Accueil EnjeuxDonnées et vie privée Google ne vous écoute pas, il vous simule et vous prédit

Google ne vous écoute pas, il vous simule et vous prédit

par Edern Rio

La rumeur selon laquelle votre téléphone vous écoute est persistante. Comment expliquer sinon qu’il vous propose des recherches ou des publicités concernant le sujet que vous venez d’évoquer à l’oral ? Pas lors d’une conversation téléphonique. Non, juste à l’oral dans la même pièce que votre téléphone. Tout le monde a déjà plus ou moins fait cette expérience troublante.

Un ancien de Google, Tristan Harris, a apporté des éléments de réponse la semaine dernière lors d’une conférence à Los Angeles. Et c’est finalement encore plus inquiétant…

La conscience de la Silicon Valley

Tristan Harris est un évadé, il a travaillé chez Google de 2011 à 2015, après que sa startup ait été racheté par la firme. Il s’est fait connaître en 2013, lorsqu’il fit une présentation en interne intitulée « Un appel pour réduire la distraction et mieux respecter les utilisateurs ». Sa proposition était de réduire les notifications et de lutter contre l’addiction aux smartphones. Il martelait que la méga-corpo d’Internet avait une responsabilité très forte dans ce domaine et devait agir de manière responsable.

Evidemment, la proposition ne fut pas très bien accueillie, car l’objectif est plutôt de vous y accrocher afin que vous passiez le plus de temps sur votre écran. Ainsi, il quitta Google pour fonder l’association Time well spent, autrement dit du temps bien utilisé, pour lutter contre l’addiction aux nouvelles technologies.

En novembre 2016, The Atlantic avança « Harris est probablement ce qui se rapproche le plus d’une conscience pour la Silicon Valley. » Vous voilà fixé sur l’homme : un insider qui cherche à dénoncer les stratégies des géants du net pour capter notre attention et la monétiser.

Une poupée vaudou de chacun d’entre nous

Tristan Harris lors de la conférence organisée par le Miliken Insititue. Source : Miliken Institute / YouTube.

La semaine dernière, il est allé encore un peu plus loin dans sa pensée, tout en mettant fin à la théorie un chouïa conspirationniste :

« Je sais de source sûre que votre téléphone ne vous écoute pas. Mais comment se fait-il alors qu’il puisse connaître les conversations que vous avez ? C’est parce qu’un avatar de vous, une sorte de poupée vaudou, est stockée sur les serveurs de Google ou de Facebook. Ils n’ont même pas besoin de vous écouter car ils ont accumulé tous les likes, tous les clics que vous ayez jamais faits. Et ainsi il dispose de cette poupée vaudou, qui agit de plus en plus comme vous. Tout ce que j’ai à faire, c’est simuler la conversation qu’a cette poupée vaudou. Ainsi je connais la conversation que vous avez sans même avoir à écouter. »

Si vraiment la technologie a un tel pouvoir sur nos vies, c’est plus qu’inquiétant, c’est Minority Report et la prédiction de nos pensées et de nos actes… et pourquoi pas la prédiction de nos éventuels futurs crimes.

Il développe en évoquant YouTube qui est passé maître à ce petit jeu. L’algorithme de YouTube a testé sur votre poupée vaudou des millions de vidéo pour voir lesquels vous ferait rester le plus longtemps.

« Maintenant, considérez que 70% du trafic sur YouTube est piloté par cet algorithme et que les gens passent en moyenne 60 minutes sur la plateforme. Avec un milliard d’utilisateurs, cela représente 700 millions d’heures d’attention humaine gérés par un ordinateur. »

Pour Harris, cela ne fait aucun doute, les machines ont déjà plus ou moins pris le contrôle de l’humanité. Et de conclure « L’algorithme prend le contrôle de ce que les gens pensent et ressentent. Le problème, c’est qu’il est programmé pour vous proposer les vidéos les plus folles, comme celles qui développent des théories complotistes. »

Si on suit Harris dans son raisonnement, il devient ainsi évident que la vraie source du problème des soi-disant fake news est que les algorithmes ont tendance à favoriser ce genre de contenus car ils vous font rester plus longtemps sur la plateforme.

Si on veut résoudre ce problème, il ne s’agit donc pas de bannir quelques personnalités gênantes pour la bien-pensance, il faut modifier et légiférer sur les algorithmes. Code is law comme on dit. Le code c’est la loi. Vaste programme…

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