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Investir en 2018 dans les pas de Warren Buffett

par Etienne Henri

Nous avons vu la semaine dernière que l’année 2017 s’est avérée particulièrement rentable pour l’industrie française. Le bénéfice net des seules entreprises du CAC 40 s’approche des 90 milliards d’euros, tandis que la hausse de l’indice sur l’année est restée mesurée à +9%.

 

Dans ce contexte que faut-il faire de nos liquidités cette année ? Investir, ne pas investir ? Faut-il même, a contrario, tout vendre et se jeter dans le bunker le plus proche ?

Je vous propose aujourd’hui d’extraire trois points-clé de la dernière lettre de Warren Buffett (disponible gratuitement ici) pour guider notre réflexion et nous servir de boussole durant les 12 prochains mois.

Après tout, mieux vaut suivre les recommandations d’un milliardaire que celles d’un conseiller financier dont le travail se limite à toucher une commission lorsque vous souscrivez à son assurance vie maison !

Idée n°1 : Cash is King

Berkshire Hathaway, l’entreprise qui concentre la plupart des actifs de Warren Buffett, est aujourd’hui valorisée légèrement au-dessus de 500 milliards de dollars.

Ses actifs se montent à près de 350 milliards de dollars.

Ces deux chiffres vous donnent, d’une part, une idée du mastodonte qu’est devenu Berkshire Hathaway, et d’autre part la prime que sont prêts à payer les investisseurs pour bénéficier de la gestion de Warren Buffett : chaque action BRK.A se paye plus d’1,4 fois sa valeur comptable.

Berkshire Hathaway, de part sa taille, transforme tout ce qu’elle touche en or. Impossible de prendre une participation dans une entreprise sans faire exploser son cours à la hausse.

Les gérants privilégient donc les gros dossiers à même d’absorber un afflux de cash –n’imaginez pas Berkshire Hathaway racheter la start-up du coin !

Malgré ces atouts, malgré l’inébranlable optimisme de Warren Buffett, Berkshire Hathaway fait face à un problème de taille : elle ne trouve plus de bons dossiers à acquérir.

Ce ne sont pas que des paroles en l’air jetées par un acheteur tentant de faire pression à la baisse sur les cours : Berkshire Hathaway était assise, au 31 décembre, sur un matelas de liquidités de 116 milliards de dollars.

Vous avez bien lu : l’entreprise qui fait de l’investissement en toutes circonstances son crédo garde actuellement un tiers de sa richesse en cash et bons du trésor de maturité inférieure à trois mois.

La raison évoquée, et à laquelle nous ne pouvons que souscrire, est que les valeurs américaines sont globalement trop chères. Mieux vaut rester en partie au-dehors du marché et voir ses liquidités érodées par l’inflation que de surpayer un dossier.

Vous pouvez suivre ce conseil et renforcer la part de liquidités au sein de vos actifs pour pouvoir dégainer rapidement en cas de krach des marchés.

Le conseil est d’autant plus intéressant pour nos autres français que les valeurs de la cote parisienne ne sont finalement pas si chères.

Les mouvements de panique comme nous en avons vu depuis février sont l’occasion de faire d’excellentes affaires à bon compte… il faut simplement disposer de suffisamment de cash pour pouvoir en profiter au bon moment.

Garder du cash, c’est garder des munitions pour acheter lorsque tout le monde panique – et pas avant !

Idée n°2 : La volatilité touche aussi les stars

Berkshire Hathaway est une référence en matière d’investissement depuis plus d’un demi-siècle. Depuis 1965, sa performance annuelle moyenne est de +19%, à comparer avec les +9,9% du S&P 500 sur la même période.

Pourtant, malgré cette excellence jamais démentie, Warren Buffett rappelle fort à propos dans sa dernière lettre que le parcours boursier de Berkshire Hathaway n’est pas exempt de trous d’air.

steve martin

Entre mars 1973 et janvier 1975, l’action a perdu 59%. Des chutes similaires ont été subies en 1987, 1998 et 2008.

Nous pouvons tirer deux enseignements de cette piqûre de rappel emprunte de modestie. Tout d’abord, lorsque les marchés s’effondrent, tout s’effondre, même le cours des excellentes entreprises.

