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L’inexorable démocratisation de la voiture électrique

par Etienne Henri
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[En France, en 2020, les véhicules électriques (VE) ont franchi la barre des 100 000 immatriculations. Une tendance qui devrait d’autant plus se poursuivre que Renault vient de lancer une citadine électrique très bon marché. La démocratisation des VE est bien enclenchée. C’est une bonne nouvelle mais aussi un défi de taille – surtout en termes de production énergétique…]

En France, le segment de VE s’est octroyé plus de 6,4 % des parts de marché en 2020

L’année 2020 a été sans conteste celle de la mobilité propre dans l’Hexagone. En franchissant le cap historique des 100 000 immatriculations de véhicules électriques sur notre territoire, ce segment s’est octroyé plus de 6,4 % des parts de marché. C’est une progression de +169 % par rapport à 2019 ! Et bon nombre de signaux indiquent que cette tendance pourrait bien se maintenir, et même s’accentuer, dans les prochains mois.

La citadine électrique la moins chère du marché

En effet, la semaine dernière, le groupe Renault nous a offert plus de détails sur sa future voiture électrique d’entrée de gamme. La firme au losange avait promis une voiture électrique à moins de 15 000 €, la promesse va être largement tenue. Son futur modèle devrait être vendu, une fois les bonus écologiques déduits, moins de 12 500 €.

Commercialisée sous la bien connue marque Dacia, la Spring pourra être précommandée dès le 20 mars pour une livraison à l’automne. Avec ses cinq portes et quatre places, il s’agira d’une “vraie” voiture malgré une autonomie de 230 kilomètres qui la limitera aux trajets de courte distance du quotidien.

Dacia Spring La Dacia Spring va bouleverser le marché de la citadine électrique
Crédit photo : Dacia

Que de chemin parcouru depuis les Twizy et autres ZOE, ces véhicules dont l’aspect fonctionnel était réduit à sa plus simple expression !

Il faut toutefois leur rendre hommage : ce sont eux qui ont permis au constructeur de faire ses premiers pas dans la mobilité propre moderne. C’est d’ailleurs la ZOE qui a fait de Renault une référence un peu inattendue sur ce marché, ses ventes ont plus que doublé en 2020 par rapport à 2019 et elles ont dépassé les 100 000 exemplaires en Europe.

Plus impressionnant encore, les ventes de VE de Renault se montent sur l’année à un peu moins de 116 000 véhicules. Représentant plus de 85 % des ventes, c’est dire si la ZOE, malgré ses limites, a raflé haut la main la palme du véhicule le plus vendu !

A ces prix, les modèles thermiques ne semblent plus si attractifs 

La Dacia Spring a toutes les raisons d’accélérer encore cette tendance explosive. Par rapport à une ZOE, les performances sont remarquables. Ce véhicule n’a d’ailleurs pas vocation à être une voiture d’appoint à la campagne, ou réservée aux citadins écoresponsables. Grâce à son autonomie de plus de 200 kilomètres et la possibilité de transporter trois personnes en plus du conducteur, le nouveau modèle peut toucher une clientèle qui pouvait être auparavant tentée par les modèles d’entrée de gamme électrifiés comme la Twingo ou la Fiat 500.

Reste, bien sûr, la question du prix. Et, dans ce domaine, Renault frappe fort, très fort même. Comme je vous l’ai dit plus haut, le prix devrait s’inscrire sous les 12 500 €.

Avec son tarif d’entrée de gamme de 16 990 €, la Spring va rendre la comparaison avec la Twingo électrique (21 350 €) et la Fiat 500 électrique (24 900€) des plus délicates. Et cela sans les bonus écologiques qui encouragent le consommateur et pousse le secteur…

Avec ces bonus, les prix de nos modèles descendent respectivement à 12 400 €, 15 600 € et 17 500 €.

A ces prix, les modèles thermiques ne semblent plus si attractifs : la Twingo essence, qui ne sera plus renouvelée, est toujours vendue 12 350 € en entrée de gamme ! C’est encore plus vrai si l’on considère les coûts d’usage : plus de 10 € pour 100 kilomètres contre moins de 3 € pour l’électrique…

Pour les consommateurs, l’arrivée de la Spring marque le début d’une nouvelle ère. Il devient possible, pour un prix équivalent à un modèle thermique, d’acheter une citadine électrique. Cette convergence des gammes aurait été inimaginable il n’y a ne serait-ce que cinq ans de cela, où les “vraies voitures” électriques se limitaient aux Tesla hors de prix. Ce sera une réalité dès l’automne.

Une généralisation qui va poser problème

Cette bonne nouvelle pour notre monde décarboné digérée, je vous propose un petit calcul rapide de coin de table. Pour commencer, partons du principe qu’il se vendra, cette année, deux fois plus de Spring que de ZOE en 2020. 80 000 véhicules électriques supplémentaires trouveraient ainsi le chemin de nos routes… et de nos prises électriques pour recharger leurs batteries, le soir venu.

Une Spring ayant utilisé les trois-quarts de son énergie dans la journée consommera environ 30 kWh pour “faire le plein”. Si 80 000 Spring souhaitent se recharger dans la soirée, le réseau électrique français devra fournir 2 400 MWh supplémentaires...

Les producteurs d’électricité renouvelable et la filière hydrogène sont parés à offrir des solutions

Cette quantité d’énergie n’a rien d’anecdotique : il faut mobiliser un réacteur de centrale nucléaire durant plusieurs heures pour assurer cette production. Or, il ne vous a pas échappé que le déploiement régulier de nouvelles centrales nucléaires n’est pas dans notre feuille de route énergétique… [Pourtant, comme le dit, Ray, l’essor des VE ne pourra pas se faire sans le nucléaire… C’est la clé de notre futur tout électrique.]

Si la France fait l’impasse sur le nucléaire, d’où pourra venir toute cette énergie ?

Des renouvelables, bien sûr, mais il faudra y adjoindre de sérieuses capacités de lissage. Les propriétaires des centaines de milliers de véhicules électriques en circulation ne vont pas brancher sagement leurs véhicules lorsque le soleil brille ou que les éoliennes tournent : ils le feront lorsque c’est pratique pour eux.

L’arrivée massive des véhicules électriques sur nos routes est donc une bonne nouvelle pour les émissions de CO2, mais un défi supplémentaire pour les producteurs d’électricité qui vont devoir augmenter significativement leur production.

Pour les producteurs d’électricité renouvelable, et la filière hydrogène qui est parée à offrir ses solutions de gestion de l’intermittence, la démocratisation des voitures électriques est du pain béni. Nous en reparlerons.

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