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Le crypto-financement est-il pérenne ?

par Etienne Henri

Les cryptomonnaies sont décidément des machines à innover. Elles ont fait naître ces derniers mois un nouveau concept à mi-chemin entre l’innovation technologique et financière : le crypto-financement.

Le principe est simple : plutôt que de payer pour accéder à des biens immatériels (visite de sites web, lecture de publications journalistiques, utilisation d’applications, etc.), les utilisateurs sont invités à rémunérer les auteurs en cryptomonnaie.

A l’heure où le tout-gratuit a bouleversé les usages sur Internet, cette solution de financement apporte une bouffée d’air frais à la création intellectuelle en mal d’utilisateurs disposés à payer pour du contenu intangible.

Comment fonctionne le crypto-financement ? Représente-t-il à la fois une manière de rendre rentable la création de contenu et l’émergence d’une économie non-financière ?

C’est ce que nous allons voir immédiatement.

Crypto-financement : offrez votre puissance de calcul aux fournisseurs de contenu

Fidèle lecteur de La Quotidienne, vous nous lisez depuis votre ordinateur, tablette ou smartphone. Vous faites donc partie de la grande famille des personnes “connectées” qui possèdent un voire même plusieurs appareils électroniques capables d’aller sur Internet.

Il existe actuellement plusieurs milliards d’ordinateurs (ou assimilés) connectés en permanence à Internet.

Ces machines bardées de mémoire vive et dotées de processeurs qui auraient fait pâlir d’envie la NASA il y a cinquante ans passent le plus clair de leur temps à ne rien faire.

Lorsque vous lisez cette Quotidienne, le processeur de votre ordinateur, capable d’exécuter des milliards d’opérations par secondes, s’ennuie. Il se met donc à fonctionner au ralenti pour optimiser sa consommation d’énergie.

Le principe du crypto-financement est le suivant : plutôt que de laisser votre électronique tourner à faible vitesse toute la journée, elle est utilisée par votre navigateur Web ou certains logiciels pour miner des cryptomonnaies.

Sans rentrer dans les détails techniques, le processus de minage des cryptos consiste à faire exécuter des calculs complexes à une puce électronique. En échange, certains réseaux récompensent le possesseur en lui attribuant de nouvelles unités de cryptomonnaies.

Il s’agit donc de création monétaire en l’échange de travail – en l’occurrence le travail de l’électronique.

Dans le cas du crypto-financement, les crypto-monnaies crées lors du minage reviennent bien sûr au producteur de contenus plutôt qu’au possesseur de l’ordinateur. C’est pour cela que l’on parle de financement : votre machine effectue le travail, l’éditeur en récolte les fruits.

La solution semble idéale pour tout le monde. Les utilisateurs peuvent valoriser leur puissance de calcul dormante, et les éditeurs peuvent récupérer du crypto-argent à hauteur de la popularité de leurs créations.

cryptofinancement

Des éditeurs de logiciels proposent désormais d’opter pour le crypto-minage
pour éviter le paiement d’une licence d’utilisation

Ce qui se cache derrière ce système simple

Un des arguments les plus populaires du crypto-financement est que les payeurs ont l’impression de continuer à utiliser gratuitement les services.

Pourtant, les éditeurs perçoivent bien in fine une rémunération. Nous touchons-là du doigt le premier problème de ce modèle de financement présenté comme une transaction mettant en jeu une seule contrepartie.

Lorsqu’un business model basé sur un receveur sans payeur nous est présenté, pensons immédiatement à l’adage anglais “There is no such thing as a free lunch”, qui nous rappelle (un peu plus légèrement) que rien n’est gratuit en ce bas monde.

Qui paye donc pour les crypto-financés ?

C’est, en fait, l’utilisateur du service – vous et moi.

Je vous disais tout à l’heure que l’électronique de nos machines passe la plupart du temps au repos. C’est pour cette raison que nous avons aujourd’hui des ordinateurs surpuissants dans la consommation moyenne est à peine celle d’une ampoule à incandescence des années 2000.

