Accueil A la une L’Australie expérimente un nouveau moyen de stocker les énergies intermittentes

L’Australie expérimente un nouveau moyen de stocker les énergies intermittentes

par Etienne Henri

L’intermittence de production est le talon d’Achille des énergies renouvelables. Ces dernières ont la fâcheuse habitude de produire le plus lorsque c’est le moins utile : panneaux solaires et éoliennes fonctionnent à plein régime au cœur des journées d’été plutôt que lors des rudes mois d’hiver, et ont tendance à se tourner les pouces en début de soirée lorsque la demande en électricité est la plus forte.

En l’état actuel des choses, impossible de construire un parc de production d’électricité d’origine photovoltaïque ou éolienne sans prévoir une puissance équivalente à base d’énergies fossiles pour pallier les interruptions. Le plus souvent, ces « plans B » du renouvelable se font en ayant recours au gaz naturel ou au charbon : c’est pour cette raison que l’Allemagne, censée être écologiquement vertueuse, émet 7,5 plus de CO2 pour produire son électricité que la France.

Les énergies renouvelables ne pourront remplacer durablement les hydrocarbures et le nucléaire que lorsqu’une solution à l’intermittence de leur production aura été trouvée. Fermes de batteries, pompage d’eau, génération d’hydrogène sont autant de solutions déployées à plus ou moins grande échelle… Mais aucune n’est capable à ce jour de couvrir l’ampleur de notre boulimie d’électricité.

Il n’y a tout simplement pas assez de montagnes au monde pour construire suffisamment de barrages, ni assez de lithium pour assembler suffisamment de batteries.

Le salut pourrait venir d’une technologie dont la rusticité permet d’envisager un déploiement massif sans que les ressources naturelles ne soient le facteur limitant, tout en maintenant un coût d’installation suffisamment faible.

Le silicium, élément au cœur de nos puces électroniques, va bientôt être utilisé pour sa capacité à stocker la chaleur pour fabriquer de gigantesques accumulateurs d’énergie.

Chaleur de fournaise et écologie

Oubliez les galettes de silicium ultra-pures et les considérations nanométriques dont nous parlons régulièrement : si la start-up 1414 Degrees (AU0000010696 – ASX:14D) utilise le silicium, ce n’est pas pour en faire des processeurs, mais pour construire des réservoirs de chaleur dont les caractéristiques techniques dépassent l’entendement.

Comme les vénérables bouillottes de nos grand-mères, les installations de 1414 Degrees emmagasinent l’énergie lorsqu’elle est produite en excès et la restituent lorsque la demande est supérieure à l’offre.

Le principe est on-ne-peut-plus simple : lors de la phase de stockage, du silicium est chauffé jusqu’à son point de fusion (1414°C) et conservé dans des réservoirs isolés. La restitution d’énergie est assurée par le principe inverse : la chaleur du silicium est utilisée pour faire tourner des turbines. Le principe centenaire de la machine thermique, toujours utilisé du groupe électrogène de garage à la centrale nucléaire en passant par les turbines à gaz, est alors mis à profit pour transformer la chaleur en électricité.

Un hangar, quelques tuyaux : stocker de l’énergie thermique ne nécessite ni métaux rares, ni produits toxiques ou radioactifs. Crédit : 1414 Degrees.

Bien sûr, le rendement n’est pas le point fort du système : comptez 50% de pertes lors du stockage et autant lors de la restitution, soit près de 75% lors d’un cycle complet.

Ce gaspillage n’a toutefois qu’une faible importance lorsque la source primaire d’énergie est renouvelable et aurait été de toute manière perdue en l’absence de consommateur.

L’Australie : laboratoire du renouvelable à la demande

La première installation d’envergure de 1414 Degrees a été inaugurée mi-janvier en Australie. À peine un an après le lancement du projet, la start-up a annoncé avoir intégré avec succès son réservoir d’énergie à silicium fondu à un site de production de bio-méthane.

Même si ce gaz issu du retraitement des déchets humains n’est pas la source d’énergie renouvelable la plus difficile à stocker, cette installation permettra de confirmer que l’entreprise est capable de créer des modules capables de stocker jusqu’à 200 MWh (soit la couverture nécessaire à l’alimentation de 45 000 foyers).

Si cette installation fonctionne comme prévu, 1414 Degrees va pouvoir s’atteler à un défi bien plus conséquent : le branchement à la centrale solaire Aurora de Port Augusta, rachetée à bas prix en décembre.

Avec une puissance maximale de 150 MW, il faudra des milliers de MWh de stockage pour que ce site de production soit aussi puissant et flexible qu’une centrale thermique fossile. En augmentant ses capacités de stockage de façon régulière (il y a peu, le plus gros prototype ne faisait que quelques dizaines de MWh), 1414 Degrees est en train de dépasser les anciens leaders du secteur.

Le site d’Aurora sera bientôt capable de produire 24h/24. Crédit : 1414 Degrees.

Ces innovations qui bouleversent vos investissements dans le renouvelable

Le temps où Tesla faisait la Une des journaux australiens avec son site de stockage à batteries de 129 MWh semble bien loin. Nous étions en 2017 et les analystes vantaient le génie d’Elon Musk qui allait rendre la production d’énergie solaire à grande échelle crédible, tout en occultant pudiquement la question de la disponibilité du lithium à grande échelle.

Moins de trois ans plus tard, la solution de 1414 Degrees semble bien moins polluante, meilleur marché, et bien plus écologique. Sans préjuger de sa facilité de mise en œuvre, elle est, contrairement aux fermes de batteries, crédible quant à sa capacité à être dupliquée à grande échelle.

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