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La première imprimante à ADN est française

par Etienne Henri
DNA Script

L’humanité touche du doigt la maîtrise du langage de la vie. Les progrès de la génétique n’ont jamais été aussi rapides – et ils vont en s’accélérant.

En 2003, nous décodions pour la première fois le génome humain en totalité. A l’époque, il s’agissait d’une prouesse historique qui représentait le summum du savoir-faire scientifique occidental. Le projet avait mobilisé les meilleurs cerveaux du monde et englouti plus de 300 M$.

Aujourd’hui, séquencer un génome ne prend plus que quelques heures. C’est une prestation commerciale comme les autres (vous pouvez commander votre séquençage en ligne pour seulement 200 $), et cela ne nécessite plus, pour les entreprises qui le proposent, de recruter des docteurs en sciences du vivant mais de simples techniciens.

En seulement une quinzaine d’années, nous sommes passés de la révolution scientifique à la quasi-banalité.

Il n’en reste pas moins que, si nous savons aujourd’hui décoder facilement et efficacement l’ADN, sa fabrication reste plus compliquée. Tel un enfant en plein apprentissage, l’Humanité a appris à lire le génome : il lui reste désormais à en maîtriser l’écriture.

La startup française qui banalise la fabrication d’ADN 

Les scientifiques savent depuis les années 1950 fabriquer en laboratoire des fragments d’ADN totalement artificiels. Ces techniques éprouvées ont permis tous les progrès de la génétique dont nous profitons aujourd’hui.

Seul problème : elles sont lentes, compliquées et donc coûteuses. Pour synthétiser de l’ADN par la méthode dite chimique, l’environnement doit être totalement contrôlé (sans présence d’air ni d’eau).

Impossible donc de produire de l’ADN sur un coin de table entre deux expériences : les chercheurs doivent aujourd’hui compter entre 48h et 72h pour créer un nouveau fragment.

DNA Script, une startup française fondée en 2014, s’attaque à ce problème et est en train de finaliser une machine d’un nouveau genre pour permettre de créer des brins d’ADN rapidement et dans des conditions bien moins draconiennes.

Véritable imprimante à ADN, la machine de DNA Script va rendre la fabrication de notre patrimoine génétique aussi banale que l’impression d’un document papier.

Quand la nature aide la science 

Pour réaliser ce petit miracle, DNA Script s’est inspirée du vivant. Les processus biochimiques utilisés dans les cellules pour dupliquer leur patrimoine génétique sont le résultat d’une sélection drastique qui a cours depuis des milliards d’années ; ce n’est donc pas par volonté de retour à la nature mais bien par pragmatisme que les scientifiques s’en inspirent.

Au cœur de l’imprimante de DNA Script se cachent les mêmes enzymes que celles qui travaillent à la réplication de l’ADN au sein de nos cellules.

polymérase (enzyme)

La polymérase, une enzyme utilisée par les êtres vivants, est redoutablement efficace pour assembler des brins d’ADN.
Crédit : DNA Script

Ces microscopiques travailleurs de l’ombre, désormais mis à profit pour fabriquer de l’ADN à la demande, permettent de travailler à température ambiante et bien plus rapidement qu’avec les méthodes chimiques. En février, les équipes de DNA Script ont réussi pour la première fois à créer un brin d’ADN long de 200 nucléotides grâce à cette technique.

L’argent intelligent croit en DNA Script 

L’imprimante à ADN par enzymes n’est pas qu’une nouvelle façon de produire des fragments : elle va révolutionner le rapport au patrimoine génétique artificiel.

L’innovation de la startup va au-delà du simple progrès théorique. L’imprimante à ADN par enzymes n’est pas qu’une nouvelle façon de produire des fragments : elle va révolutionner le rapport au patrimoine génétique artificiel.

Avec ce nouveau mode de fabrication, la contrainte de temps et d’argent est amenée à disparaître rapidement, comme cela a été le cas pour le séquençage ces dernières années. Scientifiques en phase de recherche et équipes médicales chargées d’élaborer des thérapies personnalisées pourront disposer, à l’envi, de fragments génétiques.

L’imprimante à ADN, lorsqu’elle sera commercialisée, accélèrera la recherche et rendra toujours plus abordable les médicaments sur-mesure.

Les investisseurs ne s’y sont pas trompés : DNA Script a levé, fin mai, 35 M€ auprès de LSP, Bpifrance et de ses investisseurs historiques. Cette levée permettra d’achever le prototype et d’entrer en phase de commercialisation. Consciente que l’industrialisation d’une telle machine réclamera un effort sans commune mesure avec son élaboration, la direction prévoit de recruter entre 60 et 70 personnes dans les prochaines années. Suite à ce dernier effort de R&D, les premiers exemplaires devraient être mis sur le marché au prix unitaire de « quelques dizaines de milliers d’euros », selon les fondateurs.

Pour les technophiles que nous sommes, une telle révolution est des plus enthousiasmantes. Les contribuables apprécieront également de voir, pour une fois, Bpifrance financer des startups dont l’activité est non seulement utile, mais aussi promise à une belle rentabilité.

Seuls les investisseurs particuliers doivent encore ronger leur frein : ce nouveau tour de table a été, comme les précédents, réservé aux fonds d’investissement. Ils devront donc attendre une hypothétique (mais probable en cas de succès rapide de l’équipe commerciale) introduction en Bourse pour espérer financer cette pépite française pleine de potentiel.

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