Accueil BlockchainBitcoin et cryptomonnaies Hedera Hashgraph : sauveur des cryptos, ou leur antéchrist ?

Hedera Hashgraph : sauveur des cryptos, ou leur antéchrist ?

par redaction

Une nouvelle technologie, Hedera Hashgraph, fait des remous chez les amateurs de cryptos. Elle affirme pouvoir faire absolument tout ce que les technologies basées sur la blockchain comme le bitcoin et l’Ethereum peuvent faire… en beaucoup, beaucoup mieux.

Selon son livre blanc, elle est capable de traiter plus de 250 000 transactions par seconde (tps), soit cinq fois mieux que le système VISA, 12 500 fois mieux que l’Ethereum et 30 000 fois mieux que le bitcoin.

Elle permet d’utiliser des contrats intelligents, construits dans le langage de programmation de l’Ethereum, Solidity.

Elle nous débarrassera aussi des mineurs en utilisant un mécanisme de preuve d’enjeu (PoS pour Proof-of-stake) plutôt que des preuves de travail (proof-of-work), qui rendaient le bitcoin si gourmand en énergie.

Vous ne pouvez pas participer à son ICO : cette monnaie n’a pas besoin d’argent – j’y reviens dans un instant. Elle sera cependant bientôt disponible sur les plateformes d’échange et les développeurs pourront l’utiliser comme base.

En apparence, elle a donc tout de la crypto idéale : des contrats intelligents, ultra-rapide et facile à utiliser à grande échelle. Elle affirme aussi être extrêmement fiable…

Mais l’est-elle vraiment ?

Qu’est-ce qu’Hedera Hashgraph ?

J’ai reçu beaucoup de courriers ces derniers mois demandant un article sur Hedera Hashgraph.

Vu les arguments en sa faveur listés plus haut, l’intérêt pour cette crypto semble être tout à fait justifié. Mais une analyse des moyens qu’elle emploie pour arriver à ses fins suffit à nous ôter toute illusion.

Aujourd’hui, nous allons donc passer cette technologie à la loupe, et déterminer si elle est notre alliée… ou notre ennemie.

Tout d’abord, de quoi parlons-nous ?

Hedera Hashgraph est une DLT (pour distributed ledger technology, ou technologie de registre distribué) basée sur un graphe orienté acyclique, ou DAG pour Directed acyclic graph. Moi qui voulait faire simple, voilà que j’échoue dès la première page.

Toutes les cryptos sont des DLT, mais toutes ne sont pas des DAG.

Donc, bien qu’elle s’appelle “hashgraph”, il s’agit simplement d’une nouvelle technologie DAG avec un algorithme différent.

Voilà comment elle est décrite sur CryptoWiki (j’ai mis quelques passages en gras) :

Le hashgraph est une structure de données brevetée développée par le Pr. Leemon Baird. Elle permet de stocker et de mettre à jour des informations selon un algorithme unique qui permet à une communauté étendue et décentralisée d’atteindre un consensus entre les différents noeuds/membres rapidement (250 000 transactions par seconde) et en toute sécurité (Strong Form Byzantine Fault Tolerant) avec une justesse mathématique prouvée dans l’ordre absolu des transactions.

La structure des données est celle d’un graphe acyclique orienté, où chaque vertex contient le hash des deux vertex parents. Un hashgraph est mis à jour “par gossip” : chaque membre choisit de manière répétée un autre membre au hasard et l’informe de tous les événements dont il n’est pas encore au courant.

Le hashgraph utilise un protocole entièrement nouveau appelé “gossip about gossip” [NDLT : ou commérage sur commérage en français] pour le partage d’information. Ainsi, les membres échangent un historique abrégé des discussions qu’ils ont les uns avec les autres, un peu à la manière de plusieurs amis qui “colportent des ragots sur ce qu’a fait Jean-Luc”.

La première chose qui frappe, c’est que le Hashgraph est breveté. Dans le monde des cryptos, c’est un très, très mauvais signe.

Ses créateurs affirment qu’il peut ainsi éviter tout “hard fork” (fourche), dont le bitcoin a été victime. Si quelqu’un tente d’améliorer le code pour créer une nouvelle branche du Hashgraph ou de l’entreprise a laquelle il appartient, Swirlds, il ou elle risque un procès.

Si vous utilisez Hashgraph, Hashgraph pourra donc vous dire comment vous comporter.

Comme cette technologie est brevetée, elle n’est pas non plus open-source, ce qui est antinomique avec la quasi-totalité des autres cryptos et ce qu’elles représentent. Même l’Hyperledger d’IBM est open-source… je ne connais pas une seule crypto qui ne le soit pas.

La deuxième chose que vous noterez peut-être est que la structure DAG fonctionne comme l’IOTA. Avec l’IOTA, pour passer une transaction, vous devez en vérifier deux autres.