Lors du minage de cryptos, la consommation des machines augmente en flèche. Pour les ordinateurs branchés sur le secteur, cela se traduit par une explosion de la consommation électrique (qui peut être multipliée de 500% voire 1000%).

Pour les machines autonomes, comme les smartphones ou ordinateurs portables, le minage se traduit par une diminution de l’autonomie dans les mêmes proportions.

Au final, l’utilisateur se retrouve à consommer de l’électricité pour générer des cryptos. Il ne s’agit donc pas de valorisation intelligente d’une ressource sous-utilisée comme nombre de crypto-financés essaient de le faire croire, mais bien d’un transfert d’argent sous forme de paiement en électricité.

Un deal perdant-perdant qui avance masqué

Passons sur la présentation biaisée du modèle qui fait croire aux utilisateurs qu’ils pourront bénéficier de services en rémunérant les auteurs sans bourse délier.

Après tout, échanger des kWh électriques contre un service pourrait être une forme de troc intéressant, notamment pour ceux qui disposent d’une source d’énergie parfois sous utilisée comme des panneaux solaires.

Le problème est que le marché du minage des crypto-monnaies est déjà mature.

Les experts débattent encore pour savoir si le réseau Bitcoin consomme à lui tout seul autant que les Danois, les New Yorkais ou tout autre regroupement de population. Une chose est sure : la consommation énergétique des cryptomonnaies est déjà colossale.

Il existe de nombreux acteurs qui travaillent sur du matériel hyper-spécialisé, dans des zones où l’électricité est largement subventionnée, et eux-mêmes ont du mal à gagner de l’argent avec leur minage.

Autrement dit, les meilleurs professionnels sont contents lorsqu’ils récupèrent 1,10 $ en équivalent Bitcoin après avoir dépensé 1 $ en électricité.

Pour les particuliers français, alors même que notre électricité est plutôt bon marché, il y a bien longtemps qu’il n’est plus possible de miner efficacement des crypto-monnaies sur un ordinateur personnel.

Cela signifie que, lorsque l’utilisateur d’un système crypto-financé aura dépensé 1 € supplémentaire en électricité, l’éditeur du service ne récupèrera au mieux que quelques dizaines de centimes.

Il s’agit donc d’un transfert d’argent qui ne donne pas son nom et qui est perdant-perdant : l’utilisateur paye plus que ce que l’éditeur ne reçoit.

Les seuls gagnants sont les fournisseurs d’électricité et les réseaux de crypto-monnaie qui légitiment leur utilité… une aberration à l’heure où la gestion intelligente des ressources énergétiques est un enjeu majeur.

Pourquoi le crypto-financement se dévorera tout seul

Vous le voyez, malgré les bonnes intentions qui ont conduit au développement du modèle, le crypto-financement arrive à être inefficace tant sur le plan économique qu’écologique : une prouesse dont peu de modèles peuvent se vanter !

La bonne nouvelle est que le crypto-financement est un concept intrinsèquement instable qui porte en lui sa propre obsolescence.

Plus le modèle se développera, plus le nombre de mineurs augmentera et moins chaque kWh d’électricité rapportera de cryptos. Un service qui tend à être de moins en moins rentable à mesure qu’il gagne en popularité ne dure jamais bien longtemps.

Je vous disais également en introduction que le crypto-financement est basé sur l’exploitation de la puissance inutilisée de nos machines. Or, cette puissance est limitée.

En pratique, nos usages informatiques sont aujourd’hui variés. Nous avons souvent plusieurs logiciels qui fonctionnent en parallèle avec parfois plusieurs dizaines de pages web ouvertes simultanément.

Il n’est pas possible d’offrir à tous ces fournisseurs de contenus 50% de votre puissance de calcul. Elle n’est pas extensible à l’infini et, même si les utilisateurs décident en leur âme et conscience d’encourager ce business model, ils ne pourront le faire qu’en faveur d’un ou deux services simultanément.

Malgré la beauté du concept, le crypto-financement ne pourra donc être qu’une source de revenus anecdotique pour les créateurs de biens immatériels. Ils devront trouver d’autres business model pour financer leur activité.
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