Accueil A la une L’interface homme-machine de Neuralink n’est pas pour demain

L’interface homme-machine de Neuralink n’est pas pour demain

par Edern Rio
neuralink musk

Commander sa voiture autonome par la pensée et lui intimer l’ordre d’aller chercher les enfants à l’école, éteindre les lumières d’un battement de paupières, être branché à l’océan de données d’Internet, accéder à ses informations de santé stockées dans le cloud… Tout cela sans aucun terminal informatique, uniquement une puce branchée sur votre cerveau. Voilà le scénario de science-fiction vendu par Elon Musk avec sa nouvelle startup Neuralink qui veut mettre au point une interface directe cerveau-silice.

Et mardi soir, sur YouTube, dans un style d’étudiant hésitant, le patron de SpaceX et Tesla a présenté les dernières avancées de ce projet. Si le milliardaire rêve d’une fusion homme-machine et d’une augmentation de nos capacités, force est de constater que son dispositif n’a rien d’une technologie de rupture.

Elon Musk, champion des effets d’annonce déceptifs

Premier constat, nous sommes encore très loin d’une quelconque application. Les équipes de la startup testent aujourd’hui sur des animaux de laboratoire et espèrent obtenir l’autorisation de la Food and Drug Administration pour expérimenter sur des humains en 2020. Il existe déjà plusieurs dispositifs de connexion système nerveux-machine dans le domaine médical. Ils servent à traiter des handicaps comme la paralysie des membres ou encore la maladie de Parkinson. On peut évoquer le projet Kiwi qui vient stimuler les neurones ou encore l’impressionnant dispositif STIMO qui permet à des personnes paralysées de marcher.

Pour autant, le dispositif de connexion présenté par Neuralink semble être le plus abouti techniquement. Pour le dire simplement, il est celui qui offre la bande passante la plus importante. Il se compose de plusieurs centaines d’électrodes très fines (entre 4 et 6 nanomètres, un cheveu fait entre 17 et 180 nanomètres). Une fois implanté dans le cerveau par un robot, il peut analyser les impulsions électriques de celui-ci et en transmettre.

Dans le modèle présenté, il y a 96 fils comprenant 3 072 électrodes. Le degré de miniaturisation est extrême. Et potentiellement la quantité d’information qui peut transiter est importante.

puce neuralink

A gauche la puce de Neuralink, à droite un pouce pour se représenter l’échelle.
Entre les deux les fils qui relient la puce au cerveau.

Là où Neuralink innove également c’est dans le dispositif pour implanter ces électrodes. Un robot a été présenté qui permettra à un neurochirurgien d’implanter les électrodes nanoscopiques une à une dans les zones choisies du cerveau avec beaucoup de précision.

Cartographier le réseau de neurones

En revanche, il faut bien se rendre compte que toutes les histoires de connexion directe avec l’Internet sont pure spéculation. Aussi avancé que soit le dispositif présenté par Neuralink, il demeure ridiculement petit en termes de traitement de l’information par rapport au nombre de connexions synaptiques dans le cerveau. Un cerveau de souris compte 71 millions de neurones… Un cerveau humain, plus de 86 milliards !

Et pour pouvoir interagir avec le cerveau, il faudrait disposer d’une cartographie particulièrement précise des zones à stimuler. C’est déjà ainsi que fonctionne les traitements électriques de la maladie de Parkinson, mais il s’agit d’une maladie neurologique dont la source est à peu près localisée.

Oubliez donc les prophètes qui claironnent que ce genre de dispositif va remplacer l’école. Cela demeure à l’heure actuelle un scénario de science-fiction.

Une opération aussi simple qu’écrire quelques mots sur un traitement de texte par la pensée est encore loin de nos capacités. Alors ne parlons même pas de la télépathie !

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