Accueil A la une Google Stadia risque bien de manquer sa cible…

Google Stadia risque bien de manquer sa cible…

par Edern Rio

L’impact est prévu en novembre : Stadia, la plateforme de cloud gaming de Google, devrait alors être lancée dans plusieurs pays, dont la France. Rappelons le principe : pouvoir jouer de n’importe où et à n’importe quel jeu à partir du navigateur Chrome ou d’un Chromecast branché sur votre télévision. Faire tourner ainsi des jeux sur le cloud pour les rediffuser sur votre terminal et vous permettre d’interagir est un tour de force technique réel.

Pour autant, il n’est pas sûr que la plateforme de Google devienne une réussite commerciale. Il a présenté son offre hier en amont du grand raout du jeu vidéo mondial, l’E3, qui aura lieu la semaine prochaine.

Un tarif pas si attractif qu’il y parait

Google propose un accès gratuit à ses serveurs dans une version dégradée de son service et une version à 9.99 € par mois pour pouvoir jouer en 4K à 60 IPS (images par seconde). Sur le papier, cela semble extraordinaire, ce n’est vraiment pas très cher. Mais si vous voulez jouer dans votre salon, il faudra y ajouter une manette (voire deux) et un chromecast. Du coup, la console « dématérialisée » passe tout de suite à 129€ (manette + chromecast + 3 mois d’accès), soit environ la moitié du prix d’une console classique.

Surtout, les joueurs devront acheter leurs jeux. Il n’y a pas de catalogue accessible gratuitement, et c’est là que les choses se compliquent : il faudra acheter les jeux séparément. L’espoir du service reposera alors sur les jeux free-to-play, comme Fortnite.

Autre point de friction, pour profiter pleinement de la console dans le cloud, il faudra un débit d’au moins 35 Mbs, ce que seule la fibre offre aujourd’hui.

Configuration requise pour utiliser Stadia. Pour bénéficier d’une qualité d’image digne de ce nom, il faut avoir une bonne fibre. Source : Stadia.

Microsoft, qui dispose de toutes les compétences pour se lancer dans le cloud gaming, propose aujourd’hui un XBox Game Pass pour le même prix (9,99 € par mois), mais qui donne accès à une centaine de jeux, dont ses nouveautés. Il est même en train de mettre au point un service xCloud qui a bien plus de chances de devenir le Netflix du jeu vidéo que Stadia.

Le Chromecast et la nouvelle manette Google dédiée à Stadia, équipée d’un bouton Google assistant et d’un microphone intégré. Source : Google.

Une absence cruelle de catalogue

En effet, ce sont avant tout les contenus qui motivent l’abonnement à une plateforme. Netflix l’a très bien compris. La plateforme de streaming vidéo a englouti environ 12 Mds$ en création originale en 2018 ! Ce budget pourrait passer à plus de 20 Mds$ d’ici 2022.

Et c’est encore un point sur lequel l’offre Stadia bute. D’après la présentation de Google, seuls 30 jeux seront disponibles au lancement.

Dans la bataille du cloud gaming qui s’annonce pour la fin d’année, Stadia ne part pas si bien armée que Google voudrait le faire croire. La firme de Moutain View peut bien se vanter d’avoir de grands jeux avec Assassin’s Creed : Odissey d’Ubisoft et de disposer de Baldur’s Gate III dès sa sortie, les 30 jeux qu’il aligne font pâle figure. A titre de comparaison le Xbox Game Pass en propose plus de 5 000. Où sont les versions Stadia des jeux les plus joués actuellement ? Où sont Fortnite, PUBG, Grand Theft Auto V, Civilization VI, Far Cry 5 ou DOTA 2 ? Où sont les hits actuels qui réunissent des millions de joueurs ?

Ceci confirme que les studios sont obligés de porter leurs jeux vers la plateforme Stadia, alors qu’un acteur comme Shadow, qui n’a pas du tout la force de frappe de Google, peut proposer à ses utilisateurs l’ensemble des jeux qui tournent sous Windows.

Et si les trois acteurs historiques de la console s’alliaient dans le cloud ?

De son côté, Microsoft avance tranquillement ses pions dans ce qui ressemble de plus en plus à un rapprochement entre les trois grands acteurs de la console de Salon. Nintendo a annoncé collaborer avec Microsoft pour le cloud mi-mars. Et mi-mai, contre toute attente, c’est Sony qui a signé un partenariat pour utiliser le cloud Azure de Microsoft. Les deux entreprises avaient alors déclaré dans un communiqué de presse conjoint :

« Les deux entreprises exploreront des développements conjoints autour du cloud dans Microsoft Azure pour proposer leurs jeux et services de streaming de contenu. »

Nul doute que des annonces des trois constructeurs auront lieu la semaine prochaine à l’E3.

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