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Il y aura-t-il un krach pour septembre ?

par Cécile Chevré

Avertissement préliminaire : si j’avais la réponse à toutes les questions que je vais aborder aujourd’hui, je serai affreusement riche et je vous écrirai actuellement d’une île déserte à l’autre bout du monde (ou d’une île de la côte amalfitaine). Ceci précisé, commençons…

… par le krach.

Si vous suivez de près ou même de loin les marchés, vous devez certainement vous poser cette lancinante question : alors krach ou pas ? Les actions sont au plus haut, les rendements obligataires se tendent, la crise fomente toujours en Europe et la Chine vacille… De quoi donner des maux d’estomac aux marchés.

L’ère du krach permanent
Le premier problème du krach, c’est que c’est une idée usée jusqu’à la corde. Le krach, vous, moi, nous en avons soupé. Depuis 2008, les krachs, c’est tous les 6 mois, voire plus fréquemment. Le krach des marchés actions, des matières premières, de l’or, des obligations européennes, des obligations américaines, des marchés émergents… Des krachs à tous les coins de rue, des krachs en veux-tu en voilà. Des krachs par-dessus la tête.

Le second problème du krach, c’est que ce n’est pas parce que nous l’avons déjà très (trop) largement expérimenté que cela écarte le risque d’en connaître un nouveau. Le stock de krachs n’a malheureusement pas été épuisé.

Le troisième problème d’un krach, c’est que c’est souvent imprévisible et que surtout – surtout ! – il est impossible d’en connaître le timing. Dommage, d’ailleurs.

Conférence Bourse

Tout cela pour vous dire que je n’ai pas la réponse, je ne sais pas si krach il aura, mais nous pouvons au moins tenter d’en détecter les prémices.

Les origines du krach
Nous sommes en état de krach permanent. Les subprimes ont mis le krach à la mode. Pas une semaine sans qu’on détecte un mini-krach quelque part dans le monde, sur un domaine d’actifs.

Reste que ce qui fait vraiment trembler les marchés, c’est le Big One, le gros, énorme, incommensurable krach, celui qui dure, celui qui fait des victimes à la pelle. Depuis – au moins – 1929 (à moins que cela ne soit depuis la crise des Tulipes de 1636) –, la leçon a été apprise. Un krach advient quand la valeur d’une classe d’actifs s’effondre brutalement, ce qui arrive généralement après une phase de bulle.

Aujourd’hui, d’où pourrait venir ce fameux krach ?

Pour certains – dont ne nous ne faisons pas partie aux Publications Agora –, le krach viendra de la bulle de l’or. Bon… vous connaissez mon opinion là-dessus. Krach sur l’or il y aura certainement, mais quand celui-ci sera à 5 000 $, pas à 1 500…

Pour d’autres, le krach trouvera ses racines dans les marchés actions qui sont en hausse depuis près de 2 ans.

Pour d’autres enfin, le krach viendra des marchés obligataires.

Qu’en est-il ?

Je ne reviens pas sur l’or.

Marchés actions : krach ou correction ?
Pour les marchés actions… il faut nous entendre sur la définition de krach. Car un retournement – et même violent – des marchés actions, oui.

La raison : nous sommes à un plus haut. Ceux de 2008 ont été dépassés par la plupart des indices… et historiquement, les fortes hausses sont généralement suivies d’une importante correction. Ajoutons à cela que les données économiques, ne sont pas si bonnes que cela.

Ces derniers jours ont émergé nombre d’analyses sur la reprise sans emploi des Etats-Unis. Outre que l’économie américaine ne crée pas assez d’emploi, elle décourage aussi nombre de travailleurs à en chercher un. Car si baisse du taux de chômage il y a, c’est essentiellement parce que de plus en plus de chômeurs quittent le circuit des statistiques officielles des demandeurs d’emploi. Les raisons sont multiples mais parmi elles on peut citer ces emplois à temps partiels ou mal payés qui ne suscitent pas l’enthousiasme des foules. Le mouvement de grève des salariés des fast-foods qui n’en finit pas de prendre de l’ampleur est la parfaite illustration de ce phénomène. Comme le rappelle un article du Monde, si 11 millions d’Américains sont « officiellement » au chômage, le nombre de personnes en âge de travailler mais sans emploi atteint lui les 20 millions.

Une économie sans emploi, c’est une consommation en berne, et donc une croissance menacée. En Europe aussi, les pays du Sud de l’Europe, lancés dans des politiques de réformes et de rigueur, voient leur taux de chômage atteindre des sommets.

Et puis, et puis, l’actualité est mauvaise, la Syrie – je vous en parlais hier –, les élections allemandes, la perspective d’un nouveau plan d’aide à la Grèce, etc.

Le sort du krach actions n’est pas encore complètement réglé, nous aurons l’occasion d’y revenir… dans quelques instants mais passons d’abord à la dernière source potentiel de krach : le krach obligataire.

