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La revanche des cafards sur le règne des licornes

par Etienne Henri
silicon valley cafards licornes

Vous connaissez tous le qualificatif de licorne qui désigne les jeunes entreprises en forte croissance, et valorisées à plus de 1 Md$. Celles que tout le monde entend s’arracher, en Bourse, des leurs premières cotations.

A l’échelle mondiale, la valorisation totale des licornes est équivalent au PIB du Canada…

Aujourd’hui, tout le monde chasse la licorne. Les entrepreneurs aussi. Chacun clamant haut et fort son rêve de créer le Google, le Airbnb ou le Uber de sa discipline. Mais, fonder une entreprise vouée à ne valoir que des millions est plus qu’un manque d’ambition, c’est presque un aveu d’échec avant même d’avoir commencé…

Même la classe politique française, traditionnellement conservatrice sur les questions économiques, s’y met. Emmanuel Macron a annoncé le mois dernier son ambition de voir 25 licornes éclore en France d’ici 2025. Pour ce faire, 5 Mds€ seront mobilisés.

Passons rapidement sur le fait que nos dirigeants n’ont toujours pas compris que l’innovation et les succès commerciaux ne se décrètent pas, et que le mécanisme taxation/subvention dont nous sommes les champions fait naître de belles industries d’Etat mais certainement pas des startups. 

Ce qui est intéressant, c’est de constater à quel point le consensus est fort : la croissance de nos économies passe par les entreprises innovantes, et les bonnes entreprises innovantes valent plus de 1 Md€.

Il faut dire que les licornes ont de quoi plaire à tout le monde. Pour les investisseurs ayant participé aux premiers tours de table, une valorisation dépassant le milliard de dollars est un gage de belles plus-values. Pour les suiveurs qui achètent les titres sur les marchés cotés, la croissance explosive passée fait espérer des gains identiques à l’avenir. Pour la classe politique, une startup de cette envergure est rassurante : elle ressemble à une industrie centenaire et rentre plus facilement dans le cadre législatif classique.

En réaction à cette pensée unique, certains entrepreneurs et investisseurs contrariens font désormais le pari inverse. Ils préfèrent à l’image de la licorne accompagnée de ses paillettes celle du cafard qui, inlassablement, travaille pour chercher sa nourriture et résiste aux conditions les plus rigoureuses.

cafards vs licornes

Le cafard : la nouvelle coqueluche des investisseurs contrariens.

Cafards vs licornes : la revanche de l’investissement sur la spéculation 

Comme toutes les grandes tendances, celle qui a conduit à l’obsession pour les licornes a été poussée à l’extrême. Un retour de balancier semble inéluctable : l’Europe compte à elle seule 160 licornes au dernier recensement, et leur effectif total dépasse les 450 à l’échelle de la planète.

Leur valorisation totale se monte désormais à plus de 1 600 Mds$, soit l’équivalent du PIB du Canada… et ces entreprises ne sont, pour la plupart, toujours pas rentables. Malgré cela, investisseurs et politiques ont du mal à chercher la petite bête aux licornes. Elles contribuent à dynamiser tout l’écosystème des entreprises innovantes : les jeunes pousses en phase de création peuvent afficher des ambitions de valorisation à dix chiffres alors qu’elles n’ont encore ni produit ni clients ; celles à l’aube d’une introduction en Bourse peuvent se comparer à la dernière licorne à la mode pour justifier un cours initial stratosphérique ; et le marché secondaire profite d’un flux continu de nouvelles entreprises cotées fort cher qui fait mécaniquement monter les indices.

Pour que le sentiment de richesse globale perdure, tout le monde a intérêt à voir le nombre de licornes se multiplier de façon exponentielle.

graphe nasdaq

Le NASDAQ composite gagne +520 % de 2008 à aujourd’hui : difficile de ne pas avoir envie de participer à la fête…

Mais tout cela n’est que poudre aux yeux. La course à la hausse continue des valorisations se heurte parfois au principe de réalité. WeWork, dont l’IPO devait signer le triomphe des permabulls  (ces investisseurs convaincus que la hausse des valeurs technologiques ne peut s’interrompre), s’est pris les pieds dans ses projections. Sa valorisation estimée a fondu de 47 Mds$ à 10 Mds$ en quelques jours, avant que SoftBank ne reprenne le contrôle de l’entreprise il y a quelques jours en se basant sur une valorisation, plus modeste et certainement plus juste, de 7,5 Mds$.

Les licornes sont des instruments spéculatifs qui ne créent pas de richesse…

Cette anecdote illustre la faiblesse intrinsèque des licornes : les investisseurs qui gagnent de l’argent en pariant sur leur hausse ne le font pas grâce à elles, mais grâce à la crédulité des autres investisseurs. Lorsque vous achetez une action Facebook à 100 $ et la revendez à 150 $, ce n’est pas le réseau social qui vous apporte les 50 $ de plus-value, mais l’investisseur plus optimiste qui vous a racheté l’action.

Les licornes sont des instruments spéculatifs par excellence qui ne créent pas de richesse pour leurs actionnaires. Les cafards, de leur côté, travaillent à leur rentabilité dès le premier jour d’activité, dans l’ombre et loin de toute frénésie – spéculative ou médiatique. Beaucoup plus besogneux, ils s’emploient à réaliser, exercice après exercice, des bénéfices qu’ils peuvent réinvestir ou reverser sous forme de dividendes.

Alors que les licornes ont pour modèle revendiqué de vie à la James Dean (« Live fast, die young »), les cafards préfèrent s’adapter aux conditions de marché fluctuantes et ont une priorité : la survie avant tout.

Ils prennent à cœur leur mission de valorisation du capital fourni par les investisseurs, et se fixent pour objectif de créer de la richesse au lieu de pratiquer des stratégies de dumping à fonds perdus.

De quoi tenter les investisseurs qui préfèrent les investissements de long terme aux paillettes !

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