Hedera Hasgraph est un projet à but lucratif

Une autre chose frappante lorsque l’on étudie le livre blanc est que contrairement à de nombreuses cryptos, sans but lucratif, Hedera Hashgraph a créé une fondation à but lucratif.

Selon le livre blanc (qui ne le mentionne qu’une seule fois, j’ai mis le passage en gras) :

Hedera Hashgraph Council est une LLC à but lucratif qui sera gouvernée par 39 entreprises et organisations renommées issues de secteurs et de régions géographiques divers.

Et on veut nous faire croire qu’il s’agira d’un pilier du “nouvel internet”. Si internet avait été une fondation à but lucratif, construite sur des logiciels non-libres, le monde serait un endroit tout différent aujourd’hui. Un endroit nettement moins collaboratif et moins technologiquement avancé.

La plupart des cryptos en sont conscientes et sont fières de créer des plateformes et des protocoles open-source. Mais pas Hedera Hashgraph : elle ne se concentre que sur ses propres profits.

L’utilisation d’Hedera Hashgraph n’est pas gratuite

L’un des principaux avantages des cryptos DAG est que leur utilisation est gratuite. Deux des plus grandes cryptos DAG actuellement, IOTA et NANO traitent gratuitement les transactions.

L’absence de frais est peut-être l’un des plus grands bénéfices des modèles de cryptomonnaies.

Avec des monnaies purement destinées aux paiements, comme NANO, la somme envoyée et la somme reçue, dans une transaction, sont parfaitement égales. Si vous envoyez l’équivalent de 0,005 centimes en NANO à un magasin ou à un ami, ils recevront cette somme, ni plus, ni moins.

Pour des crypto machine-to-machine, comme IOTA, c’est aussi un point crucial : des machines peuvent échanger des millions de microtransactions sans le moindre frais.

L’utilisation de Hedera Hashgraph ne sera pas gratuite. Il faut payer des frais pour effectuer des transactions ou l’utiliser pour y stocker des fichiers.

Le Hedera Hashgraph Council (HHC) obtiendra d’ailleurs aussi des dividendes réguliers de la part des utilisateurs du réseau.

Encore une fois, cela n’est mentionné qu’une fois, très brièvement, dans le livre blanc :

VERSEMENT DE DIVIDENDES – Périodiquement, Hedera pourra effectuer des versements aux Membres dirigeants en rétribution du rôle joué dans la gouvernance. Les frais collectés par Hedera sont utilisés pour des versements incitatifs et des versements de dividendes, dans des proportions déterminées par Hedera.

Tout cela soulève une question évidente : qui compose le HHC ? Après tout, c’est bien cet organe qui aura la capacité de créer des fourches et de modifier les protocoles selon son bon vouloir.

Hedera Hashgraph est géré par de grandes entreprises

Le HHC est composé de 39 grandes entreprises. Le conseil détermine l’évolution du protocole, et les utilisateurs doivent obéir.

Selon le livre blanc :

Le Hedera Hashgraph Council est une entreprise à but lucratif gouvernée par un maximum de 39 organisations et entreprises réputées, provenant de divers secteurs et régions du monde. Elle se bat pour un cyberespace fiable, sûr et indépendant des serveurs centraux.

Son modèle de licences et de gouvernance protège la communauté en éliminant le risque de fourches et en garantissant l’intégrité du code base, tout en fournissant un accès ouvert au noyau protégé. Dans ce modèle de gouvernance, tous les Membres directeurs auront des droits égaux, et chacun d’entre eux, (à l’exception de Swirlds), effectuera un mandat limité, pour s’assurer qu’aucun membre directeur ou groupe de membres directeurs ne centralise le contrôle.

Je pourrais vous expliquer pourquoi tout ceci est de très mauvais augure. Mais pendant mes recherches sur cet article, je suis tombé sur un message Reddit qui résume le tout parfaitement :

Le Hedera Hashgraph Council joue le rôle de régulateur et établit indirectement les règles, les frais et autorise les nouvelles mises à jour logicielles via le comité de direction (governing board) élu par le HH Council. La communauté se contente d’un rôle exécutif, en vérifiant les transactions et en n’appliquant que les règles du logiciel rédigées et approuvées par le comité de direction.

C’est inquiétant, car de mon point de vue, c’est l’inverse du modèle habituel, où les gens/la masse/la communauté jouent le rôle de législateur (en élisant un parlement etc.) et où c’est le gouvernement qui est limité au rôle exécutif.

Comment être sûr, alors, que ce HH Council ne sera pas corrompu, ni ne prendra de décisions qui visent à optimiser ses propres bénéfices au détriment de l’intérêt général ? D’autant que selon son livre blanc, le Hedera Hashgraph Council est une LLC à but lucratif !

