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Halo-Fi : oubliez SpaceX, la relève arrive

par Etienne Henri
Halo-Fi SpaceX concurrents

[La domination d’Elon Musk dans le secteur naissant du Halo-Fi – l’Internet par satellite à haut débit et faible latence – ne se fera pas sans mal. Si l’homme le plus riche du monde a réussi en quelques années à créer une nouvelle génération de fusées à même d’écraser la concurrence, la compétition pour la connectivité sans fil ne se jouera pas de la même façon. Les challengers s’organisent et les cartes se rebattent… Des sociétés comme Astra Space, Amazon et même Boeing sont toutes prêtes à en découdre !]

Le marché potentiel du Halo-Fi se compte en milliards

Alors que Starlink, le service de SpaceX, a été le premier à pouvoir être commercialisé en s’appuyant sur une flotte de plus de 1 600 satellites, les autres acteurs du Halo-Fi n’ont pas pour autant baissé les bras. Nous vous avions parlé, cet été, de la renaissance de OneWeb qui a su rebondir après sa faillite et a repris les tirs à cadence accélérée.

Début novembre, ce sont pas moins de trois concurrents qui ont, à leur tour, montré les dents pour venir marcher sur les plates-bandes de Starlink. Peu impressionnés par les 90 000 clients d’Elon Musk, ils savent que le marché potentiel se compte en milliards d’abonnés, et que tout peut encore se jouer…

Un nouveau Petit Poucet du Halo-Fi

A peine cotée en Bourse, et seulement cinq ans après sa création, la voici déjà qui tente de jouer dans la cour des grands. Astra Space, qui est entrée au Nasdaq au mois de février sous le symbole ASTR en utilisant le désormais bien connu mécanisme du SPAC, a annoncé son objectif de devenir elle aussi un acteur majeur de l’Internet de l’espace.

Le modèle d’affaires de la startup devait initialement être celui d’un lanceur à bas coûts. En collaboration avec l’US Space Force et la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), Astra Space travaille depuis ses débuts sur un lanceur léger capable de placer en orbite basse une charge de 200 kg pour un coût de lancement de seulement 2,5 M$.

A ce jour, aucun tir n’a encore été couronné de succès… Mais qu’importe. L’entreprise se voit déjà aller au-delà de son rôle de simple « Uber de l’espace ». En effet, pour valoriser sa technologie de tirs à bas coûts, elle vient de demander à la FCC américaine l’autorisation de mettre en orbite pas moins de 13 620 satellites, à une altitude comprise entre 380 km et 700 km.

fusée Astra Space

La fusée Astra se prépare à un nouveau tir
Photo : Astra Space
 

Forte de son trésor de guerre post-IPO (500 M$), Astra Space peut se permettre de rêver grand. Elle doit toutefois prendre en compte l’environnement hostile dans lequel elle va désormais évoluer. En se plaçant sur le segment du Halo-Fi, et plus uniquement sur celui des lanceurs à bas coûts, sa concurrence ne se limite plus à quelques startups idéalistes, mais inclut aussi les grands noms de la tech… 

Amazon fourbit ses armes 

C’est le cas de la pieuvre de Jeff Bezos, laquelle ne se contentera pas de dominer le e-commerce et le cloud. Le géant a également déposé, mi-novembre, un dossier auprès de la FCC pour obtenir l’autorisation de lancer sa propre flotte satellitaire. Comme pour faire oublier les déboires de Blue Origin, l’autre entreprise de Jeff Bezos qui a définitivement perdu début novembre son appel d’offres pour faire revenir les Américains sur la Lune, Amazon a dévoilé sa feuille de route vers le Halo-Fi.

Jeff Bezos ne veut plus échouer là où Elon Musk excelle

Pour le groupe, la création d’une offre de haut-débit mondiale passera par la mise en orbite de 4 538 satellites (un chiffre plus raisonnable que celui d’Astra Space). Cruel revers pour Jeff Bezos, qui échoue une fois de plus là où Musk excelle, Amazon n’utilisera pas les lanceurs Blue Origin, dont la puissance est bien trop faible pour mettre ses équipements en orbite. C’est United Launch Alliance (ULA), la co-entreprise de Boeing et Lockheed Martin, qui fournira les lanceurs.

Passer par ULA permet d’utiliser des fusées « sur étagère », de lever les incertitudes liées au lancement… et d’éviter d’avoir à traiter avec SpaceX, ce qui aurait été inimaginable lorsque l’on sait l’animosité réciproque qui habite les deux milliardaires.

Après une phase de guérilla administrative, durant laquelle l’activité spatiale de Jeff Bezos consistait surtout à déposer des recours auprès des autorités pour empêcher SpaceX de lancer des satellites et de traiter avec le gouvernement pour les missions à venir, l’entreprise met enfin un pied dans l’aspect opérationnel. Il était temps, car un autre concurrent de taille commence à remporter ses premiers succès… 

Boeing déjà dans la danse 

Pour Boeing également, le Halo-Fi représente un relais de croissance à même de faire oublier ses propres déboires. Alors que le groupe peine à qualifier sa capsule Starliner et doit laisser le champ libre à SpaceX sur le secteur des vols habités, il peut au moins se féliciter d’avoir obtenu l’aval de la FCC pour sa flotte Halo-Fi.

Fonctionnant par étape, Boeing avait déposé une première demande, qui vient de lui être accordée, pour une micro-constellation de 147 satellites. 132 seront placés à 1 000 km d’altitude, et la quinzaine restante bien plus haut (entre 27 355 et 44 221 km). En choisissant ces orbites hautes, Boeing place ses équipements bien trop loin du sol pour de l’Internet à haut débit et faible latence… mais il peut ainsi couvrir le Globe avec un effectif réduit comme le font les opérateurs historiques.

Fort de ce succès administratif, le groupe a déposé un dossier d’extension de flotte portant cette fois-ci sur plus de 5 700 satellites. Un nombre qui serait suffisant pour assurer une couverture, depuis l’orbite basse, de l’ensemble de la planète – cette fois-ci à haut débit et faible latence.

Boeing lorgne sur le Halo-Fi mais peine à s’extraire de son inertie

Reste que la firme de Chicago ne semble pas totalement libérée de son inertie historique. Son autorisation de mise en orbite des 147 satellites à peine obtenue, elle a déjà déposé un recours pour obtenir des délais supplémentaires. Il semblerait que le calendrier de la FCC, qui lui imposait d’envoyer au moins 74 satellites d’ici la fin 2027 et le reste d’ici 2030, était déjà trop ambitieux. Boeing a demandé l’autorisation de ne tirer que 5 satellites d’ici 2027, et le reste à horizon 2033.

L’avionneur à tort de prendre son temps. A ce jour, la FCC étudie des dossiers pour une dizaine d’entreprises qui souhaitent, en cumulé, envoyer pas moins de 37 000 satellites en orbite. Toutes ont pour mission d’apporter un Internet satellitaire à l’ensemble de la planète. Sur l’aspect commercial comme orbital, il n’y aura  pas de place pour tout le monde… Au sens au propre comme au figuré. La prudence ne doit pas devenir de la procrastination.

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