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Le Bangladesh résiste à la domination des big techs étrangères

par Arthur Toce
Data Bird web Tecent

[Le Bangladesh affiche l’une des croissances les plus insolentes de la planète. Mais ne s’y implante pas aussi facilement qui veut… Priorité est donnée aux acteurs locaux. Et, de ce point de vue, on le sait, l’Asie fourmille d’entreprises à fort potentiel. C’est le cas de Data Bird, petite société bangladaise qui profite à plein du terrain fertile que lui offre son pays. De là à bientôt faire de l’ombre à Tencent, il n’y a qu’un pas…]

On le sait, en matière de croissance, l’Asie est l’une des zones les plus dynamiques du monde. Le Bangladesh, par exemple, se place au 7e rang des plus fortes croissances de la planète. Sa population y est très dense et jeune et, surtout, sa classe moyenne en plein essor.

Pour vous donner un ordre d’idée :

  • avec pas moins de 170 millions d’habitants, le Bangladesh est le 7e pays le plus peuplé du monde . Il affiche même la plus forte densité de population (1 252 personnes au km!) ;
  • 120 millions de bangladais ont un mobile, soit presque tout le monde, mais seulement 38 % ont un smartphone ;
  • 50 millions de bangladais ont accès à Internet ;
  • l’âge médian est de 28 ans (ce qui correspond à la France des années 1970, nous sommes aujourd’hui au-dessus des 40 ans) ;
  • la croissance du PIB est de 8,1 %, c’est la plus rapide de la zone ;
  • la classe moyenne est en plein essor (20 millions de personnes aujourd’hui et, sans doute, le double dans cinq ans).

Voilà un terrain parfaitement propice au dynamisme économique. Mais, attention, ne s’y installe pas qui veut. En effet, la jeunesse bangladaise, fortement attachée à sa culture – sans même parler de la complexité politico-économique du pays – a eu raison de l’implantation des acteurs internationaux dans le paysage.

Si les raisons politiques ou culturelles pèsent, le coût d’installation également. Pour un secteur d’activité basé sur le web, par exemple, le coût d’installation est le nerf de la guerre. Et, de fait, une entreprise habituée à de forts revenus et pratiquant des prix élevés aura du mal à s’adapter à un marché dans lesquels les prix, et donc les revenus, sont plus faibles. Et ce, même si les coûts d’acquisition y sont également plus bas.

C’est un handicap que n’aura pas un acteur local. Mieux, plus coutumier de ce type de marché, il pourra même plus facilement devenir first mover et ainsi imposer son leadership.

A ce titre, laissez-moi vous présenter Data Bird, une petite société bangladaise qui excelle en la matière. Elle pourrait même, à terme, devenir la nouvelle Tencent – du moins en a-t-elle le potentiel. Mais, avant d’y parvenir, une chose est sûre, elle deviendra l’un des prochains leaders du web du sud-est asiatique.

Data Bird ou l’Internet du Bangladesh

Comme toutes les entreprises issues de la tech qui se respectent, et à l’instar du géant chinois Tencent, le spectre de services proposé par Data Bird est très large. A une petite nuance près… Alors que Tencent s’est longtemps cantonnée à son pays natal, Data Bird se concentre certes sur son pays mais n’oublie pas pour autant d’irriguer de ses services les pays voisins, comme le Myanmar par exemple.

Au Bangladesh, l’entreprise jouit d’une situation de quasi-monopole. Il faut dire que, de par ses activités, elle innerve bon nombre de secteurs. Agence de voyage on line, service de lecture on line, application de rencontres, messagerie instantanée et moyen de paiement en ligne sécurisé… on peut dire qu’elle arrose plutôt large.

Cela est d’autant plus vrai comparé à d’autres pays. En Chine et aux Etats-Unis, par exemple, on compte autant d’entreprises que d’applications… Autant dire que Data Bird mise sur la simplicité en les concentrant.

comparaison activités chine usa bangladesh

Comparaison des écosystèmes du Bangladesh, des Etats-Unis et de la Chine

Forte de ce positionnement, Data Bird profite de ses différentes activités pour créer des avantages compétitifs forts.

