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L’inéluctable hausse des valeurs de l’énergie

par Etienne Henri
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[La guerre en Ukraine pèse sur le secteur de l’énergie – le gaz naturel et le pétrole en tête, on le sait. Pour autant, à y regarder de plus près, le secteur est plutôt déprimé. Et ce, depuis plus de dix ans. Mais les choses s’apprêtent à changer radicalement. Les producteurs d’énergie sont à l’aube d’un nouveau cycle de bénéfices. Le contexte actuel leur est favorable et les activités prospèrent…]

Dire que les considérations énergétiques sont revenues sur le devant de la scène médiatique serait un euphémisme. Après la hausse fulgurante du prix du gaz naturel, qui a été multiplié par 5 en quelques mois, voici que l’approvisionnement même en énergie de l’Europe est remis en question.

La possible interruption des importations de gaz et de pétrole russes nous rappelle le rôle paradoxal de l’énergie dans notre tissu économique. Lorsqu’elle est abondante, son coût chute jusqu’à devenir négligeable. En revanche, lorsque la demande dépasse l’offre, ne serait-ce que de quelques pourcents, son coût s’envole jusqu’à ce que faillites et récession s’en suivent… C’est alors par la destruction de la demande que l’équilibre se rétablit.

Où en sommes-nous actuellement ? Eh bien c’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Un secteur déprimé depuis dix ans

Le graphique suivant résume parfaitement l’évolution du secteur sur les dernières décennies. Alors que le poids des valeurs énergétiques dans le S&P 500 était relativement stable entre 1995 et 2005, il a été multiplié par 2 lors de la surchauffe économique des années 2005-2008. Il a fallu la crise des subprime et une récession mondiale sans précédent pour renvoyer au tapis le prix des matières premières, énergie en tête.

Depuis, la reprise économique – que beaucoup d’analystes considèrent comme factice car alimentée par la planche à billets des banques centrales – n’a pas réussi à faire rebondir le secteur de l’énergie… Il reste déprimé depuis plus de dix ans.

évolution part valeurs énergie SPX

Evolution de la part, en capitalisation et en bénéfices, des valeurs de l’énergie dans le S&P 500

Ce graphique est intéressant car il prouve que les énergéticiens sont intelligemment valorisés par les marchés : le cours de leur action suit fidèlement l’évolution de leurs bénéfices. Cela signifie que les opérateurs font correctement évoluer les capitalisations à l’aune de la capacité à générer de la valeur ajoutée.

L’énergie à l’aube d’un nouveau cycle

Or, nous sommes à l’aube d’un nouveau cycle d’augmentation des bénéfices des producteurs d’énergie. Preuve que la situation a bien changé, nous voyons revenir dans le discours politique l’éventualité d’une taxe sur les « superprofits » des groupes pétroliers et gaziers.

Les temps sont favorables aux énergéticiens

Sans commenter l’aspect moral, éthique, et l’efficacité économique des confiscations à géométrie variable, force est de reconnaître que les temps sont effectivement favorables aux énergéticiens et qu’ils retrouvent une santé florissante.

Les résultats d’Eni en sont l’illustration parfaite. L’ancien groupe pétrolier a réussi la prouesse d’engranger des bénéfices historiques tout en finançant – à marche forcée – sa transition énergétique. Dans l’Hexagone, TotalEnergies peut se féliciter d’être dans une situation similaire avec un résultat net de 14 Mds€ en 2021.

L’inélasticité de la demande et la hausse des prix spot de l’énergie continueront, dans les prochains mois, de faire le jeu des énergéticiens. Les particuliers qui utilisent leurs véhicules pour aller travailler ne cesseront pas du jour au lendemain de faire le plein de carburant. Les sidérurgistes, fabricants d’engrais ou de béton continueront d’acheter de l’énergie tant que leur activité restera rentable. L’expérience des années 2005-2008 nous l’a prouvé : le tissu économique est capable de payer son énergie bien plus cher qu’aujourd’hui.

Les profits des vendeurs d’énergie ont par conséquent vocation à augmenter encore. L’excellente corrélation entre les résultats nets et les valorisations des entreprises fera le reste. Dans les prochaines années, attendez-vous à voir les valeurs de l’énergie flamber en Bourse…

Le solaire veut profiter de la crise 

« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. » C’est sans doute ces mots de Winston Churchill qu’ont dû avoir en tête, fin février, les acteurs de la filière solaire. Prenant acte du caractère insoutenable de la dépendance de l’Europe envers la Russie et du rôle prépondérant qu’aura le photovoltaïque pour nous libérer des hydrocarbures, le Syndicat de l’Energie Solaire Renouvelable (Enerplan) est monté au créneau.

Pour son président Daniel Bour, « l’énergie la plus rapide à mobiliser et à développer, c’est l’énergie solaire. On pourrait développer beaucoup plus de capacités qu’on ne le fait actuellement. Il faut un plan d’urgence des pouvoirs publics pour accélérer très vite. Pour aller rapidement, il faut adopter un régime dérogatoire temporaire (…) Sur les terrains d’abord, en écourtant les procédures d’études et d’enquêtes publiques de sorte à raccourcir la procédure de permis de construire à un an au maximum ». 

Il est vrai que les fermes solaires font partie des rares solutions techniques qui permettent, à court terme, d’augmenter notre capacité-crête de production électrique. La tendance ne ment d’ailleurs pas : en 2021, 2,7 GW de capacités de production nouvelles ont été raccordées au réseau, ce qui est pour notre pays un record historique. La marge de progression est d’autant plus importante que le photovoltaïque ne représente que 3 % à 4 % de la consommation électrique française.

Le charbon repart de plus belle

En soi, le diagnostic d’Enerplan est correct. Là où le syndicat fait preuve de partialité, c’est qu’il oublie de rappeler qu’actuellement, l’intermittence du solaire et de l’éolien est palliée par des centrales à gaz et à charbon.

Alors que le recours au charbon avait tendance à diminuer ces dernières années d’une bascule vers les centrales à gaz, il a rebondi avec la crise énergétique. Son prix s’est d’ailleurs envolé sur des plus-hauts historiques depuis le début de la guerre en Ukraine. A plus de 400 $ la tonne, il a pulvérisé ces derniers jours son plafond précédent de 300 $/tonne.

évolution prix tonne charbon

Le charbon connaît un regain d’intérêt historique. Ici, l’évolution du prix de la tonne en USD
(crédit : TradingEconomics.com)

Le recours au charbon a rebondi avec la crise énergétique

Avant d’accorder tous azimuts des subventions aux projets solaires, les pouvoirs publics devront donc s’assurer que la couverture de l’intermittence sera assurée non pas par le recours aux énergies fossiles, mais par des techniques renouvelables comme l’hydrogène utilisé en Power-To-Gas (P2G).

En effet, avec un prix de l’énergie fossile dont la hausse est historique, les solutions à base d’hydrogène vont continuer à être intéressantes malgré l’inéluctable augmentation de leur prix catalogue…

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