Accueil A la une Guerre au coronavirus : il est temps de gonfler l’armement

Guerre au coronavirus : il est temps de gonfler l’armement

par Edern Rio

Depuis le début de la semaine et la mise en quarantaine de la population, nous n’entendons presque pas parler des moyens technologiques pour lutter contre l’épidémie et appliquons des mesures inventées au XVe siècle.

Pour faire simple : restez chez vous pour endiguer la transmission. Loin de moi l’idée de remettre en cause l’efficacité de ce procédé, mais maintenant que la guerre est déclarée, il est plus que temps de jeter toutes nos forces dans la bataille.

La Corée du Sud qui a admirablement géré la crise pourrait nous servir d’exemple.

Comment la Corée du Sud a géré la crise sanitaire

De tous les pays qui subissent la maladie de plein fouet, la Corée du Sud est sans aucun doute celui qui a le mieux tiré son épingle du jeu. Infectés très tôt après la Chine, les Coréens n’ont enregistré pour l’instant que 8 600 cas et moins de 100 décès.

Pourtant, le pays n’a pas fermé ses frontières et n’a pas imposé de confinement comme en Chine ou en Europe. Comment sont-ils parvenus à freiner l’épidémie ?

D’une part, ils ont agi tôt et mené une campagne de dépistage massive, entre 10 000 et 15 000 personnes par jour depuis le 25 février, grâce à un réseau de laboratoires à l’échelle du pays, y compris des sortes de « drive » où tout un chacun peut venir passer un test gratuitement.

Lorsqu’une personne est testée positive, elle est isolée. Mais surtout, son activité récente est intégralement analysée, grâce à toutes les traces électroniques laissées par nos outils quotidiens : bornage du téléphone, utilisation de la carte bancaire, voire même caméras de vidéosurveillance.

Ainsi, les autorités sanitaires ont pu remonter en direct le développement de la maladie et éteindre des foyers qui se développaient. Si ce n’est pas la seule raison de la bonne gestion de la crise, cela demeure un des facteurs principaux.

Le dépistage est essentiel pour endiguer l’épidémie. C’est ce que martelait lundi dernier Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS : « Nul ne peut combattre un incendie les yeux bandés […]. Il faut tester et isoler […]. Vous ne pouvez pas stopper une pandémie si vous ne savez pas qui est infecté. »

Données épidémiologiques en Corée du Sud au 19 mars 2020. Source : Statista.

 

La géolocalisation pour cartographier l’épidémie

Aux États-Unis, une réponse de cet ordre est en train d’être envisagée. La Maison-Blanche a réuni à huis clos les géants de la Silicon Valley, à commencer par Google, pour travailler autour des données de géolocalisation et les croiser avec les données épidémiologiques.

C’est une tribune de médecins qui a lancé le mouvement. Ils appelaient à la mise en place par Apple et Google d’une « fonctionnalité, respectueuse de la vie privée, permettant aux utilisateurs de donner leur accord quant à la collecte de leurs données de localisation ».

Ainsi lorsqu’une personne est diagnostiquée positive au Covid-19, il devient aisé de :

  1. retracer les personnes l’ayant fréquenté de près ;
  2. les avertir de ce cas et les inviter à venir se faire contrôler ;
  3. les isoler si elles sont positives.

Si ce genre de réponse pose un problème du côté de la vie privée, il semble évident que la majorité des citoyens autoriserait ces mesures. Il vaut mieux faire une entorse légère à la vie privée pour maîtriser une épidémie que des milliers de morts et l’assignation à résidence de l’ensemble de la population pendant un mois ou plus et la paralysie complète du pays.

Au contraire, la mise en place d’un dispositif exploitant notre organisation technologique actuelle de manière bienveillante montrerait à la population que l’ère des data n’est pas que synonyme d’atteintes à la vie privée et qu’elle peut également servir l’intérêt collectif.

Evidemment, le revers de la médaille existe. La Chine en est l’exemple type. Chaque jour, les citoyens recevaient par le biais d’une application leur statut du jour : rouge pour un confinement total, jaune pour une capacité restreinte à se déplacer et vert, vous pouvez vous déplacer.

Au vu des derniers développements, au-delà des possibles manipulations de chiffres, il apparaît que la méthode autoritaire du gouvernement chinois pour gérer la crise a porté ses fruits, puisque le pic semble atteint et que le nombre de nouveaux cas et décès s’est grandement ralenti.

Evolution des cas détectés en Chine. Source : Worldometer.

Ne doutons pas qu’il serait également possible, malgré l’absence de géants du numérique locaux, de mener ce genre de politique en France en exploitant les données des opérateurs mobiles. La simple triangulation, combinée aux enveloppes de métadonnées des SMS et autres messages, offre déjà de très nombreuses informations utiles dans la réponse à la crise sanitaire.

Il suffirait de faire signer une autorisation à toute personne testée positive pour remonter et isoler les malades.

Il est malheureusement sans doute trop tard, alors que les hôpitaux commencent à être saturés, que les ventilations mécaniques commencent à manquer et que nous sombrons petit à petit dans une situation comparable à celle de l’Italie.

Testez, isolez, traitez

Vous me direz que nous manquons de tests pour mener à bien cette mission… Si cela a été le cas, cela ne semble plus être d’actualité puisque depuis le 16 mars, le gouvernement a autorisé le dépistage dans les labos de ville et que des tests sont disponibles de manière massive.

Les machines automatisées de Roche, les Cobas 6800 et 8800, communément utilisées dans les labos, permettent d’effectuer plus de 1 000 tests par jour. Roche Diagnostics estime que nous sommes désormais en capacité de délivrer plus d’un million de tests par mois. Plus de 800 machines seraient installées sur le territoire.

Et Roche n’est évidemment pas le seul à s’activer dans ce sens. Primedesign, la filiale de Novacyt, a obtenu le marquage CE et est en train de gonfler sa production de tests.

La machine Cobas 6800 de la filiale diagnostic de Roche. Source : Roche.

Le dépistage massif est l’axe retenu par les Etats-Unis, puisque plus de 2 000 laboratoires vont pouvoir produire des tests dès cette semaine, afin de fournir l’ensemble des structures de santé du pays.

Selon notre ministre de la Santé, il est trop tard, le virus serait déjà trop présent sur notre territoire. Pourtant, c’est bien la solution que préconise le spécialiste des maladies infectieuses de renommée mondiale Didier Raoult, qui dirige l’IHA Méditerranée Infections : dépister, isoler et traiter les malades et les personnes fragiles plutôt que de confiner l’ensemble de la population.

Pendant ce temps, le gouvernement communique sur l’augmentation de l’amende de ceux qui ne respecteraient pas la quarantaine… Dans la guerre au coronavirus, nous ferions mieux de muscler notre armement, plutôt que de verbaliser quelques déserteurs.

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