Se diversifier sur un socle commun

Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessous, chaque activité cible un marché-type « distinct » (voyage, messagerie, etc.). Mais, aussi hétérogène que cela puisse vous paraître, le back office, les données et la R&D sont mutualisés, ce qui permet d’améliorer et de simplifier tout le système.

activité Data Bird

Une base commune et des applications par secteur. Source : Data Bird

Ainsi, par exemple, en intégrant l’application Ridmik Keyboard dans sa base de services, Data Bird offre à ses utilisateurs un clavier adapté à leur langue et à leurs coutumes – le tout pouvant être bien entendu agrémenté d’emojis.

C’est l’une des recettes de son succès. A ce jour, Data Bird touche plus de 23 millions d’utilisateurs, dont 14 millions d’utilisateurs quotidiens. Pour ce type d’application, les chiffres sont excellents.

Ridmik Keyboard

Un alphabet unique qui réduit l’accès au marché et permet à Data Bird de l’investir plus facilement. Source : Google Play

Mais ce n’est pas tout. En fait, pour situer les choses, Data Bird a exactement la même logique que Prosus, filiale du géant du web sud-africain Naspers qui possède d’ailleurs une grosse part dans… Tencent.

L’idée ? Développer des verticales stratégiques.

L’entreprise s’ouvre donc à de nouveaux marchés comme celui des rencontres amoureuses. L’application de dating Bondhu Buzz est encore en phase de test, mais elle devrait rapidement être disponible pour réchauffer le cœur des Bangladais et ainsi conquérir encore de nouvelles parts de marché. De son côté, l’application d’information, Ridmik News, s’est rapidement imposé, devant numéro 1 au Bangladesh.

L’exemple de ShareTrip

Data Bird s’implante localement dans des secteurs où tout est encore à faire. Dans cette perspective, il offre des services inédits. Il est par exemple, dans le secteur du voyage, à l’origine du premier programme de fidélité. S’il elle se concentre sur le Bangladesh, son application ne tardera pas à s’ouvrir à d’autres pays (à partir de 250 000 membres actifs).

Autre point fort, s’il en est, l’entreprise est le premier vendeur de billets d’avion sur le site sharetrip.net.

Et cela fonctionne parfaitement.

parts de marché Sharetrip

Evolution des parts de marché de ShareTrip. Source : Data Bird

Le site ShareTrip est leader sur le marché du voyage en ligne (80 % des parts de marché). Quant au marché du voyage dans sa totalité, il est encoredominé par les transactions physiques. Pour autant, le site a atteint 20 % du marché global au T3 2020. En comparaison des autres trimestres, on s’aperçoit que la part de marché des voyages en ligne double tous les ans. On peut ainsi espérer que la moitié des transactions relatives aux voyages, au Bangladesh, se fera online d’ici à 2023.

Autre point fort, le secteur ne semble pas souffrir de la crise du COVID-19 puisqu’il a presque retrouvé ses beaux niveaux de janvier 2020. Encore une fois, cela montre la force de Data Bird qui centralise tous ses services.

Evolution réservations voyage Bangladesh

Evolution des réservations de voyage au Bangladesh. Source : Data Bird

Surfant sur ce succès, c’est désormais 2 900 agences physiques qui passent par le réseau ShareTrip.

Notons que le numéro 1 chinois, Ctrip, avait opté pour la même stratégie. A savoir, se consacrer sur le voyage en ligne avant de développer des services BtB à destination des agences de voyage et, enfin, atteindre une position de quasi-monopole.

Vous le voyez, nous avons affaire à une entreprise bien structurée qui sait où elle va et développe ses verticales-produits à partir d’une base centrale. Pour autant, peut-on vraiment espérer que Data Bird devienne un Tencent ? Nous en reparlerons la semaine prochaine…

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