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IPO d’Ant Group : 3 000 Mds$ dans la nature

par Etienne Henri
IPO ant group alibaba

[Elle devait être l’introduction en Bourse de tous les records, l’IPO d’Ant Group signera finalement la plus grande pantalonnade boursière de l’Histoire… Pékin a préféré l’équilibre de sa sphère financière à son champion de la fintech. Les conséquences sont colossales : 3 000 Mds$ manquent à l’appel…]

L’introduction en Bourse d’Ant Group, qui devait avoir lieu simultanément à Shanghai et Hong Kong le 5 novembre dernier, a été reportée sine die.

Dans un revirement inédit de situation, les autorités financières de la Bourse de Shanghai ont décidé de suspendre l’IPO seulement 48 heures avant le jour J. La Bourse de Hong Kong lui a naturellement emboîté le pas et a également décidé d’annuler la cotation.

Selon les dernières estimations, l’IPO devait permettre de lever près de 39,7 Mds$. Sa suspension est indubitablement une mauvaise nouvelle pour Ant Group qui comptait sur cette manne financière pour accélérer son développement. Pour la Bourse de Shanghai, dont l’IPO devait représenter 30 % des montants levés sur l’année 2020, le choc sera tout aussi difficile à absorber.

Plus impressionnant encore, dans notre monde financiarisé où l’effet de levier règne en maître, les conséquences en cascade de l’absence d’IPO dépassent déjà les 3 000 Mds$…

Des conséquences en milliers de milliards de dollars 

La suspension de l’IPO d’Ant Group va donner lieu à un reflux financier sans précédent. Sur la seule Bourse de Hong Kong, 1,55 million d’investisseurs avaient confié à leurs brokers des ordres d’achat pour un montant représentant 167,7 Mds$.

Cette somme représente l’équivalent de la capitalisation d’Apple et d’Alphabet réunies

Ce montant devra être remboursé aux investisseurs qui n’ont pu ni obtenir de titres avant le début de la cotation, ni passer leurs ordres lors d’un début d’échanges qui n’a pas eu lieu faute d’IPO. Le simple remboursement des frais de courtage est estimé à plus de 1 Md$ (850 M€). Il représentera autant de manque à gagner pour une industrie financière mise à mal depuis plusieurs mois par l’épidémie de COVID-19. Pour essayer de limiter l’hémorragie, deux banques locales, HSBC et Bank of China (Hong Kong), ont d’ores et déjà annoncé conserver les intérêts facturés aux clients ayant tenté d’acheter des titres avec effet de levier.

Si la Bourse de Shanghai n’a pas encore communiqué sur les remboursements, les montants en jeu dans l’empire du Milieu sont encore plus importants. Selon Reuters, le carnet d’ordres s’était garni de 2 800 Mds$ lors de la phase de pré-IPO. Pour donner un ordre d’idée de la démesure de cette somme, elle représente l’équivalent de la capitalisation d’Apple (NYSE : APPL) et d’Alphabet (NYSE : GOOGL) réunies !

Ces liquidités devront désormais revenir dans les poches des investisseurs. Garderont-ils cette épargne dans l’espoir de jours meilleurs pour Ant Group ? Se rabattront-ils sur les GAFAM, tirant encore un peu plus les valorisations à la hausse ? Impossible de le dire à ce stade. Seule certitude, ils n’ont pas décidé de sécuriser leurs participations en reportant leur investissement dans le groupe Alibaba (NYSE : BABA) qui reste actionnaire majoritaire d’Ant Group. Lors de l’annonce de la suspension de l’IPO, l’action de la maison-mère a plongé de 9 %, signe de la nervosité concernant l’avenir du dossier.

Grahpe bourse Alibaba

Les actionnaires d’Alibaba ne semblent pas se féliciter de rester majoritaires au capital d’Ant Group. Source: Investing.com 

Quelle mouche a piqué les autorités ?

La suspension de dernière minute de l’IPO traduit la nervosité des autorités financières locales. Selon des sources concordantes, ce serait l’activité de microcrédit d’Ant Group qui aurait justifié le tour de vis des régulateurs.

Avec des encours de plus 135 Mds$ et plus de 7 000 entreprises spécialisées dans la microfinance, le secteur est en pleine croissance. Pour Pékin, cette santé insolente n’est plus un bonne nouvelle mais une menace qui pèse sur la stabilité de la sphère financière. En cas de contraction économique, l’empire du Milieu pourrait connaître des défauts en cascade comme l’ont connu les Etats-Unis lors de la crise des subprime. Le microcrédit étant généralement accordé aux personnes peu solvables, il fait partie des premiers fusibles à sauter lors des contractions économiques. Limiter les encours est, par conséquent, un gage de stabilité pour les pouvoirs publics.

Ant Group aurait été sommée, lors d’une réunion d’urgence, de revoir son offre et de se concentrer sur les activités de paiement pour éviter de devenir un établissement “too big to fail”.

Pékin semble avoir fait le choix d’accorder la priorité à l’équilibre de sa sphère financière plutôt que de laisser son champion technologique prendre son envol sur les marchés. La décision a dû être difficile à prendre, et peut servir de leçon aux investisseurs particuliers sur toute la planète. 

Une leçon pour les investisseurs particuliers 

L’IPO ratée d’Ant Group est l’occasion de rappeler deux éléments que les investisseurs particuliers négligent souvent, surtout lors des périodes d’excitation boursière (à la hausse comme à la baisse) comme nous en traversons aujourd’hui.

Tout d’abord, il est bon de rappeler que les brokers ne sont pas invincibles. Les établissements prennent avec le sourire votre argent et font apparaître, sur une page web, vos encours. Vous pouvez avoir le sourire en voyant votre portefeuille virtuel s’envoler… mais n’oubliez pas que la prudence s’impose : ces établissements ne sont pas à l’abri de la faillite. Ils ne sont pas toujours suffisamment capitalisés et ne “couvrent” souvent pas parfaitement leur exposition sur les marchés. Ils peuvent ainsi se retrouver face à des pertes colossales lorsqu’ils sont pris à contre-pied. En 2015, le broker FXCM spécialisé dans le trading sur devises s’était retrouvé en faillite lorsque le franc suisse s’est désolidarisé de l’euro, passant de 1,2 € à 0,83 € en quelques minutes. FXCM a essuyé ce jour-là une perte de 300 M$ et a dû être sauvé in extremis.

Les opérations financières peuvent toujours échouer à la dernière minute

Il est vital de ne placer ses liquidités que dans des établissements sérieux et de les répartir au maximum. Le risque de faillite des brokers concerne tous les investisseurs, même ceux qui ne s’adonnent pas au trading spéculatif.

Le second enseignement à tirer de cette mésaventure est que les opérations financières, si belles qu’elles soient, peuvent toujours échouer à la dernière minute. Les entrepreneurs en phase de levée de fonds ont pour coutume de dire que “la levée n’est finie que lorsque le chèque des investisseurs a été crédité sur le compte en banque.” Tout peut arriver, sur les IPO comme lors des OPA, et ce quelle que soit la taille de l’entreprise concernée.

Si vous êtes détenteur de titres soumis à une OPA, il est souvent bien plus intéressant de les vendre avant la date de rachat prévue quitte à perdre quelques pourcents de plus-value potentielle que de les conserver jusqu’au jour J. Vous évitez ainsi le risque de déconfiture en cas de revirement de dernière minute – le cas d’Ant Group nous rappelle qu’aucune entreprise n’est immunisée contre cela !

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