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La latérite fait trébucher le nickel

par Isabelle Mouilleseaux

La latérite ? Ça vous dit quelque chose ? Non. Alors commençons par le commencement et vous ne serez pas déçu.
Pendant quelques minutes, mettons-nous dans la peau d’un géologue et d’un chimiste. Je vous préviens tout de suite, ce n’est pas mon fort !
Qui connaît la latérite ?
La latérite est une roche rouge ou brune que l’on trouve dans les sols lessivés par les pluies et brûlés par le soleil en alternance. Ces sols durcissent, forment une cuirasse rouge brique due à la présence d’alumine et d’oxydes de fer. Jusque là, pas de problème.
Le processus d’altération climatique
A force de pluies intenses et de longues périodes de sécheresse, les éléments légers disparaissent du sol, notamment les calcium, magnésium, kalium, silice et natrium. Reste alors dans le sol les éléments lourds qui se concentrent dans la roche (appelée latérite) : le fer, l’aluminium… et le nickel !
Vous me suivez toujours ? C’est ici que ça commence à devenir intéressant…
Un peu de géographie à présent
On trouve des latérites dans les régions climatiques, tropicales et subtropicales.
On en trouve aussi dans les régions où régnait un climat tropical il y a des millions d’années. Comme en Europe Centrale par exemple. Eh oui ! Il y a du nickel ailleurs que dans les froids pays russe et canadien.
Inutile de vous dire qu’il y a autant de formes de latérite qu’il y a de sols différents.
En gros, l’altération des roches donne lieu à la création de deux sortes de roches : les argiles et les oxyhydroxydes de fer et d’aluminium. Ce sont les seconds qui nous intéressent.
J’arrive là où je voulais en venir… au nickel.
Le nickel là où on ne l’attendait pas
L’altération des roches ultrabasiques nickélifères conduit à la formation de serpentinite, dunite, olivine, péridotite et garniérite.
On distingue deux sortes de latérite de nickel :
– La limonite, sur le sol même, donc accessible à ciel ouvert et dont la teneur en nickel tourne autour de 1 à 2%.
– Le silicate de nickel (lié à la serpentinite), un peu plus en profondeur, dont la teneur en nickel est de 2% environ.
Et cerises sur le gâteau : dans le silicate de nickel, on trouve aussi de la garniérite qui contient entre 20% et 40% de nickel ! Voilà qui devient franchement très intéressant, étant donné le cours actuel du nickel !
Bon, j’espère avoir été claire. Je suis tout sauf géologue et chimiste… et les spécialistes me pardonneront mes raccourcis parfois rapides. Le sujet devient très vite complexe ! Mais l’idée est là.
Voyez-vous, c’est ce qui me plaît dans les matières premières. Il faut avoir une culture générale vaste. Etre curieux, s’intéresser à tout : la géopolitique, la tectonique des plaques, la géologie et la chimie, la géographie, l’économie, la bourse et la finance… tout y passe !
De la géologie à la finance
Vous avez vu que le cours du nickel a décroché ces tous derniers jours. Au cœur de cette tempête, devinez qui ? La Chine, encore et toujours… mais aussi les stocks.

Des stocks en hausse ?
Oui, je ne me trompe pas. Le LME a annoncé une hausse de son stock de nickel de 18%, à 4 302 tonnes. La plus forte aussi depuis 6 mois. Les investisseurs n’étaient plus du tout habitués à voir le stock s’orienter autrement qu’à la baisse ! Eh oui, les stocks peuvent aussi monter …même pour le nickel !
Grande découverte… et premier coup de froid sur le marché du nickel…
Un entrepreneur chinois fait vaciller le marché
Il y a deux jours, le dirigeant d’un des plus gros producteurs chinois de nickel s’exprimait sur l’envolée des cours du métal. Clairement, au niveau actuel des cours, nous sommes pour lui dans une bulle spéculative totalement irrationnelle.
C’est clair, direct, franc et cela vient du cœur du métier. Nouveau frémissement du marché…
Pékin s’en mêle… et là, c’est le coup de massue !
Au cœur de la politique chinoise : la politique des matières premières, dont celle du métal ! Et au cœur de la politique métal chinoise : son immense besoin de nickel.
Pékin veut trouver des solutions de rechange. Et le revirement stratégique est de taille : la Chine va augmenter ses importations de latérite de nickel de 59% (nous y voilà !), à 6 millions de tonnes.
Pourquoi donc payer le prix fort du nickel alors qu’on peut importer du nickel à moindre coût depuis les Philippines par exemple ? Les chinois sont rusés. Et les marchés n’apprécient pas !
Les producteurs d’inox chinois auraient-ils trouvé le moyen de remplacer le nickel indispensable à la production d’inox (qui absorbe je vous le rappelle 65% de la production mondiale de nickel) ? Force est de le constater.
Une chute de 14%  en quelques jours
Franchissant les 50 000 $ la tonne le 19 mars dernier, le cours du nickel passait hier franchement sous la barre des 43 000 $ la tonne, perdant ainsi 14% au passage.
Alors évidemment, il a repris ce matin quelques couleurs, ouvrant au-dessus des 45 000 $ la tonne suite aux déclarations de la FED hier soir et à la bonne tenue des bourses. Mais déjà (il est 12H30) il repart à la baisse…
Au risque de me répéter d’une semaine sur l’autre : vendez le nickel si vous en détenez ! Même sans ces dernières informations, la bulle est évidente. Le marché n’est plus drivé par ses fondamentaux mais par les spéculateurs, qui tôt ou tard quitteront le navire. Quitte à faire des dégâts collatéraux : vous en l’occurrence. Alors sortez du marché !
Je serai demain au salon de l’analyse technique et graphique et ne pourrai donc pas vous écrire… Mais rassurez-vous. Je vous laisse entre de bonnes mains : celles de Sylvain Mathon, rédacteur de Matières à Profits.

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