Accueil Internet & CommunicationsInfrastructures & Hardware Kyndryl ? IBM ? Quel morceau de Big Blue préférez-vous ?

Kyndryl ? IBM ? Quel morceau de Big Blue préférez-vous ?

par Etienne Henri
IBM scission Kyndryl

[IBM ouvre un nouveau chapitre dans sa très longue histoire : la scission d’une partie de ses activités, annoncée l’année dernière, est actée. Dorénavant il y a IBM d’un côté et Kyndryl de l’autre, deux entités bien distinctes. N’y voyez pas là un simple élagage anecdotique d’une branche morte. Kyndryl est très loin de l’inertie. Kyndryl pèse très lourd même. Et, spoiler alerte, le spin-off a de quoi faire de l’ombre à sa vénérable maison-mère, Big Blue. Mais que fait Kyndryl exactement ?]

Au début du XXe siècle, IBM a accompagné les balbutiements de l’automatisation. Dans les années 1970, IBM a accompagné la naissance des grosses unités de calcul (mainframes). Dans les années 1990, IBM a accompagné la démocratisation de l’ordinateur personnel. Tout cela fait de Big Blue l’un des fleurons les plus emblématiques de l’informatique.

Kyndryl, spin-off d’IBM, pèse déjà très lourd

Mais, aujourd’hui, la société – déjà plus que centenaire – n’est plus le monstre monolithique du passé. Et Big Blue a donc décidé de séparer ses activités… IBM ouvre ainsi un nouveau chapitre dans sa très longue histoire.

Fini le fonctionnement façon conglomérat où chaque division est censée favoriser l’activité de ses consœurs. Prenant acte que l’informatique est désormais un marché hyper-segmenté où les métiers, quoique complémentaires, ne dégagent pas nécessairement de synergies, IBM a décidé de se scinder en deux entités. Son spin-off, Kyndryl, dont la cotation au Nyse a débuté le 4 novembre, va désormais voler de ses propres ailes.

N’y voyez pas un simple élagage d’une branche morte anecdotique. Ce n’est pas le cas. Kyndryl emporte, avec elle, pas moins de 19 Mds$ de chiffre d’affaires annuel, soit l’équivalent du groupe Capgemini et près du double de celui d’Atos !

Kyndryl : une mariée très bien dotée

Contrairement à de nombreuses opérations de spin-off, la cotation de Kyndryl n’a pas vocation à augmenter artificiellement la rentabilité de sa maison-mère en cotant, dans un véhicule séparé, les activités bancales du groupe.

Bien au contraire, Kyndryl a été dotée d’une activité autrefois considérée comme primordiale par Big Blue : les services informatiques qui avaient fait sa fortune dans les années 1990. Avant la séparation, ils représentaient encore plus du quart du chiffre d’affaires de l’entreprise. De fait, Kyndryl, dont la structure légale a été créée il y a quelques semaines en vue de l’IPO, compte pas moins de 90 000 salariés. Sa voilure est internationale.

IBM a joué franc jeu avec cette scission

IBM a joué franc jeu avec cette scission. Elle ne conservera que 20 % du capital de Kyndryl. Un chiffre anecdotique face au flottant. Ce désengagement est la preuve que la nouvelle société pourra prendre ses décisions dans son propre intérêt. Elle ne risquera donc pas de se retrouver coincée entre des opportunités alléchantes et un actionnaire historique encombrant qui se servirait d’une vraie fausse société-fille pour continuer à alimenter son activité.

Kyndryl pourra ainsi proposer à ses clients les solutions IBM mais aussi celles des sociétés concurrentes. Selon la direction, cet élargissement du catalogue pourrait, toutes choses égales par ailleurs, doubler son marché potentiel… 

Un montage potentiellement ultra-lucratif

L’exemple de Worldline, ancienne filiale d’Atos qui fut séparée de la maison-mère à partir de 2013, montre que ces opérations peuvent être extrêmement créatrices de valeur pour les actionnaires. La branche de services de paiements, qui était valorisée 2 Mds€ en 2014 lorsque le groupe a cédé 26 % de son capital, pèse désormais 14,7 Mds€ à la Bourse de Paris.

C’est une hausse de +635 % en moins de dix ans… et l’ancienne « activité secondaire » d’Atos pèse aujourd’hui environ trois fois plus que le groupe, dont la capitalisation boursière n’est plus que de 4,9 Mds€ !

Ce décalage s’explique par l’effet de « synergies négatives » qui règne dans les conglomérats technologiques. Souvent, l’effet vertueux d’intégration des solutions maison dans les offres commerciales de services ne compense pas l’effet pervers de manque de choix. Lequel, bien évidemment, empêche de fournir aux clients la solution idéale à leurs besoins.

évolution comparée bourse Atos Worldline

Evolution comparée d’Atos et Worldline sur cinq ans.
Parfois, le spin-off dépasse largement la maison-mère
Infographie : Investing.com

Si Kyndryl suit la même tendance, elle pourrait être la prochaine corne d’abondance pour les investisseurs.

Que reste-t-il à IBM ?

La scission, annoncée l’année dernière, a été bouclée en à peine un an. En ce sens, il faut féliciter la direction d’avoir su mener à bien cette IPO à marche forcée. S’il y a eu des dissensions internes, elles n’ont pas fait dérailler le projet.

Que reste-t-il désormais à Big Blue ? Si l’activité de services, qui a sauvé le groupe de la faillite dans les années 1990, vole de ses propres ailes, comment Big Blue pourra-t-elle renouer avec la croissance ?

Le paris d’Arvind Krishna, qui a pris la direction du groupe l’année dernière, est de recentrer IBM sur les activités de cloud et d’analyse de données par intelligence artificielle (IA). La première corde à l’arc de Krishna est Red Hat, l’éditeur logiciel open source racheté en 2018 pour près de 35 Mds$ (30 Mds€). Selon les analystes, son activité serait en croissance à deux chiffres.

L’autre relais de croissance est celui de l’analyse de données. Watson, le service d’aide à la décision commercialisé par IBM, est son cheval de bataille de l’intelligence artificielle B2C. Aide à l’analyse des modèles d’affaires, automatisation des relations clientèles avec des assistants virtuels, conseils financiers et même diagnostic médical : les applications en conditions réelles de l’IA d’IBM ne manquent pas.

Parfois, le spin-off dépasse largement la maison-mère

Le groupe reviendra en outre à ses fondamentaux avec la fourniture de mainframes, ces centres de calcul intégrés à haute performance. IBM reste, bon an mal an, un des leaders du calcul intensif. Avec deux supercalculateurs sur les trois premières marches du podium mondial, son savoir-faire est incontestable.

Si l’activité hardware devrait simplement se maintenir dans les prochaines années, la branche « logiciels » devrait retrouver le chemin de la croissance avec une progression annuelle comprise entre 5 % et 10 % – ce qui est assez admirable pour une entreprise qui est née avant la Première Guerre mondiale !

Reste à savoir si ces activités suffiront à maintenir le groupe à flot. A ce jour, Kyndryl est valorisée par les marchés à 6,7 Mds$. Une paille par rapport aux 108 Mds$ d’IBM… tant que l’élève ne dépasse pas le maître, comme l’a fait Worldline pour Atos en son temps.

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire