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Le gagnant méconnu de la mobilité propre

par Etienne Henri
Le gagnant méconnu de la mobilité propre

[Les placements éco-responsables ont le vent en poupe. Panneaux solaires, éoliennes, batteries… et maintenant véhicules propres. En un an, les constructeurs automobiles ont gagné des parts de marché, et cela n’est que le début.]

 

La transition énergétique fait le bonheur des investisseurs. Profitant de l’engouement des grosses mains pour les placements « éco-responsables » et de l’épargne abondante chez les particuliers, ses valeurs-phares connaissent, depuis un an, un parcours explosif. Producteurs de panneaux solaires, de batteries, et autres énergéticiens sont à la fête.

Même les constructeurs automobiles se sont offert un formidable rebond à la faveur de l’électrification de leur catalogue et de l’appétence confirmée des consommateurs pour les véhicules propres.

Entre avril 2020 et avril 2021, l’action Renault (RNO, FR0000131906) a ainsi gagné +150 %, celle du groupe Volkswagen (VOW, DE0007664005) +147 %, et Stellantis (STLA, NL00150001Q9) +161 %. Outre-Atlantique, la fête est encore plus folle puisque General Motors (NYSE : GM) s’arroge +233 % sur la même période.

Le gagnant méconnu de la mobilité propre

Evolution du cours de GM sur un an. Infographie: Investing.com

C’est un fait : les investisseurs ont déjà identifié les gagnants les plus évidents de la transition énergétique et ont investi en conséquence. Les valeurs les plus médiatiques ont, à la faveur du rebond, atteint des valorisations correctes voire, pour certaines, un peu trop hautes.

Il reste cependant bien d’autres entreprises qui ne sont pas encore sous le radar des investisseurs. Situées en deuxième ligne, elles vont elles-aussi voir leur activité et leurs marges augmenter fortement à la faveur de la décarbonation de notre économie.

Aujourd’hui, nous nous intéressons à l’une d’entre elles : Michelin.

Le défi inattendu du véhicule électrique

 Nous faisons intuitivement rimer véhicule électrique avec innovations technologiques. Nous savons tous que les voitures propres sont un concentré de nouvelles technologies : électronique de bord surpuissante, batteries toujours plus performantes, nombreuses aides à la conduite et, pour certains modèles, un début de navigation autonome.

Tous ces sujets sont autant d’axes de R&D facilement identifiables par les investisseurs.

Ce qui est moins connu, c’est que l’innovation ne s’arrête pas à l’électronique et l’intelligence artificielle. Les pneumatiques des véhicules doivent, eux-aussi, être réinventés pour s’adapter à cette nouvelle motorisation.

La raison est double. Tout d’abord, les véhicules électriques sont, du fait du poids important des batteries, sensiblement plus lourds que leurs équivalents thermiques. Une Renault Zoe, voiture citadine que l’on ne peut pas qualifier de spacieuse, pèse déjà plus de 1500 kg. Une Tesla Model S, de son côté, fait grimper la balance jusqu’à 2 162 kg –  soit quasiment 10 % plus lourde que les 1 971 kg d’un fourgon Renault Master 3 !

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Entre la berline et le fourgon, le plus lourd n’est pas celui que l’on croit… Crédit photo : Tesla/Renault

Résultat immédiat de cet embonpoint : la résistance au roulement représente 25 % de la consommation d’énergie des véhicules électriques, contre 4 à 11 % pour les voitures thermiques.

Pour ne rien arranger, le couple des véhicules électriques est sans commune mesure avec celui des équivalents à combustion interne. Comme le savent leurs heureux possesseurs, ils sont capables d’accélérations fulgurantes dignes d’une voiture de sport. Les pneumatiques, seule interface entre le véhicule et la route, sont mis à rude épreuve à chaque démarrage.

Ces deux facteurs s’additionnent et font que les pneus destinés aux véhicules thermiques ne peuvent être utilisés en l’état sur des véhicules électriques sous peine de voir leurs performances et leur durée de vie s’effondrer.

Les fabricants comme Michelin ont donc dû se replonger dans la R&D pour sortir des produits adaptés aux nouvelles motorisations.

Le gagnant méconnu de la mobilité propre

Contrairement à leur apparence qui a peu changé en un demi-siècle, les pneus sont des produits technologiques bardés d’innovations. Crédit : Michelin

 

La fin bienvenue du low-cost

 Cette obsolescence des modèles conçus pour les véhicules thermiques tombe à pic pour Michelin.

Depuis quelques années, le marché du pneu de tourisme est grignoté par les fabricants asiatiques. Leurs produits, dont le prix peut être inférieur de moitié à ceux pratiqués par les grandes marques, ont de plus en plus les faveurs des consommateurs.

Dans un marché en voie de banalisation, l’excellence française avait du mal à se vendre. Seule de vagues promesses de tenue de route accrue en conditions extrêmes ou d’économies de carburant, difficiles à quantifier, pouvaient encore péniblement justifier les tarifs plus élevés de la marque tricolore.

Le véhicule électrique et ses besoins spécifiques viennent rebattre les cartes.

A ce jour, les fabricant asiatiques à bas prix n’ont pas encore réussi à développer des modèles optimisés pour les propulsions électriques. Leurs pneus ont encore une durée de vie largement inférieure tout en diminuant sensiblement l’autonomie des voitures sur lesquels ils sont montés.

Michelin a pu profiter des contraintes nouvelles de la mobilité propre pour rendre ses pneus à haute technicité nécessaires pour quiconque souhaite profiter du plein potentiel de sa voiture électrique (souvent achetée fort chère). Pas étonnant, dans ce contexte, que l’entreprise soit devenue le partenaire privilégié de Renault pour sa Zoe et de Tesla, et ce en première monte comme en remplacement.

Vers une rentabilité accrue

Pour le fabricant, l’effet de la migration des catalogues des constructeurs vers les solutions zéro carbone va avoir une importance considérable sur l’activité.

Une fois les dépenses de R&D amorties, le coût de fabrication des pneumatiques pour véhicules électriques n’est pas sensiblement différent de celui des anciens modèles. De leur côté, les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour ces produits qui peuvent, selon Michelin, augmenter jusqu’à 10 % l’autonomie des voitures à batterie pour lesquelles chaque kilomètre compte.

Mieux encore pour l’entreprise : malgré tous les efforts pour renforcer ces pneus de nouvelle génération, les contraintes mécaniques accrues continuent de diminuer leur durée de vie par rapport aux modèles classiques. Leur remplacement intervient ainsi en moyenne tous les dix-huit mois (contre deux à trois ans pour un véhicule thermique). Les consommateurs vont ainsi, en moyenne, renouveler leurs achats deux fois plus fréquemment qu’auparavant.

Enfin, la récente hausse du prix des matières premières va étrangler les fabricants de modèles d’entrée de gamme pour lesquels le coût de fabrication est prépondérant. Déjà, des augmentations de prix catalogue jusqu’à +8 % ont été constatées en ce début d’année, rendant les modèles low cost de moins en moins intéressants pour les consommateurs.

Pour Michelin (FR0000121261, ML), l’année 2021 démarre avec tous les voyants au vert.

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