Ce n’est pas forcément une entité terriblement et clairement néfaste : le Conseil n’a pas intérêt à saboter le réseau. Mais une décision pourrait avantager légèrement le Conseil plutôt que la communauté, de petits changements qui, avec le temps, orientent le développement vers une optimisation de leurs bénéfices.

Admettons que Hedera Hashgraph soit adopté en masse partout dans le monde, que de nombreuses applications mondiales cruciales utilisent cette plateforme : le Hedera Hashgraph Council (et Swirlds en particulier) deviendrait alors une organisation dotée de pouvoirs suprêmes. Même si le Conseil est corrompu, les gens n’auraient aucun moyen d’y changer quelque chose.

Nous n’avons pas le droit de vote, parce que le HH Council est un groupe fermé, autorisé à prendre les décisions qui lui conviennent le mieux, avant d’élire de nouveaux membres qui sont du même avis que les membres actuels et ainsi de suite. C’est un cycle sans fin, et le degré de corruption potentiel pourrait ainsi grandir au fil du temps.

Hedera Hashgraph est anti-démocratique : c’est un point majeur selon moi, d’autant que les cryptos visent à démocratiser la technologie. C’est tout l’inverse de la démarche de Hedera Hashgraph.

L’idée du HHC soulève aussi un autre problème majeur.

HHC est propriétaire de 60% des ressources

Hedera Hashgraph impose des frais : on est donc en droit de se poser la question de leur distribution.

Hedera Hashgraph utilisera un protocole de preuve d’enjeu, ou “proof of stake” (POS). Les gens qui possèdent cette cryptomonnaie pourront donc “jouer” ce qu’ils ont pour sécuriser le réseau. Ils seront ensuite rémunérés par une partie des frais.

Le HHC est propriétaire de 60% des ressources, il collectera donc pour lui-même 60% des frais. En plus de versements de dividendes non-spécifiés. Ah, et puis, étant donné qu’il contrôle entièrement les mises à jour et les modifications technologiques du fonctionnement d’Hedera Hashgraph, il pourrait s’octroyer encore plus de ces ressources au fil du temps si bon lui semble. Les utilisateurs seraient bien obligés d’accepter.

On critique Ripple pour sa centralisation excessive. Mais en la matière, même Ripple fait pâle figure comparé à Hedera Hashgraph.

Et plus on analyse cette crypto de près, plus on navigue en eaux troubles.

Hedera Hashgraph a été créée par deux ex-militaires

Les cofondateurs d’Hedera Hashgraph sont des anciens de l’US Air Force.

Voyez cet extrait du livre blanc :

Hashgraph

Leemon Baird, cofondateur, directeur technologique et scientifique : Leemon Baird est l’inventeur de l’algorithme par consensus distribué Hashgraph, et le cofondateur et PDG de Swirlds Inc. Avec plus de 20 ans d’expérience dans la technologie et les startups, il a été professeur de sciences informatiques à l’US Air Force Academy et a occupé plusieurs postes de directeur scientifique. Il a cofondé plusieurs start-ups, dont deux entreprises liées à l’identité, qui ont été rachetées. Il a obtenu un Doctorat en sciences informatiques à l’Université Carnegie Mellon, a déposé plusieurs brevets, publié des articles dans des journaux révisés par des pairs et données des conférences sur la sécurité informatique, l’apprentissage machine et les mathématiques.

Mance Harmon, Cofondateur et PDG : Mance Harmon est un gestionnaire et entrepreneur technologique avec plus de 20 ans d’expérience en matière de leadership stratégique dans des entreprises multinationales, des agences gouvernementales et des start-ups de haute technologie. Il est également cofondateur et PDG de Swirlds Inc. Par le passé, il a été directeur de l’architecture et des laboratoires chez Ping Identity, fondateur/PDG de deux start-ups technologiques, directeur exécutif de la sécurité des produits dans une organisation au chiffre d’affaires de 1,7 milliard de dollars, Gestionnaire de programme pour un logiciel de très grande échelle pour l’agence de missiles de défense, directeur de formation en cybersécurité de l’US Air Force Academy, et chercheur en apprentissage machine au Wright Laboratory. Mance a un MS de sciences informatiques de l’Université du Massachussetts, et un BS de sciences informatiques de l’université de Mississippi State.

Ceci soulève toute une quantité de questions sur les possible connivences avec le gouvernement, ce qui n’est pas rassurant après tous les points déjà évoqués au sujet des brevets et du secret qui entoure le code de Hedera Hashgraph.

Hedera Hashgraph semble avoir quelque chose à cacher… mais quoi ?

Je suis sûr que certaines personnes n’hésiteraient pas à dire, étant donné qu’il s’agit d’un code privé, créé et breveté par des militaires, que les motifs de ses deux créateurs sont troubles et qu’il existe des problèmes évidents de transparence.

Loin de moi l’idée de suggérer une chose pareille.

