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Japon, la fin d'un empire

par Cécile Chevré

Il se passe vraiment d’étranges choses du côté du Japon. Je dirais même que c’est le branle-bas de combat depuis l’élection du nouveau Premier ministre, Shinzo Abe.

A peine élu, Abe a annoncé vouloir relancer à tout prix l’économie japonaise. Pour cela, une solution : un gigantesque plan de relance – aux moyens illimités. Ce que cela signifiait ? De l’impression monétaire, le gouvernement n’ayant pas les moyens financiers de ses ambitions. Abe a donc mis au pas la Banque du Japon (BoJ) sommée de produire autant de liquidités que nécessaire. Et tant pis si le gouverneur de la BoJ n’approuve pas cette décision, il démissionnera 3 semaines avant le terme prévu de son mandat. Le nouveau gouverneur devrait faire moins de manières.

Puisqu’impression monétaire = bien souvent inflation, la BoJ a, dans la foulée, relevé son objectif d’inflation, le faisant passer de 1% à 2%.

Au passage, bien évidemment, le Japon a donc rallumé les braises mal éteintes de la guerre des monnaies. Tant d’impression monétaire ne peut qu’affaiblir le yen – une volonté claire du gouvernement qui mise ainsi sur une reprise des exportations japonaises. Américains et Européens – enfin surtout les Français – ne veulent pas être en reste et ont réclamé eux aussi une dévaluation de leur devise pour rester compétitifs.

Dernière annonce en date : le ministre de l’Economie japonais, Akira Amari a déclaré que le gouvernement intensifierait ses efforts de relance afin que le principal indice boursier japonais grimpe de 17%, à 13 000 points d’ici fin mars.

Oui, vous avez bien lu, voici un ministre de l’Economie qui fixe un objectif à des marchés actions. Vous imaginez le secrétaire au Trésor américain faire une telle annonce ? Cela serait l’envolée assurée pour les marchés actions américains – les investisseurs ayant pu tester la capacité de la Fed à financer le rebond boursier depuis 2009.

Comment le gouvernement japonais peut-il agir sur l’indice Nikkei ? En affaiblissant encore plus le yen – ce qu’il a clairement l’intention de faire. Le lien entre évolution du yen et Bourse japonaise est on ne peut plus clair.

Depuis les annonces du gouvernement Abe, la Bourse japonaise s’est en effet envolée. Et c’est peu de le dire… je vous laisse admirer la magnifique progression du Nikkei ces derniers mois.

Graphique de l'indice Nikkei

De quoi faire rêver les investisseurs… et ce d’autant plus si le gouvernement japonais décide de faire passer le Nikkei d’environ 11 250 points actuellement à 13 000 points en à peine plus d’un mois et demi.

Passons maintenant à l’évolution du dollar par rapport au yen (USD/JPY).

Graphique de l'évolution du dollar par rapport au yen

Là encore, la force du dollar par rapport au yen – ou plutôt la faiblesse de la monnaie japonaise – saute aux yeux.

La fin d’un modèle (1)
Une question me tarabuste cependant. Dévaluer le yen, pousser la Bourse japonaise vers le haut… d’accord. Mais est-ce que cela signifie une reprise de l’économie japonaise ? Le problème de l’économie japonaise est-il vraiment la force du yen ? Ou bien est-ce un problème de modèle économique.

Après la Seconde Guerre mondiale et surtout dans les années 70 et 80, la principale force du Japon était son industrie exportatrice. Le pays s’est fait une spécialité de l’électronique, équipement vidéos et audio ou informatique, ou encore automobiles. Des noms comme Sony, Panasonic, Nintendo, Fujitsu, Hitachi, Toshiba, Honda, Mazda, Nissan, Toyota, Yamaha, etc. sont devenus le fer de lance de l’économie japonaise.

Graphique du cours de Sony

Seulement voilà, le cours de Sony s’est littéralement effondré depuis 10 ans, ce n’est pas la faute du yen. La raison est que le Japon a trouvé des concurrents à sa mesure, d’abord les Tigres asiatiques et aujourd’hui des pays de l’Asie du Sud-est ou encore la Chine, capables de produire à bas coût et, de plus en plus, des produits à valeur ajoutée. Le Made in Vietnam ou Made in Philippines remplace de plus en plus le Made in Japan sur les étiquettes de vos produits électroniques.

