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La guerre technologique continue malgré l’élection de Biden

par Etienne Henri
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[La défaite de Donald Trump laissait espérer une normalisation des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Chine. Les innovations technologiques se nourrissent des échanges de capitaux, de produits et d’idées. Les industriels et investisseurs du monde entier auraient donc tout à gagner d’une reprise des échanges commerciaux entre les deux blocs. Mais cela ne sera pas aussi simple…]

Les dernières semaines de l’administrations Trump ont été marquées par un nouveau tour de vis législatif. Fin décembre, Washington a mis à jour sa fameuse liste noire des entreprises technologiques n’ayant pas le droit de commercer avec les Etats-Unis.

A quelques jours de l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, le département du commerce a déclaré quelque 60 entreprises chinoises persona non grata. Toutes firmes américaines devront désormais obtenir une autorisation spécifique avant de pouvoir commercer avec ces nouveaux parias industriels.

Dans cette nouvelle itération de la liste noire se trouve deux entreprises bien connues des technophiles : DJI, leader mondial des drones de photographie, et SMIC (HKG : 0981), le fondeur chinois qui était promis à remplacer à court terme TSMC et Samsung dans l’empire du Milieu.

DJI/SMIC

Drones et microprocesseurs chinois sont désormais sous embargo américain.
Crédits : DJI/SMIC

 

Washington se lance dans une guerre technologique totale

Pour comprendre l’ampleur de la nouvelle, un bref rappel des faits s’impose.

Après avoir empêché Huawei et consorts de travailler directement avec les entreprises américaines, l’administration Trump a créé la surprise il y a quelques mois en obligeant TSMC, le fondeur de puces pourtant taïwanais, à se plier aux embargos américains sous peine de perdre son accès aux technologies occidentales. Cet automne, TSMC a cédé au chantage et cessé, dès le 15 septembre, de livrer Huawei en processeurs.

Les USA souhaitent que les entreprises chinoises conservent un important retard technologique

Pour de nombreux spécialistes du semi-conducteur, ce coup de bambou législatif devait avoir des conséquences en cascade. L’une d’entre elles serait la probable émergence d’un champion local de la fonderie. Privées brutalement de ses fournisseurs de processeurs, les entreprises high-tech chinoises n’auraient d’autre choix que de se tourner vers la production locale.

Profitant d’un nouveau marché captif, les fondeurs chinois étaient destinés à rattraper leur retard sur leurs concurrents taïwanais et coréens. Le premier d’entre eux, SMIC, était pressenti pour devenir un nouveau fournisseur asiatique de référence. Ajoutons à cela une débauche de subventions accordées par Pékin (260 M€ sur la seule année 2019) et le futur de l’entreprise semblait radieux.

L’annonce de Washington de placer l’entreprise sur liste noire vient doucher ces espoirs. Alors que SMIC se pliait jusqu’ici aux exigences de la Maison-Blanche (elle avait même demandé aux Etats-Unis au mois d’octobre une autorisation de commercer avec Huawei), la voici passée désormais parmi les entreprises à abattre.

Selon le Financial Times, le département du commerce aurait prévenu qu’il refuserait d’accorder des licences d’exportation à toutes les entreprises qui souhaiteraient fournir à SMIC des technologies lui permettant de graver des semi-conducteurs à une finesse inférieure à 10 nanomètres. La finesse de gravure est l’élément déterminant dans la fonderie, et la stratégie de Washington est à ce sujet on ne peut plus claire : alors que le fondeur américain Intel a toujours le plus grand mal à dépasser les 12 nm et que le Taïwanais TSMC grave désormais à grande échelle en 3 nm, il ne faut surtout pas que la Chine dépasse les capacités de fonderie américaines.

Pour l’oncle Sam, il ne s’agit plus simplement d’interdire à certains produits chinois l’accès au marché intérieur américain, il faut désormais s’assurer que les entreprises chinoises conservent un important retard technologique.

Des conséquences en cascade pour vos investissements

Cette nouvelle étape dans la guerre commerciale ne sera pas anodine. De la même manière que l’interdiction de Google de commercer avec Huawei a sonné le glas de ces smartphones en Occident, l’embargo technologique sur SMIC va avoir des conséquences durables sur le secteur des produits électroniques.

Très rapidement, les assembleurs chinois vont manquer de composants pour produire téléphones, équipements réseau et autres produits électroniques grand public. La prudence est de mise : les pénuries de composants risquent de toucher par effet domino toutes les entreprises asiatiques high-tech dont les produits ont besoin de fortes capacités de calcul si elles ne sont pas dans les petits papiers de Washington.

Si vous souhaitez investir dans la croissance du marché asiatique et de ses champions technologiques, préférez dans l’immédiat ceux dont les innovations sont plus dépendantes du logiciel que du matériel. L’expérience de Huawei nous montre que le risque législatif est tout sauf négligeable pour les entreprises technologiques en ces temps troublés.

Mieux vaut privilégier l’investissement dans les innovations immatérielles

Par effet de ricochets, gare aux mesures de représailles qui pourraient être prises par Pékin… La Chine n’est plus seulement l’usine du monde, c’est aussi devenu le premier marché mondial pour de nombreux produits technologiques, comme les smartphones ou les véhicules électriques. De nombreuses entreprises occidentales s’appuient sur le dynamisme du marché chinois pour assurer leur croissance alors que l’Occident est empêtré dans la stagnation économique et la pandémie de COVID-19. Le marché a salué en cette fin d’année les excellentes performances de Tesla (NYSE : TSLA) qui annonçait avoir vendu, en novembre, un nombre record de Model 3 en Chine. Avec 21 604 véhicules livrés, le constructeur a fait état d’une croissance annuelle de +78 % – de quoi justifier en partie sa hausse boursière stratosphérique.

Cet état de grâce risque de ne pas durer. Gardez à l’esprit que les échanges commerciaux et technologiques Chine/USA deviennent de plus en plus asymétriques. Rien ne garantit que Tesla puisse maintenir sa gigafactory de Shanghai opérationnelle dans le futur, et que ses véhicules ne soient pas, à leur tour, frappés d’embargo…

Dans le contexte actuel, toutes les entreprises qui fabriquent ou commercialisent des produits bardés d’électronique de pointe en Chine voient leur modèle d’affaires fragilisé. Mieux vaut privilégier l’investissement dans les innovations immatérielles. Elles sont, par nature, plus difficiles à dompter à coup de barrières douanières et autres listes noires par les gouvernements en mal d’autarcie…

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