Mais tout de même. Sachant tout cela, Hedera Hashgraph est-elle vraiment la crypto sur laquelle nous souhaitons construire “le nouvel internet” ?

En conclusion : ne soyez pas victime des effets de mode sur les cryptos

Au début de mes recherches, je n’avais aucun préjugé sur Hedera Hashgraph, mais après m’être renseigné, je suis absolument convaincu que ce n’est pas une bonne crypto.

Son degré de centralisation est incroyable. Elle impose des frais d’utilisation. Elle n’est pas open-source. Ses dirigeants corporate peuvent modifier son code comme bon leur chante. Et elle pourrait même mener à une guerre des brevets – ce que beaucoup de cryptos ont tout fait pour éviter.

Personnellement, je n’investirai pas Hedera Hashgraph.

Cela ne veut pas dire qu’elle ne sera pas une réussite. Elle est soutenue par une quantité non négligeable de pouvoir et d’argent, et a de bons arguments en sa faveur.

La plupart des gens ne feront pas de recherches poussées, et quand bien même ils le feraient, ils ne verraient pas forcément les signaux d’alerte de la même manière que moi.

Il est même possible que certaines personnes considèrent sa structure et son degré de centralisation comme des avantages. Ce n’est pas mon cas.

Une fois qu’elle sera lancée, il sera intéressant d’observer la réaction de la communauté crypto et des médias généralistes.

Que pensez-vous d’Hedera Hashgraph ?

Ai-je tort ? S’agit-il de l’avenir des cryptos ? Ou bien est-ce qu’il s’agit simplement de la dernière tendance, fondamentalement défectueuse ?
[NDLR : 149% en moyenne par crypto-trade. Voilà la performance réalisée par Florian Darras dans Cryptos Trading depuis le lancement du service. Le meilleur des cryptos est donc à retrouver ici…]

Par Harry Hamburg

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

1 commentaire

Greg 18 juin 2018 - 19 h 56 min

Bonjour, je me permets d’ajouter quelques précisions à cet article.

Depuis que nous avons annoncé notre intention de lancer Hedera Hashgraph, nous avons constaté un énorme intérêt de la part de la communauté de développeurs. Nous avons reçu des questions au sujet de nos brevets, de leur raison d’être et de leur utilité. Ce message vise à répondre à ces questions.

Tout d’abord, le code sera disponible pour une revue publique, en commençant par la version 1.0, nous ne cacherons rien.

Deuxièmement, nous promettons de ne jamais créer de fourche. Après avoir vu l’évolution de la technologie des registres distribués (DLT), il est clair que de nombreuses options existent déjà pour ceux qui veulent construire sur des plates-formes au risque de les voir fourcher. Notre objectif est de fournir une autre option, jamais encore disponible – la possibilité de développer sur une plate-forme DLT stable. Les brevets seront utilisés pour empêcher les fourches quand possible, pour offrir aux utilisateurs une stabilité sans précédent. Des mécanismes techniques seront également utilisés pour empêcher ces. Et Hedera elle-même promet de ne jamais faire le choix de fourcher. Cette stabilité augmente la gamme d’options disponibles pour tous.

Nous reconnaissons que tous les développeurs ne voudront pas tirer parti de cela, mais nous croyons fermement à la valeur de la stabilité pour ceux qui choisissent de consacrer beaucoup de temps et d’efforts à développer des applications. Cette option existe avec Hedera.

Troisièmement, il n’y a pas de frais de licence associés au déploiement d’applications sur Hedera. Vous pouvez créer des applications Open Source, des applications à code source fermé ou utiliser un modèle de licence pour vos utilisateurs que vous choisissez. Vous n’avez pas besoin de contacter Hedera pour une licence, et nous ne saurons pas ce que vous construisez, à moins que vous ne choisissiez de nous le dire.

Quatrièmement, la base de code de Hedera sera régie non pas par une seule entité, mais par un conseil de 39 sociétés différentes. Ces sociétés seront diverses, à la fois dans leurs secteurs que sur le plan géographique, et seront limitées dans leur durée. Ceci est spécifiquement conçu pour assurer la continuité de la gouvernance distribuée, plutôt que de la confier à une seule personne, à une seule entreprise ou à une seule fondation.

Nous croyons que certains développeurs ont des préoccupations fondamentales qu’il faut traiter avant que les registres distribués puissent être largement acceptés et adoptés. L’une de ces préoccupations est le chaos et l’incertitude causés par les risques associés aux fourches. Notre objectif est de fournir une plate-forme qui offre la meilleure gouvernance, ainsi que des contrôles techniques et juridiques pour assurer la stabilité de la plate-forme, tout en offrant une transparence totale. C’est ce que nous cherchons à rendre disponible aux développeurs.

Cordialement
Greg

Reply

Laissez un commentaire