire pour combler notre retard.

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