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Investisseurs : gare aux licornes survendues et non rentables

par Etienne Henri
licorne startup

Nous avons vu hier que   de WeWork est, à l’instar de celles d’Uber, Lyft et autres Snap, basée sur une promesse de domination d’un marché ultra-spécifique sans aucune considération pour les questions de rentabilité.

Pire encore : en proposant des bureaux clé en main aux entreprises en phase de rationalisation des coûts et aux jeunes startups, WeWork opère dans un secteur actuellement en plein boom. Parvenir à perdre de l’argent alors que les concurrents sont rentables relève alors du génie : ne pas se soucier de la rentabilité est une chose, l’éviter alors que le contexte est idéal en est une autre !

J’aime surveiller ce genre d’IPO basées sur des promesses intenables non pas pour l’intérêt même du dossier mais pour surveiller le traitement médiatique qui en est fait. Les interventions des uns et des autres sont de précieux baromètres de l’état d’esprit du marché.

La tech en plein délire

Le tout est de trouver des pigeons prêts à acheter les titres, et pour ce faire, il faut deux éléments qui vont souvent de pair : l’ignorance et la communication.

Comme le faisaient nombre d’entreprises dans les années 2000, WeWork assume son modèle consommateur de capital. Elle n’est d’ailleurs pas la seule. Prenons un instant pour regarder la communication d’une autre jeune pousse : Peloton. La startup commercialise des vélos d’intérieur avec un système d’abonnement.

Vous pensez qu’il s’agit d’un projet d’étudiants en fin d’études de commerce en mal d’idée originale ? Détrompez-vous : sa valorisation est déjà de 4,15 Mds$ et, dans son prospectus d’IPO, la direction a indiqué que l’entreprise “n’atteindrait peut-être jamais la rentabilité”. Au moins c’est honnête… 

Dans quel monde des investisseurs offriraient-ils leur argent sans espoir de le retrouver sur les seuls propos de la personne qu’ils financent ? Dans le monde merveilleux de Wall Street, où les projets les plus idiots sont valorisés plus de 1 Md$, et où l’argent peut être ouvertement dépensé sans espoir d’être récupéré.

Le tout est de trouver des pigeons prêts à acheter les titres, et pour ce faire, il faut deux éléments qui vont souvent de pair : l’ignorance et la communication.

La mécanique bien rodée de Wall Street

Ces IPO ne peuvent avoir lieu que parce que le grand public répond présent, soit directement, soit par le biais de fonds dont la mission est d’être exposés au secteur high-tech. Lorsque les valorisations dépassent le milliard de dollars, il devient compliqué de faire durer la surenchère sur le marché non coté.

C’est pour cette raison que nous voyons fleurir les introductions en Bourse d’entreprises dont les particuliers ne parviennent pas à comprendre le business model. Savez-vous comment Uber est censé gagner de l’argent ? Comment un bailleur professionnel comme WeWork dégage des bénéfices ? Probablement pas, et c’est pour cela que vous les intéressez.

Vous avez, en revanche, certainement vu passer des publicités pour ces entreprises. Des couloirs du métro aux rues du fin fond de la Chine, j’ai vu de mes propres yeux fleurir les publicités pour WeWork ces derniers temps. Ne vous y trompez-pas : ce n’est pas pour louer des locaux professionnels à Monsieur Tout-le-Monde que la startup a dépensé de telles sommes en marketing : c’est pour vendre des actions au plus grand nombre.

Cette publicité ne vend pas du coworking, mais des actions de startup.
Vidéo publiée le 15 juillet 2019 sur la chaîne officielle de WeWork.
Source : Wework.

Le vrai produit des néo-entrepreneurs 

De la même manière que les GAFAM ont brouillé à dessein la différence entre utilisateur et client, les entrepreneurs des temps modernes ne sont pas honnêtes quant au produit qu’ils commercialisent.

Leur objectif, vous commencez à le comprendre, n’est pas la rentabilité, ni même les parts de marché de leur offre de services. Ces deux facettes ne sont que des moyens pour arriver à leurs fins.

Que vendent-ils ? Quel est leur vrai produit ? Les actions de leur entreprise. Ce n’est pas en vendant à perte des courses de taxi ou des baux commerciaux que ces jeunes premiers veulent faire fortune : c’est en vous vendant des actions de leurs canards boiteux.

Et comme il est impossible de toucher sept milliards de pigeons potentiels sans un effort marketing colossal, ils lèvent des fonds auprès de primo-investisseurs tout à fait conscients du jeu auquel ils jouent. Si les BlackRock et autre SoftBank gagnent à tous les coups, ce n’est pas parce que tous leurs poulains changent le monde, mais parce qu’ils préparent eux-mêmes les conditions de leur sortie. Et ce sont, in fine, les investisseurs particuliers qui payent.

Ecoutez le timide bruissement des lanceurs d’alerte 

La bonne nouvelle est que de plus en plus de voix se lèvent, y compris dans les médias grand public, pour dénoncer cette mascarade. En tant que lecteur des Publications Agora, vous êtes un habitué des décryptages d’insiders, et notre analyse de WeWork n’a pas dû vous surprendre outre mesure. Vous savez déjà vous méfier des opérations trop belles pour être vraies, et que l’argent gratuit n’existe pas.

En revanche, vous sourirez en apprenant que Bloomberg a ouvertement dénoncé les zones d’ombre de “la plus magique des licornes”, et que Forbes est allé jusqu’à qualifier l’IPO de WeWork d’opération la plus ridicule de 2019. 

Voir la presse économique internationale – qui plus est mainstream – douter ouvertement d’une IPO à 47 Mds$ est des plus réjouissants, surtout lorsque l’on sait que Masayoshi Son fait partie des soutiens inconditionnels de l’entreprise. Si des journalistes osent ce crime de lèse-majesté envers l’Empereur de la Tech, c’est que Wall Street va décidément trop loin.

Il est salutaire que le grand public soit de plus en plus informé des pratiques douteuses de ces entrepreneurs sans scrupules. Outre la protection des intérêts des particuliers, le secteur de la tech mérite un coup de balai et la fin de ces pratiques à la limite de la manipulation !

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