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Intel : le Core n’y est plus

par Etienne Henri
intel leadership semi-conducteurs

[Lâchée par Apple, après quinze ans de bons et loyaux services, et surtout incapable de tenir la distance dans une course à la finesse de gravure de plus en plus effrénée, Intel est en passe de céder son titre de champion des semi-conducteurs. Son leadership décline et son activité de fonderie est menacée… Est-ce le début de la fin ? Rien n’est moins sûr…]

Nous l’anticipions il y a plus de deux ans déjà, c’est désormais chose faite : les ordinateurs personnels d’Apple ont entamé leur migration des processeurs Intel vers une solution ARM.

Le 10 novembre dernier, la firme de Cupertino a annoncé que trois de ses références abandonnaient définitivement l’architecture x86 d’Intel au profit d’une puce maison. Dénommé M1, ce nouveau system on a chip (SoC ou système sur une puce, en français) regroupe sur un seul et même composant la plupart des fonctions d’un ordinateur moderne. A la clé : gains de performance, d’autonomie et rapidité inégalée dans l’exécution des tâches d’intelligence artificielle.

Le reste de la gamme Apple devrait suivre d’ici deux ans… Gros coup dur pour Intel, fournisseur exclusif des Mac depuis 2005 – et qui était jusqu’alors ce qu’il se faisait de mieux en matière de processeurs.

 

M1 conçu par Apple et fondu par TSMC

Le M1, conçu par Apple et fondu par TSMC, s’émancipe totalement d’Intel. Crédit : Apple

Empêtrée dans ses impasses technologiques, l’entreprise est désormais attaquée sur tous les fronts et serait, selon les dernières rumeurs, sur le point d’abandonner ce qui est sa marque de fabrique depuis un demi-siècle : ses capacités de fonderie.

Une avance qui s’amenuise 

Si Intel (NASDAQ : INTC) reste, en termes de chiffre d’affaires, le premier fabricant mondial de semi-conducteurs, son avance technologique et commerciale fond comme neige au soleil.

1,5 milliard d’appareils qui sont produits tous les ans sans utiliser de processeur Intel

Le fabricant de processeurs a décidé, il y a quinze ans, de ne pas s’investir dans le marché du smartphone. Apple aurait voulu, à l’époque, baser son iPhone sur l’architecture x86 d’Intel mais l’entreprise n’aurait pas donné suite à ses appels du pied.

Apple s’est alors tournée vers l’architecture ARM et a commencé à gagner du savoir-faire dans la conception de SoC. Aujourd’hui, l’entreprise vend plus de 200 millions de terminaux mobiles sans CPU Intel par an – ce qui représente autant de manque à gagner pour le fondeur. En comptant les smartphones Android, également basés sur des puces ARM, ce sont plus de 1,5 milliard d’appareils qui sont produits tous les ans sans utiliser de processeur Intel.

En parallèle de cette absence du marché du smartphone, Intel est concurrencée sur le segment des ordinateurs par Advanced Micro Devices (NASDAQ : AMD). Ce dernier peut se targuer d’offrir, avec sa gamme Rizen, des processeurs pour ordinateurs personnels plus puissants et moins chers que les Core d’Intel.

Il ne reste plus guère à la firme de Santa Clara que les processeurs dédiés aux centres de données et aux serveurs pour assoir sa domination… Et encore, AMD n’est pas bien loin : avec le rachat record de Xilinx pour 35 Mds$, AMD s’est offert un catalogue complet en termes de puces spéciales centres de données, cela va des CPU massivement parallèles aux puces spécialisées dans l’intelligence artificielle.

Fonderie : et si Intel rendait les armes ?

Le problème de fond d’Intel réside dans son incapacité à améliorer la finesse de gravure de ses puces. Du fait de choix technologiques décidés il y a des années, l’entreprise s’avère incapable de suivre la course à la finesse. Elle a successivement manqué le passage aux 10 nm, 7 nm et, plus récemment, aux 5nm annoncés par TSMC en exclusivité pour le SoC M1 d’Apple.

Le retard est loin d’être anecdotique. En passant du Core d’Intel au M1 gravé par TSMC (TPE : 2330), les ordinateurs Apple font état d’un bond de performance de l’ordre de 300 % – une progression jamais vue depuis le passage du PowerPC d’IBM au Core d’Intel il y a quinze ans.

 

finesse de gravure

Des portes logiques toujours plus fines : la clé du progrès de la microélectronique.
Crédit : TSMC

Si Intel parvenait, jusqu’ici, à jouer sur son image de marque et à baisser le prix de vente de ses processeurs pour maintenir ses parts de marché, l’exercice semble difficile à réitérer maintenant que TSMC a prouvé sa capacité à graver des centaines de millions de puces par an en 5 nm.

Intel n’est plus dans la course à la finesse

Le Taïwanais, qui se retrouvait tiraillé au printemps entre les Etats-Unis et la Chine avant de choisir de se placer sous le giron de l’oncle Sam, a confirmé il y a quelque jours son allégeance à Washington. Il a en effet annoncé la prochaine ouverture en Arizona d’une usine dédiée à la gravure en 5 nm. L’ouverture de l’usine mobilise des fonds considérables : l’investissement dépasse les 5 Mds$, qui viennent s’ajouter aux 15,1 Mds$ investis sur l’île de Taïwan pour augmenter encore la finesse de gravure.

Intel ne peut plus se permettre de suivre cette course, d’autant que les nouvelles roadmaps de TSMC ne parlent plus de 5 nm mais de 2 nm – un véritable désaveu pour Intel dont les plus optimisés des processeurs sont tout juste gravés en 10 nm.

Face à cette situation, les initiés prévoient que l’Américain pourrait bientôt baisser les bras et confier à TSMC la gravure de ses puces.

Le nouveau paysage du semi-conducteur

Si Intel fait le choix de la raison, elle deviendra une entreprise partiellement ou totalement fabless qui verra sa valeur ajoutée se concentrer sur la conception de puces et non sur leur fabrication.

Ce bouleversement du paysage du semi-conducteur rebattra les cartes du secteur. Les grands gagnants seront bien évidemment les fondeurs, TSMC et Samsung en tête qui, de par leur avance dans la maîtrise des procédés de gravure de pointe, pourront offrir des hausses de performances à coûts maîtrisés.

L’autre grand gagnant de la transition serait ASML (NASDAQ : ASML). L’équipementier dispose, avec ses machines en EUV, d’une rente de situation dans la course à la finesse.

Faut-il pour autant condamner la firme de Santa Clara ? Rien n’est moins sûr. En se débarrassant du poids de ses encombrantes fonderies, Intel pourrait libérer au bas mot des milliards de dollars de R&D qu’elle pourrait injecter dans la conception de puces plus modernes.

Les ingénieurs d’Intel auraient de nouveau la possibilité de laisser parler leur talent

Ce que Nvidia, AMD, et Apple on fait, Intel pourrait le reproduire sur ses futurs Core. L’entreprise conserverait alors la responsabilité de la conception des CPU tout en sous-traitant leur fabrication. La répartition de la valeur ajoutée serait modifiée en déplaçant vers l’Asie la part dévolue à la fonderie, mais les ingénieurs d’Intel auraient de nouveau la possibilité de laisser parler leur talent sans être freinés par le boulet de la finesse de gravure.

Que cette rumeur se concrétise ou non, une chose est sûre : Intel n’est plus dans la course à la finesse, et les fondeurs asiatiques sont désormais la référence en la matière.

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