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Le coronavirus contamine aussi l’économie réelle

par Etienne Henri
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Alors que plus de 17 000 personnes ont été contaminées par le coronavirus en provenance de Chine et que, selon les chiffres de ce lundi, plus de 360 d’entre elles ont succombé à l’infection à l’heure de l’écriture de ces lignes, la planète est suspendue aux décomptes des autorités sanitaires mondiales.

En Chine, la croissance économique à tout prix n’est plus la priorité face aux questions sanitaires.

Il est encore trop tôt pour dire si les infections et décès dus au 2019-nCoV auront un impact direct et durable sur nos sociétés ou si ce nouveau virus s’ajoute simplement à la longue liste des pathologies virales dont les plus meurtrières – comme le SIDA ou la simple grippe saisonnière – tuent chaque année plusieurs centaines de milliers de personnes.

Ce qui est certain, c’est que tel un système immunitaire qui s’emballe et peut tuer par la fièvre un malade victime d’une infection pourtant bénigne, nos sociétés ont réagi rapidement et fortement à l’arrivée du nouveau coronavirus.

Bien plus que les quelques centaines de morts à l’échelle de la planète, ces actions d’urgence ont d’ores et déjà des conséquences bien tangibles sur l’économie réelle – et potentiellement sur vos investissements.

Photo 2019-nCoV Petit virus, grandes conséquences. Photo 2019-nCoV par Zhu et al,

La mondialisation peut-elle survivre au 2019-nCoV ?

Dès l’accélération de l’épidémie, mi-janvier, Pékin a pris des mesures drastiques de confinement de la population. Plus de 50 millions de personnes sont en quarantaine dans la province de Hubei et d’autres provinces prennent au coup par coup des mesures visant à limiter les déplacements.

La région administrative spéciale de Hong Kong a frappé fort, fin janvier, en annonçant la suspension des lignes à haute vitesse vers Shenzhen et Canton, et la fermeture de plusieurs postes-frontières avec la Chine continentale.En Europe, nombre d’entreprises et organismes publics (dont la Commission européenne) conseillent désormais à leurs employés d’annuler ou de différer leurs voyages vers la Chine.

Dans notre économie mondialisée, les interruptions de déplacements auront nécessairement un coût économique fort. Certaines conséquences financières sont facilement mesurables et ont déjà été prises en compte par les marchés (comme le secteur du luxe qui, très dépendant du tourisme chinois, est malmené en Bourse depuis plusieurs jours) ; d’autres sont plus difficiles à quantifier.

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Panique dans le luxe : Hermès perd 7 % en 48 heures sur fond d’inquiétude quant à la baisse attendue du tourisme chinois. 

Ces réactions épidermiques, qui ne prennent en compte que les conséquences directes de la plus faible mobilité de la population asiatique dans les prochains mois, ne doivent pas faire oublier un problème plus profond : le timing bien particulier de cette infection.

Une production déjà désorganisée par le Nouvel An chinois

Tous mes contacts sur place sont formels : la reprise ne se fera certainement pas à la date prévue.

La Chine est actuellement en congés pour le Nouvel An chinois. Cette période durant laquelle l’usine du monde cesse littéralement de tourner voit des centaines de millions de personnes prendre simultanément des vacances et rejoindre leur province d’origine. La production manufacturière s’arrête pour ainsi dire du jour au lendemain, et ne redémarre traditionnellement que début février.

Il n’est pas rare que la reprise d’activité soit quelque peu chaotique : du fait du dynamisme de l’économie locale, nombre de salariés ne sont pas au poste le jour J.

Certains employés profitent de la période de fermeture des usines pour revenir dans leur province d’origine et se rapprocher définitivement de leur famille, d’autres changent d’employeur à la faveur des vacances, sans compter ceux qui, prétextant des maladies subites ou des problèmes de transport, ne reprennent le travail qu’une ou deux semaines après leurs collègues… A ce flottement déjà compliqué à gérer pour les entreprises viendra s’ajouter cette année l’incertitude quant à la possibilité matérielle de retour des employés.

Entre les villes en quarantaine, les provinces qui ferment les liaisons ferrées et routières, et le principe de précaution que certains appliqueront, le flou est total quant aux effectifs qui reprendront le chemin de l’usine cette semaine.

Tous mes contacts sur place sont formels : la reprise ne se fera certainement pas à la date prévue. Un chef d’entreprise local me confiait d’ailleurs avoir été incité à décaler la réouverture de ses locaux de dix jours. Si une telle immixtion des pouvoirs publics dans la vie des entreprises privées n’est pas rare en Chine, elle témoigne toutefois d’une nouvelle ligne de conduite pour Pékin. La croissance économique à tout prix n’est plus la priorité face aux questions sanitaires, et les entreprises locales sont désormais priées de mettre leurs impératifs économiques de côté pour permettre le confinement de l’épidémie.

Vous n’ignorez pas que les entreprises occidentales sont de plus en plus dépendantes de leurs fournisseurs chinois et ces mesures, bien que prises à des milliers de kilomètres de nos frontières, vont avoir des conséquences directes sur nos investissements.

Rendez-vous demain pour savoir quelles répercussions attendre – et bien sûr comment en profiter.

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