La production industrielle a reculé de 0,3% en 2012 par rapport à 2011, et de 1,9% au quatrième trimestre 2012 par rapport au trimestre précédent. Et si elle semble s’être reprise en décembre dernier, la croissance n’a atteint qu’1,6% l’année dernière et devrait être réduite de moitié cette année (à 0,8%).

Chine-Japon, les meilleurs ennemis
Voilà pour la grande tendance. Il y a aussi des problèmes conjoncturels : la baisse en 2011 et 2012 des exportations liées à la crise de la zone euro mais aussi au marasme persistant aux Etats-Unis et enfin et surtout aux problèmes récurrents avec la Chine – qui représente à elle seule 20% des exportations nippones !

Outre la baisse de la demande venue de l’empire du Milieu en 2012 liée aux craintes de ralentissement de l’économie chinoise, les relations diplomatiques entre les deux pays plombent l’ambiance – et le commerce.

Parmi les moult sources de conflits entre la Chine et le Japon, le cas problématique des îles Senkaku-Dioayu a récemment envenimé les relations.

Dernier problème : l’énergie
Dernier problème, mais non des moindres, l’énergie donc. Le tremblement de terre de 2010 et la catastrophe de Fukushima ont accentué la dépendance énergétique du pays. Non seulement parce que nombre d’infrastructures lié à la production d’énergie (centrales, ports permettant l’importation de pétrole ou de gaz naturel liquéfié (GNL)…) ont été partiellement ou totalement détruits mais aussi parce que le gouvernement japonais a annoncé le désengagement progressif du pays du nucléaire – du moins officiellement.

Le Japon doit donc à la fois reconstruire ses infrastructures et augmenter ses importations d’énergie, et le prix de production d’électricité s’envole. Pour compenser cette hausse, le gouvernement japonais a autorisé en juillet une augmentation de 10% des tarifs de l’électricité – ce qui pèse sur les marges des entreprises nippones.

La balance commerciale japonaise n’est donc pas au mieux de sa forme. L’année dernière, les exportations ont reculé de 2,7% et les importations ont bondi de 3,8%.

La fin d’un modèle (2)
Pour pallier la baisse des exportations, le Japon tente de faire ce qu’ont fait tous ses voisins asiatiques : pousser la consommation intérieure. Seulement voilà, ce qui fonctionne très bien dans pays qui dispose d’une importante population, jeune, toute prête à s’enrichir et à consommer – ce qui est le cas aux Philippines, en Malaisie, en Indonésie ou encore en Chine – ne l’est pas dans un pays, certes beaucoup plus riches, mais vieillissant, pour ne pas dire carrément entré dans le 3e âge.

Ajoutons à cela que les Japonais sont traditionnellement des adeptes convaincus de l’épargne, et ce malgré les incitations récentes au crédit.

Conclusion : misez sur les économies jeunes et en forte croissance
Peut-être est-ce parce qu’avec Florent Detroy nous venons de terminer un rapport spécial consacré à l’Asie du Sud-Est, mais la comparaison entre ces pays et le cas japonais me paraît terriblement exemplaire du passage de relai qui est en train de se faire entre les pays occidentaux (malgré sa position géographique, le Japon en fait partie) à l’économie à bout de souffle et des pays qui savent profiter et s’appuyer sur une classe moyenne en explosion pour développer leur économie.

Pour rappel, cette année, la croissance de l’Indonésie est estimée à plus de 6,3%, celle de la Malaisie à plus de 5% et celle des Philippines à plus de 6%…

Alors oui, sous les effets conjugués de milliards de yens de plans de relance et d’un affaiblissement notable de sa devise, le Japon parviendra peut-être à grappiller quelques dixièmes de point de croissance, mais celle-ci sera payée à coups d’endettement massif et de risques grandissants de guerre des monnaies.

La véritable croissance n’est là… Ne vous y trompez pas.
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