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La course à l’espace fait 3 gagnants et 1 perdant

par Etienne Henri
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[2020 restera une année faste pour l’industrie spatiale. Dans ce secteur où les grandes puissances se livrent une compétition acharnée, l’actualité de ces dernières semaines est marquée par des avancées tangibles et de nouvelles perspectives de croissance. Mieux, 2021 s’annonce encore plus enthousiasmante ! Malgré tout, on compte tout de même quelques perdants sur le bord de la route…]

Cette fin d’année 2020, qui signera peut-être le début de la commercialisation d’un vaccin anti-coronavirus, est déjà riche en rebondissements et en progrès. Notamment dans un tout autre domaine : la course à l’espace.

Le spatial a signé une très belle année 2020

Dans ce secteur où les grandes puissances se livrent une compétition sans fin vers la supériorité industrielle et commerciale, l’actualité de ces dernières semaines est marquée par des avancées et de nouvelles perspectives de croissance.

Bien sûr, les progrès sectoriels ne sont jamais homogènes. Le spatial a beau avoir globalement signé une très belle année 2020, tous les acteurs n’en sortent pas gagnants. Au-delà des développements significatifs, les derniers mois ont vu les grands équilibres se décaler, et la position d’un ancien leader de plus en plus remise en question…

SpaceX s’installe dans le rôle de taxi spatial

Elon Musk a réussi une nouvelle prouesse : celle de rendre presque banal l’envoi d’astronautes vers l’ISS (la Station spatiale internationale). Le 16 novembre dernier, un équipage de quatre personnes a rejoint la station spatiale dans une capsule Dragon propulsée par une fusée Falcon 9.

Comme s’il s’agissait d’un vol de routine, la fusée a décollé sans encombre, son premier étage s’est posé au sol pour être réutilisé, et les astronautes ont rejoint l’ISS en suivant une procédure totalement automatisée. Dans un décor de science-fiction, le taxi spatial d’Elon Musk a joué son rôle sans accroc.

capsule Dragon ISS

Les passagers d’Elon ont rejoint l’ISS sans effort. Image : SpaceX

Bien que parfaitement orchestré, l’événement n’a pas eu de retentissement médiatique particulier. On en oublierait presque que la réutilisation de lanceurs reste une exclusivité de SpaceX, et que le premier vol habité dans une capsule Dragon n’a eu lieu qu’en mai de cette année !

Elon Musk est parvenu, en quelques mois, à banaliser les vols habités, tirés depuis les Etats-Unis dans une fusée conçue par une société privée. Cette “force tranquille” est la preuve que SpaceX n’est plus une entreprise pleine d’ambitions et de potentiel, mais un acteur majeur qui n’a plus rien à prouver.

Pendant ce temps-là… l’Europe se tétanise 

Face aux victoires successives de SpaceX, l’Europe est restée sidérée.

La future Ariane 6, dont le vol inaugural devait avoir lieu cette année, accumule les retards et les dépassements de budget. Après avoir évoqué au printemps le bien pratique COVID-19 pour justifier un premier report, l’Agence spatiale européenne (ESA) table désormais sur un premier tir en 2022.

Ariane 6

Ariane 6 devient l’Arlésienne de l’espace. Crédit : Arianegroup

Ce nouveau décalage de calendrier, outre le boulevard qu’il ouvre à SpaceX sur le marché des mises en orbite de satellites durant deux ans, aura un coût direct sur le budget de l’agence. Selon les dernières estimations, le coût des décalages sur cette seule année 2020 se chiffre à 230 M€.

Bien sûr, l’ESA ne comptait pas que sur son lanceur lourd Ariane pour maintenir sa compétitivité. Elle dispose également au catalogue d’une fusée légère, Vega, censée permettre des lancements low cost. Malgré un positionnement intéressant, Vega ne semble pas suivre l’exemple de Soyouz pour devenir un véhicule abordable, robuste et sans fioriture.

Sur ses trois derniers tirs, deux ont été un échec. Le 16 novembre dernier, une fusée Vega s’est envolée avec deux satellites depuis Kourou sans parvenir à les mettre en orbite. Deux heures après le lancement, le couperet est tombé : la fusée était perdue et les satellites irrécupérables.

Après de bons débuts (14 tirs réussis ces dernières années), les statistiques de fiabilité de Vega se détériorent drastiquement – et l’écart avec la trajectoire de SpaceX est particulièrement criant.

La Chine voit toujours plus loin

De son côté, la Chine continue à repousser les limites de son programme spatial. Après le succès de ses premières missions lunaires, notamment l’alunissage d’une sonde sur la face cachée de la lune il y a un peu moins de deux ans, l’empire du Milieu est allé encore plus loin dans la connaissance de notre satellite. Entre le 23 novembre et le 16 décembre, une mission ambitieuse a été menée : aller déposer sur la Lune une foreuse pour creuser le sol sur deux mètres de profondeur avant de renvoyer les échantillons prélevés sur Terre.

Elle a été menée à bien et la sonde est revenue, il y a quelques jours, sur notre planète avec à son bord 1,7 kg d’échantillons qui seront partagés avec la communauté scientifique internationale.

En complément de la mission vers Mars, lancée cet été, qui devrait entrer dans la sphère gravitationnelle de la planète rouge en février 2021, la Chine confirme son intention d’acquérir des connaissances sur les conditions qui règnent sur les autres astres du système solaire. Derrière chaque mission et chaque appareil de mesure lancé se cache le même objectif : préparer l’envoi d’astronautes hors de l’orbite terrestre au plus vite.

Le Japon croit de nouveau au tourisme spatial

Avec des ambitions plus mesurées, le Japon a rejoint à sa manière à la course à l’espace. Plutôt que d’engloutir des sommes colossales dans des missions scientifiques (ou politiques), le pays du Soleil-levant fait confiance au tourisme pour faire émerger un écosystème industriel.

Sous la houlette de PD Aerospace, le Japon devrait proposer sous peu aux touristes fortunés des vols spatiaux de loisir.

projet avion spatial PD Aerospace

Le projet d’avion spatial de PD Aerospace. Crédit : PDAS

 

Dans les pas de Virgin Galactic (NASDAQ : SPCE), la startup promet à ses clients une expérience inoubliable. Après un vol de 90 minutes, les passagers pourront atteindre les limites de notre atmosphère. Preuve qu’ils deviendront de véritables astronautes, les clients de PDAS pourront même vivre cinq minutes d’apesanteur au moment où le vaisseau atteindra son altitude maximale.

Avec un prix de billet estimé à moins de 120 000 €, PDAS espère maintenir un positionnement tarifaire agressif par rapport à ses futurs concurrents. Le calendrier est serré puisque les premiers vols devraient avoir lieu dès 2025…

2021 sera encore plus enthousiasmante

L’industrie spatiale aura vu, durant l’année 2020, avancées tangibles et annonces se multiplier. C’est une excellente chose dans un contexte où l’industrie et les pouvoirs publics sont par ailleurs restés tétanisés par la crise sanitaire. Il y a fort à parier que, si l’épidémie venait à refluer, à la faveur de l’arrivée d’un vaccin, 2021 sera encore plus enthousiasmante.

Qui sait, peut-être verrons-nous même l’Europe retrouver un rôle de meneur dans ce secteur où les rôles sont sans cesse remis en question !

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