Accueil A la une IPO de Beyond Meat : la viande artificielle fait une entrée en fanfare au Nasdaq

IPO de Beyond Meat : la viande artificielle fait une entrée en fanfare au Nasdaq

par Etienne Henri

Nous vous l’annoncions dès décembre dernier, elle est désormais consommée : l’introduction à la Bourse de New York de Beyond Meat (US08862E1091 – BYND) a eu lieu hier. Et quelle IPO ! Les images d’abattoirs et de carcasses bovines vous soulèvent le cœur ? Vous souhaiteriez tout de même investir dans l’appétit inexorable de l’Homme pour la viande rouge (ou ses substituts) ?

Vous pouvez dès à présent acquérir les titres de ce producteur dont les steaks ont pour particularité d’être totalement issus de produits végétaux. Pour autant, est-il bien sage de se jeter sur les parts de Beyond Meat ?

Beyond Meat : la meilleure IPO depuis mars 2000

Ce fut une journée comme on les aime à Wall Street. En quelques minutes, le titre (introduit à 25 $) a bondi de 46 $ à 63 $. Le cours de BYND a fini la journée à 65,45 $, après un passage à 73 $. C’est une plus-value de 161,8 % en une journée ! Et la meilleure IPO depuis le début de l’année, voire depuis mars 2000, selon Dealogic data. Pour autant, ne regrettez pas de ne pas avoir pris part à cette bousculade, les vrais problèmes vont commencer maintenant pour l’entreprise désormais valorisée à 3,8 Mds$.

Evolution du cours de BYND le jour de son IPO. Source : Nasdaq.com.

Quand l’agroalimentaire fait naître des startups

 Les produits de Beyond Meat ne doivent rien à l’élevage et tout à l’ingénierie. L’activité de l’entreprise est à mi-chemin entre la bio-tech et la conception de matériaux composites puisque ses produits sont végétariens, certes, mais aussi 100 % artificiels.

Le Beyond Burger affirme son origine végétale auprès des carnivores.

Crédit : Beyond Meat

Oubliez les steaks de soja et autres pâles imitations de viande rouge qui n’ont de commun avec le steak que le nom et la forme : Beyond Meat s’enorgueillit de commercialiser des produits à la saveur et la texture identiques à celles du steak haché. De fait, le Beyond Burger n’est pas vendu dans les points de vente qui ciblent les végétariens et vegans, mais dans tous les lieux habituellement fréquentés par les amateurs de viande rouge.

 Derrière l’activité de production alimentaire de Beyond Meat se cache un véritable mode de fonctionnement de startup technologique. L’entreprise conçoit un produit innovant (à grands coups de dépenses de R&D), connaît une explosion de son activité et ambitionnait de dépasser le milliard de dollars de valorisation après son IPO, un objectif largement dépassé.

Comme souvent pour les introductions en Bourse de licornes, les banques d’investissement ont fait à merveille leur travail d’habillage de la mariée. L’entreprise est à un moment clé de son développement : son chiffre d’affaires a été multiplié par cinq entre 2016 et 2018 pour désormais afficher 74 M$ en rythme annuel.

Le moment est également parfaitement choisi au niveau sectoriel puisque la méfiance des consommateurs commence à faire place à la curiosité. Depuis le 1er avril (la date ne s’invente pas !), Burger King commercialise dans une soixantaine d’établissements l’Impossible Burger, élaboré avec Impossible Food. Point de bœuf dans cet hamburger, mais un mélange de protéines végétales et de « sang synthétique » produit par des levures. Les prochains mois diront si les amateurs de junk food, déjà habitués à consommer nombre de spécialités à base de viande reconstituée, craqueront pour ce nouveau repas végétarien…

L’appétit des investisseurs pour ce type de produits est stimulé par des perspectives juteuses, mais tout n’est pas rose au pays du bœuf artificiel.

Même si la hausse du chiffre d’affaires ne montre aucun signe d’essoufflement, Beyond Meat ne parvient toujours pas à être rentable. Les pertes se creusent même désespérément avec un résultat net de -23 M$ en 2016, -25 M$ en 2017 et -37 M$ l’année dernière.

Il est pour le moins inquiétant que l’entreprise ne parvienne pas, alors que son produit a atteint la maturité commerciale, à profiter de l’augmentation des cadences de production. Les investisseurs tentés par le dossier doivent donc se convaincre d’une arrivée imminente des bénéfices que, pour l’instant, rien ne laisse présager.

Ethan Brown, le PDG de Beyond Meat, et son burger à la viande artificielle. Source : Beyond Meat.

Que dit l’argent intelligent ?

 Tyson Foods (US9024941034 – TSN), premier exportateur de bœuf américain, possédait une participation historique dans Beyond Meat. La société, dont la connaissance du marché de la viande ne peut être contestée puisqu’elle fêtera l’année prochaine ses 85 ans d’activité, s’était même renforcée au capital de la startup en décembre 2017 à hauteur de 6,5 % lors d’une levée de fonds de 55 M$.

La semaine dernière, Tyson Foods a annoncé s’être séparée de l’intégralité de ses actions Beyond Meat. Le géant poursuivra désormais sa quête du burger végétarien en solo, sans même avoir la patience d’attendre la cotation des titres BYND pour s’en débarrasser.

Est-ce parce que le flottant prévu, qui ne représente que 15 % du capital, n’aurait pas permis de liquider la position dans de bonnes conditions ? Est-ce plutôt une déclaration de guerre envers son ex-protégée ?

Difficile de prendre parti en se basant sur les seuls communiqués de Tyson Foods et le silence assourdissant de Beyond Meat.

Toujours est-il que si vous souhaitez investir dans la viande végétarienne, vous disposez désormais de deux options. A votre gauche, une startup déficitaire dont l’EBITDA stagne malgré un quadruplement du chiffre d’affaires. A votre droite, un mastodonte quasi-centenaire qui n’aura pas manqué d’absorber le savoir-faire de la jeune entreprise lors de leur collaboration et dont l’activité historique permet d’attendre sereinement l’évolution des habitudes des consommateurs.

Si vous voulez vous offrir un véritable ticket de loto, prenez une petite position sur Beyond Meat. Attendez tout de même que le cours retombe, ce qu’il ne devrait pas manquer de faire dans les mois qui viennent.

Si vous préférez investir de façon durable et prudente sur le renouveau de l’industrie de la viande, préférez les actions Tyson Foods. Avec son rendement de 2 % et son PER de seulement 15 (des ratios devenus bien rares sur le marché américain), le titre est particulièrement attractif.

La direction a prouvé qu’elle est capable de mener une politique d’innovation et de surveiller avec vigilance les nouveaux acteurs arrivant son marché. Tyson Foods est par conséquent une valeur qui a sa place en fond de portefeuille dans une optique d’investissement à moyen terme, et ce quelle que soit votre philosophie quant à la consommation de viande !

 

 

 

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