Cela confirme, s’il le fallait encore, l’intérêt des krachs pour les investisseurs. Ceux qui ont acheté des actions Berkshire Hathaway après une baisse de 50% se frottent aujourd’hui les mains. Pour cela, rien de plus simple : se constituer un matelas de cash comme expliqué dans l’idée n°1, et ne pas avoir peur de passer à l’achat sur les dossiers bradés.

La seconde leçon de ce tableau est à l’attention de ceux qui placent des ordres avec effet de levier ou qui ont recours à la dette pour acheter leurs titres.

Rappelez-vous qu’avec un modeste levier de x2, une perte de 50% efface la totalité du capital investi. Si Berkshire Hathaway, modèle d’action de bon père de famille, subit ce genre de soubresauts, imaginez ce qui vous attend sur les actions les plus volatiles de la cote !

Ceci est d’autant plus vrai qu’il est plus facile que jamais pour les particuliers d’avoir accès à des leviers conséquents. Le trading sur CFD, peu règlementé, offre facilement un levier de x20 sur les actions françaises. Dans ce cas, une modeste chute de 5 % annihile totalement votre capital.

Il faut donc faire avec la volatilité, dans les opportunités qu’elle amène comme dans les risques qu’elle fait prendre.

Idée n°3 : La gestion pilotée n’a aucun intérêt

En décembre 2007, Warren Buffett a fait un pari qui a fait grand bruit. Il a annoncé publiquement que, selon lui, les meilleurs fonds d’investissement du monde ne feraient pas mieux que les ETF les plus basiques sur les 10 années suivantes.

Ce pari a d’ailleurs certainement contribué à l’essor des ETF et à leur popularité croissante dans l’esprit des investisseurs particuliers.

Protégé Partners, qui a tenu le pari inverse, a choisi de se faire représenter par cinq fonds de fonds investis dans plus de 200 fonds d’investissement — un échantillon tout à fait significatif.

Voici le récapitulatif de la performance des cinq fonds de fonds depuis 10 ans :

steve martin

Le plus mauvais fonds a eu une performance annuelle de 0,3%. Versons tout d’abord une larme pour ses clients qui viennent de manquer un marché haussier historique, avec une performance moindre que celle d’un livret A famélique…

Le meilleur des fonds a eu une performance annuelle de 3,6%.

Les trackers sur le S&P 500 ont eu, eux, une performance annuelle de +8,5%.

Voilà la preuve ultime, et désormais chiffrée, que les fonds pilotés n’enrichissent que ceux qui les détiennent.

Attention toutefois aux conclusions hâtives. Avant de liquider vos positions et de placer tous vos fonds dans le premier ETF venu, permettez-moi de rappeler que ce pari ne signifie pas pour autant que le stock-picking est inutile.

Il est possible de surperformer les indices sur le long terme – la performance annualisée de Berkshire Hathaway en est le parfait exemple.

L’expérience de Warren Buffett ne prouve pas qu’il est inutile de choisir les bonnes actions, mais que les frais de gestion prélevés par les fonds réduisent leur performance à peau de chagrin même lors des grands marchés haussiers.

Le problème n’est pas dans le mauvais choix d’actions qu’ils font (sur 200 fonds, il est impossible de se tromper tout le temps), mais dans le fait que les gérants se servent avant les clients. Dans les phases de hausse, les frais de gestion mangent les gains. Dans les phases de baisse, les frais de gestion viennent s’ajouter aux pertes. Bilan : le client est perdant dans tous les cas.

La dernière lettre de Berkshire Hathaway nous indique simplement que, si vous n’avez pas le temps ou l’envie de choisir vous-même vos investissements, mieux vaut souscrire à l’ETF le plus large et le moins cher possible et l’oublier au fond de votre portefeuille. Pour les investisseurs français, il existe même des ETF éligibles au PEA permettant d’investir sur la France, l’Europe, voire le monde entier.

Si, en revanche, vous êtes prêt à choisir les meilleures valeurs du moment, vous pouvez espérer surperformer le marché durant de longues années – et ce avec seulement quelques transactions par an.

[NDLR : Un bon exemple de stock-picking ? Innogy, qu’Etienne Henri vous a recommandé dans NewTech Insider, s’envole ce matin de 15%… De quoi offrir un beau à ceux d’entre vous qui suivent ses recommandations. Pour en profiter vous aussi, rendez-vous ici…]

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