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Kévin, 24 ans, profession : intelligence artificielle

par Etienne Henri
humain intelligence artificielle

Les IA nous entourent au quotidien et tentent de devenir omniprésentes dans nos vies. Elles se glissent dans les services web, les voitures autonomes et jusque dans les appareils photos de nos smartphones.

A en croire les campagnes marketing bien rodées, ces logiciels seraient les rouages indispensables de l’informatique de nouvelle génération. Pourtant, derrière les paillettes de l’innovation se cache une réalité bien méconnue : ces programmes ne fonctionnent souvent pas du tout comme annoncé.

Si vous nous lisez de longue date, vous savez que l’IA est souvent parée de vertus imaginaires. De leur côté, les informaticiens savent que, tout comme la blockchain, l’IA n’est qu’une technique de programmation parmi d’autres qui n’a pas de valeur intrinsèque et dont l’utilisation devrait être réservée à des situations bien particulières.

Ce qui est moins connu, c’est que l’IA peut être plus qu’inutile : elle est parfois totalement imaginaire.

Le scandale que l’on vous cache

Toutes les IA n’ont pas des prénoms aussi poétiques que Siri, Alexa ou autre Cortana. Certaines s’appellent Robert, Jennifer ou Vikram… mais aucune entreprise ne l’annoncera jamais spontanément.

Nous avons vu il y a quelques semaines que l’utilisation d’employés en chair et en os est nécessaire et inévitable pour entraîner les IA. Cette vérité qui dérange, que les entreprises de la tech commencent tout juste à avouer à demi-mot, en cache une autre qui frôle la malhonnêteté totale : certaines IA n’existent tout simplement pas.

Si ces IA factices imitent si bien le cerveau humain, c’est pour la simple et bonne raison que ce sont, en réalité, des humains qui effectuent le travail à la place de la machine. 

Kévin, 24 ans, profession : IA

Ce mensonge éhonté est la conclusion logique de la philosophie startup et son pragmatisme poussé à l’extrême.

Les entreprises innovantes qui se lancent sur un nouveau marché n’ont aucune idée a priori de l’attrait des clients pour les services proposés. Ce grand saut dans l’inconnu est une étape durant laquelle la survie de l’entreprise peut se jouer, et débroussailler un marché est extrêmement périlleux.

Les entrepreneurs, dont la mission première est de gérer les risques, ont donc imaginé un mode de fonctionnement à rebrousse-poil des processus industriels d’antan : la vente avant la production.

Partant du principe que les problèmes techniques peuvent souvent être réglés avec suffisamment d’argent, et que l’argent n’a jamais été aussi facile d’accès et peu cher, les entreprises innovantes dans l’informatique tentent désormais de confirmer l’existence d’une clientèle avant même d’avoir développé leurs logiciels.

Comme il faut tout de même bien avoir quelque chose à proposer aux clients pour qu’ils sortent le chéquier, elles recourent dans un premier temps à la technique du magicien d’Oz en faisant croire que leurs logiciels sont prêts. En réalité, ce sont bien souvent des coquilles vides dont la valeur ajoutée est réalisée par des humains en chair et en os.

Ces petites mains de l’ombre sont, dans les pays occidentaux, souvent des stagiaires ou des jeunes diplômés. Lorsque l’entreprise dispose de plus de moyens, elle délègue plutôt ces tâches ingrates à des employés peu rémunérés à l’autre bout de la planète.

Une astuce devenue pandémie

Cet été, une startup indienne prétendant avoir créé une IA capable d’écrire des programmes automatiquement a été épinglée par le Wall Street Journal. Selon les dernière révélations, Engineer.ai avait recours à des développeurs on ne peut plus humains “en attendant de développer son IA”.

La pratique est aujourd’hui généralisée. Selon The Verge, ce sont près de 40 % des entreprises proclamant utiliser l’IA qui auraient recours à de tels artifices.

Les investisseurs pris au piège

L’exemple d’Engineer.ai est frappant : elle avait, avant les révélations du Wall Street Journal, déjà levé plus de 30 millions de dollars et comptait parmi ses actionnaires la prestigieuse SoftBank.

Je suis convaincu que ce type de révélation va devenir de plus en plus fréquent… et ce type de “scandale” a un petit air de déjà-vu. De la même manière que le Dieselgate était un secret de polichinelle dans l’industrie de l’électronique embarquée, la pratique qui consiste à faire passer des stagiaires pour des logiciels est tout aussi connue dans le monde de la tech.

Elle est enseignée dans tous les incubateurs, et fait depuis des années partie de la boîte à outils de l’entrepreneur innovant. Le problème est que si la tromperie est indolore pour les clients, elle ne l’est pas pour les investisseurs qui croient acheter les droits d’une technologie qui n’existe pas !

Le fait que SoftBank, avec ses milliards de dollars sous gestion et ses armées d’auditeurs, ait pu être ainsi flouée rend la position des investisseurs individuels encore plus inquiétante. Aucun particulier, à moins d’être informaticien et d’avoir accès aux codes sources de l’entreprise, ne peut déterminer si une IA ou des sous-traitants effectuent le travail. Même en épluchant les bilans comptables, il est difficile de distinguer le coût de quelques spécialistes de celui d’une myriade de petites mains si la direction souhaite maintenir l’ambiguïté.

Il y a peu, Théranos faisait la Une des journaux après avoir menti sur la réalité de l’automatisation de ses tests sanguins. Ces révélations avaient condamné la startup et l’avenir de sa fondatrice ; le monde du logiciel devra également faire son travail d’introspection avant de mériter les faveurs des investisseurs. D’ici-là, la prudence restera de mise car, ne l’oublions pas, le grand public et la presse économique n’a toujours pas réalisé l’ampleur du problème. Lorsque ce scandale se diffusera, nombre d’entreprises censées utiliser l’IA verront leur valorisation perdre quelques zéros…

Terminons sur une note positive : en tant que lecteur d’Opportunités Technos, vous voilà prévenu avant tout le monde. Vous pourrez ainsi rester méfiant lors des levées de fonds de startups possédant des logiciels prétendument miraculeux et ne ferez pas partie des investisseurs floués. Vous voilà armé pour réussir là où SoftBank s’est fait piéger !

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