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Huawei continue sa croissance et agace Washington

par Etienne Henri
huawei google

Insensible au torrent de sanctions occidentales, Huawei fait preuve d’une remarquable robustesse.

En 2019, année de tous les dangers avec l’arrivée de l’interdiction de commercer avec les USA, son activité a cru de +19 %. Ses résultats du premier trimestre 2020, publiés il y a quelques jours, sont du même acabit : l’équipementier s’est payé le luxe d’avoir un chiffre d’affaires en croissance de +1,4 % par rapport au premier trimestre 2019 malgré l’épidémie de COVID-19.

Cette année, la tech sera à la merci de la géopolitique

Peu d’entreprises peuvent en dire de même. L’activité de Huawei est particulièrement résiliente : en 2019, les ventes de smartphones sur le marché chinois ont plus que compensé l’effondrement des ventes en Occident. Au printemps 2020, alors que la consommation des particuliers s’effondrait du fait de l’épidémie de coronavirus, l’entreprise a pu s’appuyer sur son pôle 5G. Les projets de déploiements de réseaux, décidés et financés des mois à l’avance, ne sont pas totalement mis à l’arrêt malgré les circonstances. Selon les analystes de Canalys, seule une prolongation des mesures de confinement au-delà de l’été serait à même d’avoir un effet négatif sur l’activité du groupe.

Rien ne semble être capable de mettre Huawei à terre – et Washington ne compte pas en rester là.

Comment Huawei s’est affranchie des Etats-Unis

La mise au ban de Huawei par les Etats-Unis n’a bien sûr pas été indolore. Ses smartphones n’y sont plus vendus, et il est désormais interdit au constructeur de s’appuyer sur l’écosystème de Google pour fournir un environnement applicatif riche à ses clients – et ce, sur toute la planète.

L’année passée a prouvé que les clients asiatiques (et, dans une certaine mesure, européens) trouvent tout à fait acceptables ces smartphones puissants, peu chers et expurgés des logiciels Google.

smartphone huawei

Le P40 Pro, très attendu malgré l’absence des services Google,
n’a rien à envier au dernier iPhone. Photo : Huawei.

La même stratégie a fonctionné sur les équipements 5G.

Plus question, bien entendu, de fournir les opérateurs nord-américains en antennes, mais le reste de la planète reste accessible. Suite à l’embargo décidé par Donald Trump, l’équipementier a simplement dû revoir ses produits pour s’assurer de ne plus intégrer un seul composant directement acheté à des usines américaines.

C’est désormais chose faite, et cette indépendance retrouvée irrite au plus haut point la Maison-Blanche.

Non content d’interdire aux opérateurs mobiles d’acheter du matériel Huawei, le Congrès a voté le 27 février une enveloppe de 1 Md$ pour financer le démontage des installations existantes. Plus question de simplement empêcher l’arrivée de nouveaux équipements sur le territoire, il s’agit maintenant de faire disparaître ceux déjà présents jusqu’au dernier.

Cette opération n’aura bien sûr aucune conséquence directe sur l’activité de l’entreprise chinoise, les ventes ayant déjà été conclues il y a des années. Les seules victimes seront les opérateurs contraints de remplacer des infrastructures dont ils maîtrisent le fonctionnement – et le contribuable américain qui financera l’opération.

Pour continuer de nuire à Huawei, Donald Trump doit aller plus loin et utiliser des entreprises tierces dans un dangereux coup de billard à trois bandes.

Quand la guerre s’étend à toute la tech

Pour mettre les bâtons dans les roues de l’équipementier hors de ses frontières, Washington envisage des méthodes indirectes pour le priver d’approvisionnement en composants électroniques.

La première stratégie envisagée met à profit le lien spécial qui unit les Etats-Unis et Londres. L’écrasante majorité des appareils électroniques contiennent, en leur sein, des microprocesseurs de type ARM. Cette architecture a été développée par ARM Holdings qui, bien que propriété du Japonais SoftBank (TYO:9984), reste légalement une entité basée au Royaume-Uni.

Quelques discussions bien placées avec Boris Johnson et une interdiction de commercer avec Huawei auraient des conséquences dramatiques en privant le constructeur d’une architecture vitale pour ses processeurs.

Si ce levier ne suffisait pas, Donald Trump aurait, selon Reuters, préparé une véritable arme atomique commerciale. Elle consisterait à obliger TSMC (TPE:2330), principal fournisseur de Huawei, à souscrire à une licence de fondeur américain sous peine de ne plus pouvoir s’approvisionner en machines de gravure.

Avec un tel ultimatum, Washington laisserait à la firme de Taïwan le difficile choix entre passer sous giron américain (et ne plus pouvoir commercer avec Huawei) ou perdre sa capacité de production en 7nm.

Selon Reuters, le plan de la Maison-Blanche est prêt. Reste à savoir si Donald Trump appuiera sur le bouton rouge. Tout retour en arrière serait impossible et rien ne dit que TSMC cédera au chantage. Plutôt que de conserver sa clientèle actuelle, le fondeur pourrait décider de faire une croix sur le marché américain pour se tourner vers l’Asie.

Il perdrait, certes, de prestigieux (et rentables) clients comme Apple et Nvidia… mais la perte serait mutuelle et ces Blue Chips feraient, eux, une croix sur leur fournisseur. Oubliez dans ce cas les futurs iPhone au processeur plus puissant qu’un Core d’Intel, oubliez les cartes graphiques gravées à 5nm : l’industrie électronique américaine serait coupée du jour au lendemain de la course à la puissance de calcul.

Smartphones, 5G, puces d’IA : cette année, la tech sera à la merci de la géopolitique et des querelles d’ego entre dirigeants de superpuissances. Dans ce domaine aussi, Donald Trump possède un pouvoir de nuisance exorbitant – espérons pour notre secteur préféré qu’il n’en use pas !

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