Krach obligataire, le Big One ?
Un krach des obligations américaines, voilà qui pourrait faire vaciller l’économie mondiale toute entière. Un rappel de définition au passage : le krach obligataire se caractérise par une remontée brutale des taux des obligations (et donc une chute de leur prix).

Actuellement, nombre d’éléments sont réunis pour créer un krach obligataire digne de ce nom :
– une montagne de dettes
– une inadéquation entre le taux des obligations et les risques encourus
– la perspective d’arrêt du QE par la Fed et donc la fin de ses rachats de bons du Trésor
– une méfiance grandissante des autres principaux acheteurs de bons du Trésor quant à la capacité des Etats-Unis à rembourser leurs dettes (cf. la Chine)

Le danger d’un krach obligataire américain n’échappe à personne car ses conséquences se feront ressentir aussi bien sur les marchés actions que sur les matières premières. Il suffit d’observer l’hémorragie de liquidités qui frappent aujourd’hui les pays émergents à la simple mention d’un arrêt à venir du QE. Nul ne peut plus douter du caractère systémique d’un krach obligataire US.

Alors, alors ?? Krach ou pas ?
Reprenons…

Un krach action ? Je dirai non, mais retournement et consolidation, oui peut-être. Mathieu Lebrun résume bien la situation dans Mon Portefeuille Zen : « Autant dire qu’avec un mois de septembre qui est déjà statistiquement baissier pour le CAC, je pense que la rentrée risque d’être agitée. D’autant que, dans l’ensemble, les dernières publications ne m’ont pas emballé plus que cela ».
[Qui a peur du krach ? Pas Mathieu en tout cas. Ni ses abonnés à Mon Portefeuille Zen. Turbulences boursières, volatilité, retournements inattendus, krachs… rien ne leur fait peur. Comment ? Parce que Mathieu est persuadé d’une chose : vous pouvez maîtriser les marchés — et votre portefeuille… et cela en seulement 20 minutes par semaine. Voici comment…]

Un avis partagé par Eric Lewin dans La Lettre PEA : « Les indices US étaient au plus haut ; d’une certaine manière, cette consolidation leur permet donc de souffler. Mais pour l’instant, je suis bien incapable de vous donner mon sentiment sur la tendance qui s’annonce. Trop d’éléments contradictoires se mettent en place, et le dossier syrien peut tout faire basculer d’un moment à l’autre. Pour revenir au CAC 40, il me semble que si la situation s’envenimait, nous pourrions reperdre assez rapidement une dizaine de pourcent et revenir sur les 3 600 points car le trend haussier a l’air brisé pour le moment ».

Un krach obligataire ? Depuis quelques mois, les taux remontent, mais lentement. C’est justement cette remontée que la Fed tente de gérer sans mettre le feu aux poudres. Pour cela, elle prépare depuis le début de l’année les marchés à un arrêt progressif du QE espérant que le choc sera facilement encaissé. C’est un pari, reste à savoir si la Fed pourra le remporter.

A mon avis cependant, la question ne se pose pas aujourd’hui exactement dans ces termes. La Fed ne pourra pas arrêter complètement le QE, je vous en ai régulièrement parlé dans ces lignes, mais cela ne va pas l’empêcher de ralentir ses achats, et certainement dans les semaines qui viennent. Les marchés sont – pour le moment – préparés à cela.

A court terme, la possibilité d’un krach imminent me paraît donc faible.

Reste à savoir ce qu’il en est à plus long terme. Et sur ce point, c’est Bill Bonner qui représente la voix de la sagesse dans La Chronique Agora : « Nous sommes entrés dans les mois en « R ». Septembre, octobre, novembre, décembre. Coquillages et crustacés, c’est fini. Maintenant, il est temps de manger des huîtres… et de subir un bon vieux krach boursier. Non que nous en prédisions un. Mais notre bon vieux pavillon d’Alerte au Krach flotte à nouveau. Simple avertissement. Oui, cher lecteur, beaucoup de choses peuvent mal tourner cet automne. Vous devriez vous y préparer. S’il ne se passe rien, eh bien… soyez reconnaissant. Parce qu’à un moment ou à un autre, le système monétaire actuel va s’effondrer. Pour la plupart des gens, ce ne sera guère amusant. De l’épargne sera perdue. Des entreprises feront faillite. Des débiteurs feront défaut. Les actions et les obligations chuteront à pic. Et ce n’est là que le bon côté des choses« .

Voilà tout est dit. Les ferments du krach sont là… mais la Fed peut continuer à jouer son numéro d’équilibriste pendant quelques années encore. Soyez prévenu et attentif à cela. Méfiez-vous des obligations souveraines et, quand vous investissez, ne perdez jamais de vue que nous sommes dans une situation anormale et non pas dans un retour progressif vers la normale.

Qu’est-ce que cela signifie pour vos investissements ? Ma première réponse serait que votre allocation d’actifs doit prendre en compte ce risque en faisant la part belle à la sécurité, via l’or par exemple, ou encore grâce aux actions défensives. Krach cet automne ou pas, vous aurez protégé vos investissements.

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